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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 18:45

Nous n’avons plus l’idée aujourd’hui de la vivacité des attaques dont fut victime l’Église en ce début de second siècle. Les soupçons les plus graves, les pires calomnies pèsent sur les chrétiens. Mais ils ont une telle conscience de la justesse de leur cause qu’ils se défendent pied à pied avec courage, souvent avec ironie, toujours avec conviction.

 

Deux procès qui n’en finissent pas : celui des chrétiens par les païens, celui des païens par les chrétiens.

Ils ont commencé au tout début du christianisme. Très vite ils ont donné lieu à des « apologies », c’est-à-dire, au sens premier du mot, à des plaidoyers destinés à démontrer que l’accusé n’est pas coupable. De là à retourner l’inculpation et à transformer la défense d’un groupe d’hommes en la justification d’une vérité, le pas est vite franchi. De l’« apologie », on est passé à l’apologétique.

Dans une étude parue dans l’ouvrage 2000 ans de Christianisme, André Mandouze donne la parole simultanément aux païens et aux chrétiens.

Dans la première phase de ce débat, ce sont les chrétiens qui sont en position d’accusés ; ils risquent leur vie et, à diverses reprises, des persécutions sanctionneront effectivement par la mort la « culpabilité » des chrétiens. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit aussi d’un débat d’idées et qu’il serait injuste de faire des païens en général des hommes assoiffés de sang. L’immense majorité d’entre eux est faite d’hommes tranquilles, héritiers d’une longue tradition morale, religieuse et culturelle qu’ils craignent de voir mettre en danger par l’idéologie envahissante des chrétiens.

Ce dramatique « face-à-face » des chrétiens et des païens reposera essentiellement sur des « documents d’époque » émanant des deux parties et représentants des pièces authentiques du procès.

Sitôt engagés, « l’escalade » idéologique prit un tour agressivement oratoire entre ces0153.jpg méditerranéens naturellement avocats qu’étaient aussi bien les chrétiens que les païens. La forme même des « interventions » nous montrera qu’en ce sens du technique, il s’agit bien d’un vrai procès. D’où par exemple l’allure très délibérée de plaidoyer qui caractérise jusque dans son titre cette « Apologétique » de Tertullien à laquelle nous emprunterons d’autant plus qu’elle a systématisé au maximum la matière du débat.

Il sera d’autant plus facile de classer les différents chefs d’accusation sous des rubriques très précises que au-delà de la personnalité des vedettes -chrétiennes ou païennes -du procès, le débat lui-même avait tendance à s’organiser suivant certaines lignes de force qui, la polémique aidant, devinrent des « slogans » auxquelles répondirent bien vite les slogans inverses. En gros, c’est toujours les mêmes choses que, obéissant plus ou moins à de vagues rumeurs, les païens reprochent aux chrétiens. Et c’est donc, à quelques variantes près, la même chose que les chrétiens réplique aux païens. Aussi, dans le montage du scénario, la chronologie des séquences n’est nullement déterminante. Ce qui veut dire que la parole sera donnée aux personnages dans l’ordre strict où ils sont apparus sur la scène de l’histoire.

Il faut même mettre en garde le lecteur contre les apparences trompeuses d’un ordre rigoureusement chronologique - ou géographique - qui cacherait les chassés-croisés du débat. Les ripostes fulgurantes sont aussi beaucoup moins nombreuses que les contre-attaques à retardement.

Le débat qui va suivre va de la première persécution des chrétiens à Rome en soixante-quatre, sous Néron, jusqu’à l’accord milanais (313) des empereurs Constantin et Licinius pour reconnaître aux chrétiens et à l’Église le droit à l’existence légale. Cette période de deux siècles et demi est par excellence la période des « apologistes ».

Du fait que l’accusateur et, plus encore, le bourreau sont toujours impopulaires, on comprendra facilement que la justice se porte plus spontanément du côté des victimes, c’est-à-dire des chrétiens. Encore une fois, il conviendra de tenir compte non seulement du fait que les documents produits sont forcément partiaux (puisque la plupart du temps nous ne connaissons les écrits païens qu’à travers les répliques chrétiennes, mais aussi du fait que les païens ne formaient pas un front indissoluble face à ce « phénomène chrétien » qui pourtant leur apparaissait à tous comme une contestation radicale de leur existence.

Ainsi, compte tenu du caractère souvent unilatéral des documents, la connaissance de l’histoire de l’Eglise ancienne et de son interprétation par les païens est indissolublement liée à la connaissance du Bas-Empire païen et de son interpellation par les chrétiens.

 

Image : Portrait funéraire du chrétien Ammonius Saccas

 

Source : 2000 ans de christianisme, éd. Livre de Paris Hachette

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Published by Lutèce - dans Religions
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