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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 01:03

   Les voyages professionnels

 

Ce sont surtout les négociants, les artisans spécialisés qui sont appelés à voyager, mais aussi des artistes, des professionnels du spectacle, des intellectuels... Un voyage professionnel privé sur lequel nous possédons bien des détails, c'est celui que Cicéron, jeune avocat, entreprend en Sicile pour mener son enquête sur les exactions du propréteur Verrès. En cinquante jours, par un froid rigoureux, il parcourt toute la Sicile et nous livre ses impressions sur la richesse du sol ou les trésors artistiques de l'île (Cicéron,Verrines).

Cependant, de façon générale, les voyages professionnels sont ceux qui ont trait aux échanges de marchandises. Les paysans, d'abord, apportent au marché leurs récoltes et y achètent ce dont ils ont besoin : poissons, gibiers, etc. Après le développement de la circulation maritime, du cabotage, les échanges se multiplient et se font plus lointains. Des marchands étrangers affluent vers Rome où ils séjournent d'abord dans le quartier populaire du Transtévère (= au-delà du Tibre, trans Tiberim , aujourd'hui, le Trastevere) puis près de la mer, à Ostie, qui connaît son plus grand développement sous Claude et sous Trajan ; les conquêtes des Romains élargissent, sous la République, leur horizon ... et leurs besoins. Le grand commerce se développe au IIe et au Ier siècles et les trafiquants italiens suivent de près les légions : Grèce de l'Ouest et du Nord, puis les îles de la mer Égée et le Péloponnèse, enfin l'Asie (création de la province d'Asie en 133). Beaucoup de négociants se fixent sur place et réinvestissent leurs bénéfices commerciaux en biens-fonds : on retrouve là l'éternel désir d'enracinement des Latins. Il existe donc de véritables entreprises commerciales avec siège social et succursales multiples, ce qui implique des convoyeurs, regroupés en associations de transport. Les sociétés fiscales de publicains, elles aussi, sillonnent les provinces d'Orient (Cicéron, ad Atticum, ).

Cette extension du commerce et ces organisations professionnelles n'empêchent pas les vieilles superstitions de ressurgir : l'antique terreur devant les dangers de la mer, l'éternelle diatribe contre les aventures maritimes, si peu conformes à la "nature", c'est-à-dire la vie terrienne. Il faut dire que les aléas de la mer sont bien réels : les pirates, pendant longtemps, écument les mers ; les marchands italiens se font assassiner, notamment en Orient. Horace et les poètes élégiaques expriment souvent ces craintes et ces terreurs : plainte du naufragé privé de sépulture, peur de mourir en terre étrangère, rejet de toutes les aventures, militaires ou mercantiles, au-delà des mers.

Pourtant, sous le Haut-Empire; les négociants latins sont omniprésents et les publicains, qui recueillent l'impôt (uectigal), se déplacent sans cesse en Italie et surtout en Asie Mineure. Les "orientaux" ou "petits Grecs" se taillent une place de plus en plus importante dans les grandes affaires : l'exemple de Trimalcion dans le Satiricon en est un bon exemple (Pétrone, Satiricon).

Parmi les voyages professionnels, Il faut signaler les voyages de "spécialistes". Les professionnels de la médecine (les écoles de médecine sont rares) ou ceux de la banque étaient amenés à se déplacer souvent. Dans un autre domaine, l'entreprise de grands travaux exige des matériaux rares et une main d'oeuvre spécialisée : les artisans ne cessent donc de circuler : des architectes grecs ou des ateliers de sculpteurs qualifiés travaillent à Rome ou en Gaule.

Ce sont surtout les professionnels du spectacle dont nous connaissons le mieux les voyages (documents archéologiques ou épigraphiques). Les athlètes se déplacent lors des jeux et multiplient leur participation à des concours variés (et meurent, souvent, d'épuisement, lors d'un déplacement). Les factions du cirque (Juvénal, Satires) recrutent un grand nombre de cochers étrangers, venus d'Espagne, de Lusitanie (Portugal) ou d'Orient. Quantcomediens-romains-jpg aux compagnies théâtrales, bien organisées, elles circulent également beaucoup. Les premiers, les baladins étrusques introduisent à Rome leurs danses (Tite-Live, Histoire romaine); le théâtre est venu d'Étrurie et l'hippisme de Grande-Grèce. Les troupes ambulantes sont souvent accompagnées de bateleurs et d'amuseurs de toutes sortes (boxeurs, lutteurs).

Enfin, spécialité romaine, les écoles de gladiateurs recrutent beaucoup en Orient et ces troupes se produisent un peu partout.

Au IIe siècle, et malgré plusieurs réactions de rejet, qui se poursuivront jusque sous l'Empire assez tardivement, Rome finit par accepter les "intellectuels" itinérants, représentants des principales écoles philosophiques ; mais il n'y a là rien de comparable à l'engouement pour les sophistes constaté en Grèce.

En revanche, les prédicateurs des religions orientales se sont mieux imposés. Souvent charlatans plus qu'honnêtes missionnaires, ils exploitent la faiblesse des esprits : ainsi en est-il des propagateurs du culte isiaque (Juvénal, Satires). Les astronomes chaldéens, venus avec l'armée perse au Ve siècle, ont sillonné, eux aussi, pendant des siècles, le monde gréco-romain et ces astronomes-astrologues sont, eux aussi, bien souvent, des faiseurs d'illusions (Aulu-Gelle, Nuits Attiques). Les cultes orientaux déferlent sur le monde romain à partir des grands ports (Ostie, Pouzzoles) ; les plus importants sont ceux de Mithra et de Cybèle. Si les prêtres de Mithra défraient peu la chronique scandaleuse, les desservants itinérants de Cybèle se font remarquer par leur tenue voyante et le tintamarre de leurs instruments. Dans la foulée du prosélytisme juif et des premiers apôtres se dispersant "pour instruire toutes les nations", Saint Paul conçoit sa mission comme un voyage du plus proche au plus lointain pour tenter d'assurer une unité religieuse s'étendant sur l'ensemble de l'univers.

"Tous ces gens qui voyageaient par devoir ou par nécessité avaient la même mentalité : conscients des risques encourus, ils étaient également fiers de leurs entreprises, quelles qu'elles soient, car leurs motivations éaient complexes et fort diverses si bien que l'on peut parler de voyages à finalité mixte. Les marchands implantaient leurs dieux comme des missionnaires, ou couraient l'aventure comme des explorateurs. Les ministres des cultes étrangers devaient travailler pour subsister. Les intellectuels se déplaçaient autant pour faire carrière que pour connaître le monde et expérimenter leur science." (J.-M. André et M.-F. Baslez, Voyager dans l'antiquité)

 

Source : Académie de Versailles  www.ac-versailles.fr

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Published by Lutèce - dans Rome
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commentaires

agendicum 31/12/2011 08:33

Travail remarquable et toujours aussi passionnant
Bon réveillon et bonne année 2012
Amicalement

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