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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 05:39

Alors qu'en permanence,  à la télévisions, au cinéma, dans des livres et des magazines, l'Histoire de France est faussée, tronquée, trahie,  il est nécessaire de rappeler par exemple, un certain nombre de réalités historiques quant a l’héritage français en Algérie.

 

  En 132 années de présence, la France créa l’Algérie, l’unifia, lui offrit un Sahara qu’elle n’avait par définition jamais possédé, draina ses marécages, bonifia ses terres, équipa le pays, découvrit et mit en production le gaz et le pétrole qui font aujourd'hui sa richesse, soigna et multiplia ses populations. Quand, après les douloureux ≪ évènements ≫ que l’on sait, le drapeau tricolore fut abaissé et des centaines de milliers d'Européens lancés sur les routes de l’exode, l’Algérie devenue algérienne était de toutes les anciennes possessions françaises celle qui avait le plus reçu de son ancienne métropole.

En donnant l’indépendance a l’Algerie, la France laissait en effet 70.000 km de routes,centenaire-algerie.jpg 4300 km de voies ferrées, 4 ports équipés aux normes internationales, une douzaine d’aérodromes principaux, des centaines d’ouvrages d’art (ponts, tunnels, viaducs, barrages etc.), des milliers de bâtiments administratifs, de casernes, de bâtiments officiels qui étaient propriété de l'État français ; 31 centrales hydroélectriques ou thermiques ; une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie etc ; des milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités, d’hôpitaux, de maternités, de dispensaires, de centres de santé etc.[1]

L'Algérie algérienne ne fut pas capable de conserver cet héritage à défaut de le faire fructifier. Tout au contraire, elle le dilapida. La faillite algérienne tient en quatre principales réalités :

1) Le départ des ≪ pieds-noirs ≫ qui étaient le moteur de la société algérienne

2) un dogmatisme doctrinal qui, en ayant privilégie les industries ≪ industrialisâtes ≫, a ruiné l’agriculture.

3) un suicide démographique (2 millions en 1850 ; 10 millions en 1960 : 25 millions en 1990 et plus de 35 millions en 2010).

4) une corruption généralisée. En 2005, Daniel Lefeuvre[2] publia un livre magistral. Suivant la voie ouverte par Jacques Marseille qui avait lumineusement démontré que, loin de les avoir pillées, la France s’était ruinée dans ses colonies[3], Daniel Lefeuvre, professeur à l'université de Paris VIII, prouva que l’Algérien était devenue un insupportable fardeau pour la métropole. En 1959, toutes dépenses confondues, la ≪ Chère Algérie ≫ engloutissait ainsi à elle seule 20% du budget de l'Etat français, soit davantage que les budgets additionnés de l'Éducation nationale, des Travaux publics, des Transports, de la Reconstruction et du Logement, de l’Industrie et du Commerce !

En soulageant les misères des populations algériennes et en faisant reculer la mortalitéPour-en-finir-avec-la-repentance-coloniale-Daniel-Lefeuvre infantile la France avait involontairement créé les conditions d’une catastrophe qu’elle s’était elle-même condamnée à gérer. Résultat du dévouement et de l’efficacité du corps médical français, à partir de 1945, chaque année 250 000 naissances nouvelles étaient comptabilisées en Algérie, soit un accroissement de 2,5 à 3% de la population, d’ou un doublement tous les 25 ans.

Or, depuis les années 1930 les ressources locales stagnaient et depuis 1935 le territoire n'était plus en mesure de nourrir sa population. La France devait donc, et toujours aux frais du contribuable métropolitain, y importer grains, pommes de terre, viande, laitages etc., Même l’huile produite localement ne suffisait plus à la consommation. L’image d'Épinal de l’Algérie ≪ grenier ≫ de la France s’envole ainsi sous le froid scalpel de l’historien.

L’Algérie s’enfonçait donc inexorablement, les gouvernements français successifs se contentant d’accompagner financièrement une crise allant en s’aggravant année après année, tout en nourrissant les bouches nouvelles, en bâtissant des hôpitaux, des écoles, des routes, des ponts et en tentant de créer artificiellement des milliers d’emplois.

  À l’exception de Vichy, qui tenta une audacieuse politique d’industrialisation qui ne fut pas poursuivie après la Libération, aucun gouvernement n’osa lancer les indispensables grandes reformes structurelles. Aucun n’osa poser la question du nécessaire désengagement, l’appartenance de l’Algérie a l’ensemble français étant alors une évidence pour tous les partis politiques. Mais l’aveuglement avait un coût que les économistes et les milieux patronaux métropolitains évaluèrent. Lucides et inquiets ils tirèrent la sonnette d’alarme. En vain.

En 1953 les politiques durent se rendre enfin à l’évidence car les recettes locales nechere-algerie.gif permettaient plus de faire face aux dépenses de fonctionnement. L’Algérie était bel et bien en faillite.

En 1952, anticipant en quelque sorte la situation, le gouvernement de l'époque avait demandé au parlement le vote de 200 milliards d’impôts nouveaux tout en étant contraint de faire des choix budgétaires douloureux. Pour aider encore davantage l’Algérie il fallut donc faire patienter la Corrèze et le Cantal. Le sacrifice des Français de France fut alors double puisque leurs impôts augmentaient tandis que les engagements de l'État dans les domaines routiers, hospitaliers, énergétiques, etc., étaient amputés ou retardés.

≪ Tutrice généreuse ≫, la France couvrit ≪ avec constance les découverts de sa pupille ≫ et l’implication du budget national dans les déséquilibres algériens alla sans cesse en augmentant. C’est ainsi que, de 1949 à 1953 le volume des investissements sur fonds publics en francs courants atteignit 305 milliards dont les 4/5° assurés par l'Etat français. De 1952 à 1956 les ressources d’origine métropolitaine affectées au financement du 2° plan d'équipement passèrent de 50% à plus de 90%. Le pic de l’aberration fut même atteint avec le ≪ Plan de Constantine ≫ annoncé par le général De Gaulle le 3 octobre 1958 et qui, lui aussi, prétendait apporter une réponse économique à des problemes sociaux, démographiques, culturels et politiques.

L’addition des sommes versées par l’État français, par nos parents ou nos grands-parents donc, donne le vertige : durant les seuls 9 premiers mois de 1959 les crédits d’investissement en Algérie atteignirent 103,7 milliards dont 71,5 milliards directement financés par le Trésor français. De 1950 à 1956, la seule industrie algérienne recut, hors secteur minier, en moyenne 2 395 millions d’anciens francs annuellement. En 1959 et en 1960 cette somme atteignit en moyenne 5 390 millions. Entre 1959 et 1961, pour le seul plan de Constantine, les industries métropolitaines investirent 27,40 milliards d’anciens francs hors secteur des hydrocarbures. Les industriels français étaient-ils soudainement devenus philanthropes, eux qui s’étaient jusque là prudemment tenus à l’écart de la ≪ chère Algerie ≫ ? Daniel Lefeuvre donne l’explication cette soudaine ≪ générosité ≫ :

le prix des créations d’usines en Algerie (a) été payé par les contribuables métropolitains grâce à un cadeau de 90 millions d’anciens francs fait par l’État à chaque industriel ≫ ! Quels intérêts la France avait-elle donc à défendre en Algérie pour s’y ruiner avec une telle obstination, avec un tel aveuglement ? La réponse est claire : économiquement aucun ! Et pourtant : Que d’articles, de déclarations, de discours pour rappeler que l’Algérie est le premier client de la France ! Que de sottises ainsi proférées sur le nombre d’ouvriers français qui travaillaient grâce aux commandes passées par l’Empire ! ≫ écrit Daniel Lefeuvre. Qu’il s’agisse des minerais, du liège, de l’alpha, des vins, des agrumes etc., toutes les productions algériennes avaient en effet desraffard-de-Brienne.jpg coûts supérieurs à ceux du marché. En 1930 le prix du quintal de blé était de 93 francs en métropole alors que celui proposé par l’Algérie variait entre 120 et 140 francs, soit 30 à 50% de plus. C’est parce que la France payait sans discuter que l’Algérie pouvait pratiquer ces prix sans rapport avec les cours mondiaux ce qui, en 1934, fit tout de même dire au rapporteur général de la Commission des finances des Assemblées financières algériennes :

Il n’y a pas d’exemple assurément que par sa législation protectrice, par son économie dirigée, l'État ait fait subir à la loi naturelle de l’offre et de la demande une aussi profonde mutilation ≫. Résultat d’une telle politique, l’Algérie qui avait vu se fermer tous ses débouchés internationaux en raison de ses prix n’eut bientôt plus qu’un seul client et un seul fournisseur, la France, qui continua d’acheter à des cours largement supérieurs au marché des productions qui avaient été subventionnées par elle ! 

Le plus insolite est que l’Algérie ne fit aucun effort tarifaire dans sa direction, dévorant sans gène une rente de situation assurée par les impôts des Français. Ainsi, entre 1930 et 1933, alors que le vin comptait pour près de 54% de toutes ses exportations agricoles, le prix de l’hectolitre qu’elle vendait à la France était supérieur de 58% à celui produit en Espagne, ce qui n'empêcha pas la métropole de se fermer au vin espagnol pour s’ouvrir encore davantage au vin algérien.

Daniel Lefeuvre a également démontré que, contrairement aux idées reçues, la main d’œuvre industrielle en Algérie était plus chère que celle de la métropole. Un rapport de Saint-Gobain date de 1949 en évalue même le surcoût :

pour le personnel au mois, la moyenne des (rémunerations versées) ressort à 27 000 francs pour la métropole contre 36 000 francs en Algerie (…) Par comparaison avec une usine métropolitaine située en province, l’ensemble des dépenses, salaires et accessoires est de 37% plus élevée ≫.

L’industrialisation de l’Algérie était donc impossible, sauf à rembourser ce surcoût aux industriels. C’est d’ailleurs ce que fit la France comme le montre l’exemple de la verrerie.

En 1945 une bouteille fabriquée en Algérie coûtant 78% de plus que la même bouteille produite en métropole, il valait mieux importer que de fabriquer sur place. Un accord fut alors conclu entre les Verreries d’Afrique du Nord (VAN), la Caisse des marchés de l’État et le Crédit national : les VAN s’engageaient a produire en Algérie même des bouteilles et des dérivés puis à les mettre sur le marché à un prix agréé par le Gouvernement général de l’Algérie ; en contrepartie l’État prenait à son compte les pertes. Quant aux investissements nécessaires à la relance de la fabrication et qui étaient de 150 millions de francs de 1946, ils étaient assurés pour 50 millions par l’État et les 100 millions restants par emprunt du Crédit national avec garantie étatique. De plus, pour faire face aux dépenses de fabrication, les VAN disposeraient de crédits d’aval de 70 millions consentis par la Caisse des marchés. Pour survivre, l’industrie algérienne devait donc non seulement disposer d’un marché local protégé, mais encore être subventionnée par l’État francais…petrole-algerie.jpg

La découverte des hydrocarbures en 1956 ne changea pas la donne et l’État français fut contraint d’imposer quasiment à des compagnies réticentes une mise en production qui débuta timidement entre 1957 et 1959 pour démarrer véritablement en 1961. Ce pétrole était en effet trop léger pour la transformation en fuel dont avait alors besoin l’industrie française. De plus, à cette époque, le marché mondial était saturé et le pétrole algériens entrait directement en concurrence avec le pétrole libyen plus facile à exploiter et à écouler. Enfin, le brut algérien était cher : 2,08 $ le baril contre 1,80 $ au cours mondial. Une fois encore la France vola donc au secours de l’Algérie en surpayant un pétrole dont elle avait pourtant financé les recherches et la mise en exploitation !

Concernant l’immigration algériennes en France, et contrairement à tous les poncifs, Daniel Lefeuvre a démontré qu’avec le statut du 20 septembre 1947 conférant la citoyenneté française aux musulmans d’Algérie ce fut la préférence nationale, en l’occurrence la préférence algérienne, que choisirent les gouvernements de la IV° République. Les choix des patrons métropolitains étaient au contraire à la main d’œuvre italienne, espagnole et portugaise mieux formée donc moins chère et facilement assimilable.

Selon Daniel Lefeuvre, ≪ contrairement à une légende tenace, l’afflux d’Algériens en métropole, dans les années 1950, ne répond pas aux besoins en main d’œuvre de l'économie française au cours des années de reconstruction ou des Trente Glorieuses ≫ ce qui détruit ≪ limagerie de rabatteurs, parcourant le bled, pour fournir à un patronat avide, la main d’œuvre abondante et bon marché dont il serait friand ≫.

Placée sous ≪ assistance respiratoire ≫ par la France qui ne cessa de l’alimenter artificiellement l’Algérie française fut incapable de subvenir à ses propres besoins. Elle dépendit constamment des importations métropolitaines et n’évita la banqueroute que parce que l’État français ne cessa jamais de combler ses déficits.

Voila qui explique le discours radiotélévisé que le général De Gaulle prononça le 29 décembre 1961.

C’est au ≪ tonneau des Danaïdes ≫ algérien qu’il pensait quand il déclara que si l’engagement français en Algérie :

(…) restait ce qu’il est, (il) ne saurait être pour (la France) qu’une entreprise à hommes et à fonds perdus, alors que tant de taches appellent ses efforts ailleurs ≫.

Ces quelques rappels utiles devraient être médités par les responsables français littéralement tétanisés par les exigences de repentance périodiquement formulées par des autorités algériennes qui y trouvent un dérivatif commode à leurs propres échecs.

 

 [1] Voir a ce sujet l’excellent livre du docteur Pierre Goinard, Algerie : l’œuvre française. 419 pages, Paris, Éditions Robert Laffont, 1986.

[2] Chère Algérie. La France et sa colonie (1930-1962). 512 pages, 2005, Flammarion, 24 euros.

[3] Marseille, J., Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce. Réédition en 2005.

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 07:45

   Marguerite Naseau, surnommée la « première fille de la Charité », est née en 1594.

 

  Jeune vachère de Suresnes près de Paris, elle voulut, bien qu'illettrée, apprendre à lire et à écrire aux petites filles des villages environnants. Elle acheta un alphabet et, en demandant auMarguerite-naseau.jpg curé, au vicaire et à toute personne qui savait lire comment se prononçaient les lettres et les mots, elle parvint à savoir lire. Les moqueries de son entourage ne faisaient que renforcer sa détermination malgré les jeûnes forcés et les longues marches dans la campagne.

  Cette jeune femme simple,  fille de la campagne vint trouver Vincent pour offrir sa vie dans le service des pauvres…

  Vincent de Paul qui venait d'obtenir l’aide de femmes assez riches se rendit vite compte que la charité avait besoin d’être organisée. Aussi, en décembre 1617, il créa l’Association des Dames de la Charité. Ces dames accomplissaient un grand travail, mais la demande était si grande qu’il fut nécessaire de trouver d’autres personnes pour les aider. Saint Vincent la présenta à Louise de Marillac elle devint alors la première sœur de la Charité dans la nouvelle congrégation. L'exemple  de Marguerite Naseau fut contagieux

  

  Marguerite se dévoua toute sa vie aux plus pauvres qui ne manquaient pas en cette période du début de la Guerre de Trente ans.

  Elle n'hésita pas à céder son lit à une lépreuse dont elle contracta bientôt le mal. Elle fit joyeusement ses adieux à la communauté et se dirigea simplement vers l'Hôpital Saint-Louis où elle mourut bientôt à l'âge de 39 ans.

  L'Église catholique romaine l'a déclarée Vénérable.

  Une place porte son nom à Suresnes.

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 16:17

  Pour commencer, l'enfance de Saint Vincent de Paul

 

 

Monsieur Vincent

Film de Maurice Cloche (1947)

Scénario de Jean Bernard-Luc et Jean Anouilh

 

avec :

  • Pierre Fresnay : Vincent de Paul
  • Aimé Clariond : le cardinal de Richelieu vincent11151449.jpg
  • Jean Debucourt : Philippe-Emmanuel de Gondi, comte de Joigny
  • Germaine Dermoz : la reine Anne d'Autriche
  • Pierre Dux : le chancelier Séguier
  • Lise Delamare : Françoise Marguerite de Silly, comtesse de Joigny
  • Gabrielle Dorziat : la présidente Groussault
  • Yvonne Gaudeau : Louise de Marillac
  • Jean Carmet : l'abbé Pontail
  • Michel Bouquet : le tuberculeux
  • Gabrielle Fontan : la vieille sourde du presbytère de Châtillon
  • Marcel Pérès : La Fouille
  • Robert Murzeau : monsieur Bénier
  • Francette Vernillat : la petite fille
  • Marcel Vallée : l'administrateur des hospices

  1ère partie   2ème partie  3ème partie  4ème partie  5ème partie  6ème partie  7ème partie  8ème partie  9ème partie  10ème partie  11ème partie  12ème partie 

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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 13:40

Claude est né à Lugdunum (Lyon) le 1er août 10 av., fils de Drusus et Antonia Minor, elle-même fille de Marc Antoine et d'Octavie, il fut le premier empereur né hors d'Italie.

Il succéda à Caligula en 41 en devenant le quatrième empereur de la dynastie julio-claudienne alors qu'il avait déjà une cinquantaine d'années.

Il apparaissait peu probable que Claude devienne empereur. Etant bègue,  sa familleclaude.jpeg l'avait jugé incapable d'exercer une fonction publique jusqu'à ce qu'il devienne consul de son neveu Caligula en 37. Son infirmité le sauva cependant peut-être des purges dans les familles nobles romaines qui eurent lieu durant les règnes de ses deux prédécesseurs, lui permettant de se trouver en position d'être nommé empereur après l'assassinat de Caligula : il était alors le dernier homme de sa famille. Il accéda au pouvoir en comblant de cadeaux (donativa) les cohortes prétoriennes, inaugurant ainsi un malheureux usage.

Malgré son manque d'expérience politique, Claude se montra un administrateur capable et un grand bâtisseur public.

Son règne vit l'Empire s'agrandir : cinq provinces s'ajoutèrent à l'Empire, dont la « Bretagne » (Britannia en latin) en 43 — où il se rendit pour obtenir les triomphes, se voyant ainsi décerner, ainsi qu'à son fils, le surnom de Britannicus —, la Lycie, la Maurétanie, la Norique et la Thrace. Il s'intéressa personnellement aux affaires publiques, se penchant sur les lois et présidant les procès publics. Il alla jusqu'à publier vingt édits par jour.

Il étendit la citoyenneté romaine à des nombreuses cités dans les provinces, notamment en Gaule où il était né. Sensible aux demandes des notables gaulois, il obtint en 48 du Sénat que ceux-ci puissent accéder aux magistratures publiques de Rome et donc au Sénat romain. Reconnaissants, les délégués des nations gauloises firent graver son discours sur une table de bronze, la Table claudienne, laquelle fut placée dans le sanctuaire fédéral des Trois Gaules à Lyon.

Tout au long de son règne il fut perçu comme vulnérable par la noblesse romaine. Il fut ainsi poussé à chercher en permanence à consolider son pouvoir, aux dépens des sénateurs en particulier. En 49, il bannit les juifs de Rome.

Dans sa vie personnelle, il connut de nombreuses épreuves et son dernier mariage le mena à la mort.

Il épousa en premières noces Plautia Urgulanilla, dont il eut un fils, mort en bas âge, et une fille qu'il fit exposer, la soupçonnant d'être le fruit d'un adultère. Il se maria ensuite à Ælia Pætina dont il eut une fille, Antonia. Il s'allia ensuite à Messaline dont il eut deux enfants, Octavie (née en 40, future épouse de Néron) et Britannicus (né en 41), qui fut éclipsé puis empoisonné par Néron. En quatrièmes noces, il épousa sa propre nièce Agrippine la Jeune.

Il mourut empoisonné le 13 octobre 54 à l'instigation d'Agrippine, après avoir, sur ses conseils, adopté le fils de celle-ci — Néron — et fait passer ce dernier, en le mariant à sa fille Octavie, devant son propre fils pour la succession.

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 07:07

   Après le départ de mon oncle, je continuai l'étude qui m'avait empêché de le suivre. Vintpline-jeune.gif ensuite le bain, le repas ; je dormis quelques instants d'un sommeil agité. Depuis plusieurs jours, un tremblement de terre s'était fait sentir. Il nous avait peu effrayés, parce qu'on y est habitué en Campanie. Mais il redoubla cette nuit avec tant de violence, qu'on eût dit, non-seulement une secousse, mais un bouleversement général. Ma mère se précipita danspompei_pline.jpg ma chambre. Je me levais pour aller l'éveiller, si elle eût été endormie. Nous nous assîmes dans la cour qui ne forme qu'une étroite séparation entre la maison et la mer. Comme je n'avais que dix-huit ans, je ne sais pas si je dois appeler fermeté ou imprudence ce que je fis alors. Je demandai un livre de Tite-Live. Je me mis à le lire, comme dans le plus grand calme, et je continuai à en faire des extraits. Un ami de mon oncle, récemment arrivé d'Espagne pour le voir, nous trouva assis, ma mère et moi. Je lisais. Il nous reprocha, à ma mère son sang-froid, et à moi ma confiance. Je n'en continuai pas moins attentivement ma lecture.

   Nous étions à la première heure du jour, et cependant on ne voyait encore qu'une lumière faible et douteuse. Les maisons autour de nous, étaient si fortement ébranlées,pline-le-jeune1.jpg qu'elles étaient menacées d'une chute infaillible dans un lieu si étroit, quoiqu'il fût découvert. Nous prenons enfin le parti de quitter la ville. Le peuple épouvanté s'enfuit avec nous ; et comme, dans la peur, on met souvent sa prudence à préférer les idées d'autrui aux siennes, une foule immense nous suit, nous presse et nous pousse. Dès que nous sommes hors de la ville, nous nous arrêtons ; et là, nouveaux phénomènes, nouvelles frayeurs. Les voitures que nous avions emmenées avec nous, étaient, quoiqu'en pleine campagne, entraînées dans tous les sens, et l'on ne pouvait, même avec des pierres, les maintenir à leur place. La mer semblait refoulée sur elle-même, et comme chassée du rivage par l'ébranlement de la terre. Ce qu'il y a de certain, c'est que le rivage était agrandi, et que beaucoup de poissons étaient restés à sec sur le sable. De l'autre côté, une nuée noire et horrible, déchirée par des tourbillons de feu, laissait échapper de ses flancs entr'ouverts de longues traînées de flammes, semblables à d'énormes éclairs.

   Alors l'ami dont j'ai parlé revint plus vivement encore à la charge. Si votre frère, si votre oncle est vivant, nous dit-il, il veut sans doute que vous vous sauviez ; et s'il est mort, il a voulu que vous lui surviviez. Qu'attendez-vous donc pour partir ? Nous lui répondîmes que nous ne pourrions songer à notre sûreté, tant que nous serions incertains de son sort. À ces mots, il s'élance, et cherche son salut dans une fuite précipitée. Presqu'aussitôt après la nue s'abaisse sur la terre et couvre les flots. Elle dérobait à nos yeux l'île de Caprée, qu'elle enveloppait, et nous cachait la vue du promontoire de Misène. Ma mère me conjure, me presse, m'ordonne de me sauver, de quelque manière que ce soit. Elle me dit que la fuite est facile à mon âge ; que pour elle, affaiblie et appesantie par les années, elle mourrait contente, si elle n'était pas cause de ma mort. Je lui déclare qu'il n'y a de salut pour moi qu'avec elle. Je lui prends la main, je la force à doubler le pas. Elle m'obéit à regret, et s'accuse de ralentir ma marche.vesuve-de-pompei.jpg  La cendre commençait à tomber sur nous, quoiqu'en petite quantité. Je tourne la tête, et j'aperçois derrière nous une épaisse fumée qui nous suit en se répandant sur la terre comme un torrent. Pendant que nous voyons encore, quittons le grand chemin, dis-je à ma mère, de peur d'être écrasés dans les ténèbres par la foule qui se presse sur nos pas. A peine nous étions-nous arrêtés, que les ténèbres s'épaissirent encore. Ce n'était pas seulement une nuit sombre et chargée de nuages, mais l'obscurité d'une chambre où toutes les lumières seraient éteintes. On n'entendait que les gémissements des femmes, les plaintes des enfants, les cris des hommes. L'un appelait son père, l'autre son fils, l'autre sa femme ; ils ne se reconnaissaient qu'à la voix. Celui-ci s'alarmait pour lui-même, celui-là pour les siens. On en vit à qui la crainte de la mort faisait invoquer la mort même. Ici on levait les mains au ciel ; là on se persuadait qu'il n'y avait plus de dieux, et que cette nuit était la dernière, l'éternelle nuit qui devait ensevelir le monde. Plusieurs ajoutaient aux dangers réels des craintes imaginaires et chimériques. Quelques-uns disaient qu'à Misène tel édifice s'était écroulé, que tel autre était en feu ; bruits mensongers qui étaient accueillis comme des vérités.

Il parut une lueur qui nous annonçait, non le retour de la lumière, mais l'approche du feu qui nous menaçait. Il s'arrêta pourtant loin de nous. L'obscurité revint. La pluie de cendres recommença plus forte et plus épaisse. Nous nous levions de temps en temps pour secouer cette masse qui nous eût engloutis et étouffés sous son poids. Je pourrais me vanter qu'au milieu de si affreux dangers, il ne m'échappa ni une plainte ni une parole qui annonçât de la faiblesse ; mais j'étais soutenu par cette pensée déplorable et consolante à la fois, que tout l'univers périssait avec moi. Enfin cette noire vapeur se dissipa, comme une fumée ou comme un nuage. Bientôt après nous revîmes le jour et même le soleil, mais aussi blafard qu'il apparaît dans une éclipse. Tout se montrait changé à nos yeux troublés encore. Des monceaux de cendres couvraient tous les objets, comme d'un manteau de neige.

Nous retournâmes à Misène. Chacun s'y rétablit de son mieux, et nous y passâmes une nuit entre la crainte et l'expérance. Mais la crainte l'emportait toujours, car le tremblement de terre continuait. La plupart, égarés par de terribles prédictions, aggravaient leurs infortunes et celles d'autrui. Cependant, malgré nos périls passés et nos périls futurs, il ne nous vint pas la pensée de nous éloigner, avant d'avoir appris des nouvelles de mon oncle.

Vous lirez ces détails ; mais vous ne les ferez point entrer dans votre ouvrage. Ils ne sont nullement dignes de l'histoire ; et, si vous ne les trouvez pas même convenables dans une lettre, ne vous en prenez qu'à vous seul qui les avez exigés.

Adieu.

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 16:13

  Vous me demandez des détails sur la mort de mon oncle, afin d'en transmettre plus fidèlement le récit à la postérité. Je vous en remercie : car je ne doute pas qu'une gloire impérissable ne s'attache à ses derniers moments, si vous en retracez l'histoire. Quoique dans un désastre qui a ravagé la plus belle contrée du monde, il ait péri avec des peuples et des villes entières, victime d'une catastrophe mémorable qui doit éterniser sa mémoire ; quoiqu'il ait élevé lui-même tant de momuments durables de son génie, l'immortalité de vos ouvrages ajoutera beaucoup à celle de son nom. Heureux les hommes auxquels les dieux ont accordé le privilège de faire des choses dignes d'être écrites, ou d'en écrire qui soient dignes d'être lues ! plus heureux encore ceux auxquels ils ont départis ce double avantage ! Mon oncle tiendra son rang parmi les derniers, et par vos écrits et par les siens. J'entreprends donc volontiers la tâche que vous m'imposez, ou plutôt, je la réclame.

   Il était à Misène où il commandait la flotte. Le neuvième jour avant les calendes de septembre, vers la septième heure, ma mère l'avertit qu'il paraissait un nuage d'unepline-l-ancien.jpg grandeur et d'une forme extraordinaire. Après sa station au soleil et son bain d'eau froide, il s'était jeté sur un lit où il avait pris son repas ordinaire, et il se livrait à l'étude. Il demande ses sandales et monte en un lieu d'où il pouvait aisément observer ce phénomène. La nuée s'élançait dans l'air, sans qu'on pût distinguer à une si grande distance de quelle montagne elle sortait. L'évènement fit connaître ensuite que c'était du mont Vésuve. Sa forme approchait de celle d'un arbre, et particulièrement d'un pin : car, s'élevant vers le ciel comme sur un tronc immense, sa tête s'étendait en rameaux. peut-être le souffle puissant qui poussait d'abord cette vapeur ne se faisait-il plus sentir ; peut-être aussi le nuage, en s'affaiblissant ou en s'affaissant sous son propre poids, se répandait-il en surface. Il paraissait tantôt blanc, tantôt sale et tacheté, selon qu'il était chargé de cendre ou de terre.

   Ce phénomène surpris mon oncle, et, dans son zèle pour la science, il voulut l'examiner de plus près. Il fit appareiller un navire liburnien, et me laissa la liberté de le suivre. Je lui répondis que j'aimais mieux étudier ; il m'avait par hasard donné lui-même quelque chose à écrire. Il sortait de chez lui, lorsqu'il reçut un billet de Rectine, femme de Césius Bassus. Effrayée de l'imminence du péril (car sa villa était située au pied du Vésuve, et l'on ne pouvait s'échapper que par la mer), elle le priait de lui porter secours. Alors il change de but, et poursuit par dévouement ce qu'il n'avait d'abord entrepris que par le désir de s'instruire. Il fait préparer des quadrirèmes, et y monte lui-même pour aller secourir Rectine et beaucoup d'autres personnes qui avaient fixé leur habitation sur cette côte riante. Il se rend à la hâte vers des lieux d'où tout le monde s'enfuyait ; il va droit au danger, la main au gouvernail, l'esprit tellement libre de crainte, qu'il décrivait et notait tous les mouvements, toutes les formes que le nuage ardent présentait à ses yeux.

   Déjà sur ses vaisseaux volait une cendre plus épaisse et plus chaude, à mesure qu'ils approchaient ; déjà tombaient autour d'eux des éclats de rochers, des pierres noires, brûlées et calcinées par le feu ; déjà la mer, abaissée tout à coup, n'avait plus de profondeur, et les éruptions du volcan obstruaient le rivage. Mon oncle songea un instant à retourner ; mais il dit bientôt au pilote qui l'y engageait : La fortune favorise le courage. Menez-nous chez Pomponianus. Pomponianus était à Stabie, de l'autre côté d'un petit golfe, formé par la courbure insensible du rivage. Là, à la vue du péril qui était encore éloigné, mais imminent, car il s'approchait par degrés, Pomponianus avait transporté tous ses effets sur des vaisseaux, et n'attendait, pour s'éloigner, qu'un vent moins contraire. Mon oncle, favorisé par ce même vent, aborde chez lui, l'embrasse, calme son agitation, le rassure, l'encourage ; et, pour dissiper, par sa sécurité, la crainte de son ami, il se fait porter au bain. Après le bain, il se met à table, et mange avec gaieté, ou, ce qui ne suppose pas moins d'énergie, avec les apparences de la gaieté. etna  Cependant, de plusieurs endroits du mont Vésuve, on voyait briller de larges flammes et un vaste embrasement dont les ténèbres augmentaient l'éclat. Pour calmer la frayeur de ses hôtes, mon oncle leur disait que c'étaient des maisons de campagne abandonnées au feu par les paysans effrayés. Ensuite, il se livra au repos, et dormit réellement d'un profond sommeil, car on entendait de la porte le bruit de sa respiration que sa corpulence rendaitpline2.jpg forte et retentissante. Cependant la cour par où l'on entrait dans son appartement commençait à s'encombrer tellement de cendres et de pierres, que, s'il y fût resté plus longtemps, il lui eût été impossible de sortir. On l'éveille. Il sort, et va rejoindre Pomponianus et les autres qui avaient veillé. Ils tiennent conseil, et délibèrent s'ils se renfermeront dans la maison, ou s'ils erreront dans la campagne : car les maisons étaient tellement ébranlées par les effroyables tremblements de terre qui se succédaient, qu"elles semblaient arrachées de leurs fondements, poussées dans tous les sens, puis ramenées à leur place. D'un autre côté, on avait à craindre, hors de la ville, la chute des pierres, quoiqu'elles fussent légères et minées par le feu. De ces périls, on choisit le dernier. Chez mon oncle, la raison la plus forte prévalut sur la plus faible ; chez ceux qui l'entouraient, une crainte l'emporta sur une autre. Ils attachent donc avec des toiles des oreillers sur leurs têtes : c'était une sorte d'abri contre les pierres qui tombaient.

   Le jour recommençait ailleurs ; mais autour d'eux régnait toujours la nuit la plus sombrepline03 et la plus épaisse, sillonnée cependant par des lueurs et des feux de toute espèce. On voulut s'approcher du rivage pour examiner si la mer permettait quelque tentative ; mais on la trouva toujours orageuse et contraire. Là mon oncle se coucha sur un drap étendu, demanda de l'eau froide, et en but deux fois. Bientôt des flammes et une odeur de soufre qui en annonçait l'approche, mirent tout le monde en fuite, et forcèrent mon oncle à se lever. Il se lève appuyé sur deux jeunes esclaves, et au même instant il tombe mort. J'imagine que cette épaisse vapeur arrêta sa respiration et le suffoqua. Il avait naturellement la poitrine faible, étroite et souvent haletante. Lorsque la lumière reparut trois jours après le dernier qui avait lui pour mon oncle, on retrouva son corps entier, sans blessure. Rien n'était changé dans l'état de son vêtement, et son attitude était celle du sommeil plutôt que de la mort. mortdepline.jpg  Pendant ce temps, ma mère et moi nous étions à Misène. Mais cela n'intéresse plus l'histoire, et vous n'avez voulu savoir que ce qui concerne la mort de mon oncle. Je finis donc, et je n'ajoute plus qu'un mot : c'est que je ne vous ai rien dit, que je n'aie vu ou que je n'aie appris dans ces moments où la vérité des évènements n'a pu encore être altérée. C'est à vous de choisir ce que vous jugerez le plus important. Il est bien différent d'écrire une lettre ou une histoire ; d'écrire pour un ami, ou pour le public.

Adieu

 

Images : Pline l'ancien par Bolinger - Éruption de l'Étna - Peinture à l'huile de Pierre - henri de Valenciennes (1813) - Gravures XIXe siècle, mort de Pline l'Ancien.

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 17:04

   Pour les ignares ou ceux qui lisent des livres d'Histoire écrit par des journalistes ... ignares, le Moyen-Âge est une époque triste, sombre, mélancolique, cruelle etc... 

  Alors la musique de cette période, c'est forcément une musique triste, dépressive... la complainte de la jeune châtelaine abandonnée...

  Et si on écoutait In Taberna, groupe (hélas séparé) spécialiste de musique médiévale :



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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 07:39

  Voilà un livre qui devrait faire du bruit. Un livre qui montre et démontre que le massacre de 117 000 Vendéens – hommes, femmes, enfants, vieillards – à partir de l’automne 1793,secher dans des conditions d’indicible horreur, n’est pas la conséquence d’un excès de zèle, de la folie sanguinaire de quelques-uns ou d’une sorte de « légitime défense » de la Révolution et de la République naissante. Non : ce crime, matrice de tous les génocides contemporains, a été pensé avant d’être perpétré, préparé avec minutie et réalisé sous le regard vigilant du Comité de Salut public. Celui-ci a donné des ordres précis ; il a pu suivre leur mise en œuvre grâce aux fréquentes remontées d’informations du terrain. Tout a été voulu ; tout a été décidé sans états d’âme. Les signatures de Robespierre, de Carnot, de Barère, de Billaud-Varenne et bien d’autres en attestent : ce fut une œuvre collective, conjointe, concertée.

  Signatures ? Mais oui. C’est une consultation fortuite aux Archives nationales qui a mis l’historien Reynald Secher sur le chemin de cette découverte majeure, qui accuse à tout jamais non plus des hommes mais un système qui prétendait instituer la liberté, l’égalité et la fraternité pour fabriquer un « homme nouveau ». Il a trouvé des petits bouts de papiers conservés avec zèle, mais sans grand ordre et sans explications, certains portant des signatures du Comité de Salut public, d’autres datés depuis l’Eure, la Mayenne, le Morbihan… Un mot y revient souvent. « Exterminez. » « Exterminez les brigands. » Exterminer la « race impure » des Vendéens qui menacent la République – affamés, malades, fuyant les Colonnes infernales, massés dans le plus grand « camp de concentration » de la Révolution – Nantes –, en déroute à Savenay, cherchant refuge au Mans.

  Depuis le Morbihan, la commission administrative acquiesce, ni plus, ni moins : « Il faut que la France soit république, ou qu’elle soit un vaste cimetière. »

  La découverte va bouleverser Reynald Secher. Patiemment, il photographie chacun de ces petits papiers, autant de preuves irréfutables de la volonté génocidaire, froide, calculatrice et légale qui a conduit à des massacres atroces et des destructions systématiques. Au sud de la Loire, soucieux d’exécuter les ordres de stopper toute velléité de poursuite du soulèvement vendéen, le général Turreau est à l’œuvre et rend compte. C’est la Vendée qui est visée, toute la Vendée, au risque de tuer des « Bleus » – peu importe. Il n’y a plus de « bon » Vendéen, fût-il révolutionnaire. Lorsque plus tard, accusé d’avoir été au-delà de ce qui lui était ordonné, Turreau se défend en se défaussant sur les ordres de Paris et de ceux qui gouvernent, il ne se livre pas seulement à un exercice d’autojustification : il dit vrai. En affirmant que le Comité de Salut public lui a ordonné de tuer tous les Vendéens et de procéder à la destruction de la Vendée, il parle le langage même des « petits papiers » qui ont mis en place la mécanique du génocide. Cela est désormais certain.

  Au nord de la Loire, les choses sont prises en main depuis Paris. Il faut empêcher la « contagion » – peur qui en dit long sur la manière dont les révolutionnaires se perçoivent, et perçoivent la manière dont le bonheur qu’ils promettent est redouté et combattu par les braves gens.Rocheserviere-vitraux.jpg

  Au Comité de Salut public, pour régler l’affaire du Mans, on a poussé le cynisme jusqu’à retenir les forces révolutionnaires pour qu’elles aient le temps de se rassembler, de se masser, de frapper un grand coup, un seul mais définitif. De jour en jour les billets se suivent et se ressemblent : le Comité suit les opérations depuis Paris, organise le ravitaillement, accueille avec la plus grande satisfaction les rapports victorieux de ceux qui se vantent d’avoir massacré femmes et enfants, cette « vermine »

coupable.

  La récente découverte de charniers de Vendéens au Mans atteste de la violence de cette phase de l’extermination et de son caractère aveugle puisqu’elle frappe femmes, enfants, vieillards… C’était prévu.

  La lecture de ces billets, entre emphase et froideur administrative, soulève le cœur. J’ai vu toutes ces photos. Un lourd classeur qui, page à page, déroule un panorama de haine et d’absence totale d’humanité en vue d’organiser le massacre de Français par d’autres Français. Mais il fallait aller au-delà de ces sentiments de dégoût et de révolte. C’est que qu’a fait Reynald Secher en répertoriant, en classant, en retranscrivant ces « petits bouts de papier » jusqu’ici inédits pour changer à jamais le regard sur le génocide vendéen, que nul, désormais, ne saurait nier sans s’en avouer d’une façon ou d’une autre complice.

Il en a tiré une œuvre véritablement universitaire qui relève autant de la réflexion et de l’analyse que du puzzle reconstitué – car tout cela s’inscrit dans l’histoire connue et la confirme, à commencer par le décret-loi de la Convention du 1er octobre 1793 ordonnant « l’extermination des brigands de la Vendée ».

  Les choses sont claires : il ne s’agissait pas seulement d’une figure de style pour viser fin-1793.jpgceux qui s’étaient armés contre la conscription et contre la République, mais d’une réalité sanglante dont les plaies n’ont jamais pu se refermer…

  Rien que pour cela, il faut lire le livre de Reynald Secher.

  Il dégage en effet – et cela avait été son premier objectif avant qu’il ne s’enrichisse des découvertes décrites plus haut – une notion souvent inséparable des génocides contemporains, le mémoricide. A savoir, quand les génocidés sont aussi des vaincus, l’éradication de leur mémoire : elle devient invisible parce que les bourreaux n’en veulent pas, nient toute culpabilité voire justifient leur action. Comme les historiens robespierristes qui tiennent le haut du pavé, et qui mentent effrontément, depuis Jules Michelet ; comme tous ces politiques qui n’envisagent pas de laisser dire la vérité parce qu’elle met directement en cause ce qu’ils représentent, ce à quoi ils s’accrochent.

C’est pourquoi, en annonçant que ce livre allait faire du bruit, j’ai peut-être parlé un peu vite. L’occultation fait partie de ce mémoricide, elle est efficace, elle est omniprésente. Elle l’était dès l’origine puisque le geste chrétien et héroïque de Bonchamps blessé à mort qui demanda « grâce pour les prisonniers », grâce pour les milliers de Bleus, fut immédiatement tabou du côté des républicains. Les prisonniers n’étaient pas peu coupables de s’être laissé libérer par les Blancs !

  Le mémoricide va plus loin, comme on l’a vu aussi en Arménie, et dans bien des pays communistes. Il brouille les pistes, met bourreaux et victimes sur le même plan – et rend même ces dernières « coupables » des atrocités qu’elles ont subies. Tout est de leur faute, ils n’avaient qu’à ne pas être là ! Une deuxième postface signée Hélène Piralian analyse cette deuxième mise à mort en profondeur.

  Et l’important cahier iconographique en apporte la preuve ; des places Carnot, il y en a jusqu’en Vendée ; les rues Robespierre foisonnent, il y a un lycée à son nom à Arras (opportunément sis « avenue des Fusillés » !), il y a des lycées Carnot dans plusieurs villes de France. Les bourreaux ne sont pas honnis, ils sont honorés, donnés en exemple. Westermann qui, triomphant, eut le privilège de faire ainsi son rapport à Paris, a lui aussi ses rues et ses hommages républicains :

« Il n’y a plus de Vendée, Citoyens républicains, elle est morte sous notre sabre libre avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et dans les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m’avez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes qui, au moins, pour celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé. Un chef des brigands, nommé Désigny, a été tué par un maréchal des logis. Mes hussards ont

tous à la queue de leurs chevaux des lambeaux d’étendards brigands. Les routes sont semées de cadavres. Il y en a tant que sur plusieurs endroits ils font pyramide. On fusille sans cesse à Savenay car à chaque instant il arrive des brigands qui prétendent se rendre prisonniers. »

  Suivant les ordres que vous m’avez donnés…Là encore, il disait vrai. 

  Que signifie tout cela pour la France d’aujourd’hui ? Eh bien, un devoir de vérité, un devoir de reconnaissance, un devoir de justice envers une population qui a été génocidéevended1 par des hommes dont aujourd’hui nos hommes politiques se réclament ; plus de celui-ci ou de celui-là, peut-être, mais toujours de théoriciens de l’anéantissement qui ont inventé et donné les plans pour tous les massacres idéologiques des siècles suivants. Jusqu’à l’utilisation des gaz pour rationaliser la tuerie, jusqu’aux tanneries de peau humaine – à Angers, à Meaux – pour la rentabiliser.

  Nos hommes politiques se réclament de leurs slogans et de leurs principes, ils voient dans cette République qui s’est construite sur des « pyramides de cadavres » le ferment d’unité qui forge l’identité française aujourd’hui. Pourront-ils encore le faire sans récuser explicitement les abominations qu’on a commises en son nom ? Pourront-ils continuer d’ignorer l’avertissement de Soljenitsyne en Vendée – longuement citée – qui lumineusement, faisait le lien entre l’incohérence de la trilogie « liberté, égalité, fraternité » et les mots qui la chargeaient d’emblée de tous les dangers : « ou la mort… » Et qui montrait combien tous les génocides ont pris modèle sur ce qui se passa en Vendée.

  La question n’est plus de savoir si l’on parlera de ce livre. Il faut en faire parler.

 

Jeanne Smits, quotidien Présent du samedi 8 octobre 2011

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 01:20

Pour l'avenir de nos enfants, petits enfants, neveux, nièces, voisins, voisines.... pour l'avenir de la France :

ARRÊTONS DE PLEURER, DE PARLER...

AGISSONS !

 

 

Remarquable document de réinformation sur l'école, à diffuser partout sur la toile et à vos correspondants !

http://www.soseducation.com/greve27septembre/

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 09:35

Première partie de l'article en cliquant ici.

 

   La physique moderne nous dit que la lumière est à la fois une onde et une particule. On n'en était pas si loin au XIIIe siècle...Louis XV

   Lumière ou matière... On le pressentait, en effet. La première assertion l'a largement emporté et, du coup, le bleu, divinisé, s'est répandu non seulement dans les vitraux et les œuvres d'art, mais aussi dans toute la société : puisque la Vierge s'habille de bleu, le roi de France le fait aussi. Philippe Auguste, puis son petit-fils Saint Louis seront les premiers à l'adopter (Charlemagne ne l'aurait pas fait pour un empire !). Les seigneurs, bien sûr, s'empressent de les imiter... En trois générations, le bleu devient à la mode aristocratique. La technique suit : stimulés, sollicités, les teinturiers rivalisent en matière de nouveaux procédés et parviennent à fabriquer des bleus magnifiques. 


   En somme, le bleu divin stimule l'économie.

   Vous ne croyez pas si bien dire. Les conséquences économiques sont énormes : laguède demande de guède, cette plante mi-herbe, mi-arbuste que l'on utilisait dans les villages comme colorant artisanal, explose. Sa culture devient soudain industrielle, et fait la fortune de régions comme la Thuringe, la Toscane, la Picardie ou encore la région de Toulouse. On la cultive intensément pour produire ces boules appelées «coques», d'où le nom de pays de cocagne. C'est un véritable or bleu ! On a calculé que 80% de la cathédrale d'Amiens, bâtie au XIIIe siècle, avait été payée par les marchands de guède ! À Strasbourg, les marchands de garance, la plante qui donne le colorant rouge, étaient furieux. Ils ont même soudoyé le maître verrier chargé de représenter le diable sur les vitraux pour qu'il le colorie en bleu, afin de dévaloriser leur rival. 


   C'est carrément la guerre entre le bleu et le rouge !

   Oui. Elle durera jusqu'au XVIIIe siècle. À la fin du Moyen Age, la vague moraliste, qui va provoquer la Réforme, se porte aussi sur les couleurs, en désignant des couleurs dignes et d'autres qui ne le sont pas. La palette protestante s'articule autour du blanc, du noir, du gris, du brun... et du bleu. 


   Sauvé de justesse !Peter Paul Rubens couronnement-vierge

  Oui. Comparez Rembrandt, peintre calviniste qui a une palette très retenue, faite de camaïeux, et Rubens, peintre catholique à la palette très colorée... Regardez les toiles de Philippe de Champaigne, qui sont colorées tant qu'il est catholique et se font plus austères, plus bleutées, quand il se rapproche des jansénistes... Ce discours moral, partiellement repris par la Contre-Réforme, promeut également le noir, le gris et le bleu dans le vêtement masculin. Il s'applique encore de nos jours. Sur ce plan, nous vivons toujours sous le régime de la Réforme. 


   À partir de ce moment-là, notre bleu, si mal parti à l'origine, triomphe.

   Oui. Au XVIIIe siècle, il devient la couleur préférée des Européens. La technique en rajoute une couche: dans les années 1720, un pharmacien de Berlin invente par accident le fameux bleu de Prusse, qui va permettre aux peintres et aux teinturiers de diversifier la indigo-bloc.jpggamme des nuances foncées. De plus, on importe massivement l'indigo des Antilles et d'Amérique centrale, dont le pouvoir colorant est plus fort que l'ancien pastel et le prix de revient, plus faible que celui d'Asie, car il est fabriqué par des esclaves. Toutes les lois protectionnistes s'écroulent. L'indigo d'Amérique provoque la crise dans les anciennes régions de cocagne, Toulouse et Amiens sont ruinés, Nantes et Bordeaux s'enrichissent. Le bleu devient à la mode dans tous les domaines. Le romantisme accentue la tendance: comme leur héros, Werther de Goethe, les jeunes Européens s'habillent en bleu, et la poésie romantique allemande célèbre le culte de cette couleur si mélancolique - on en a peut-être gardé l'écho dans le vocabulaire, avec le blues... En 1850, un vêtement lui donne encore un coup de pouce: c'est le jean, inventé à San Francisco par un tailleur juif, Levi-Strauss, le pantalon idéal, avec sa grosse toile teinte à l'indigo, le premier bleu de travail. 


   Il aurait très bien pu être rouge...

   Impensable ! Les valeurs protestantes édictent qu'un vêtement doit être sobre, digne etblue-jeans discret. En outre, teindre à l'indigo est facile, on peut même le faire à froid, car la couleur pénètre bien les fibres du tissu, d'où l'aspect délavé des jeans. Il faut attendre les années 1930 pour que, aux Etats-Unis, le jean devienne un vêtement de loisir, puis un signe de rébellion, dans les années 1960, mais pour un court moment seulement, car un vêtement bleu ne peut pas être vraiment rebelle. Aujourd'hui, regardez les groupes d'adolescents dans la rue, en France: ils forment une masse uniforme et... bleue. 


   Et on sait combien ils sont conformistes... Simultanément, le bleu a acquis une signification politique.

   Qui a évolué, elle aussi. En France, il fut la couleur des républicains, s'opposant au blanc des monarchistes et au noir du parti clérical. Mais, petit à petit, il a glissé vers le centre, se laissant déborder sur sa gauche par le rouge socialiste puis communiste. Il a été chassé vers la droite en quelque sorte. Après la Première Guerre mondiale, il est devenu conservateur (c'est la Chambre bleu horizon). Il l'est encore aujourd'hui. soldats-14-18.jpg


   Après des siècles plutôt agités, le voici donc sur le trône des couleurs. Va-t-il le rester ?

   En matière de couleurs, les choses changent lentement. Je suis persuadé que, dans trente ans, le bleu sera toujours le premier, la couleur préférée. Tout simplement parce que c'est une couleur consensuelle, pour les personnes physiques comme pour les personnes morales : les organismes internationaux, l'ONU, l'Unesco, le Conseil de l'Europe, l'Union européenne, tous ont choisi un emblème bleu. On le sélectionne par soustraction, après avoir éliminé les autres. C'est une couleur qui ne fait pas de vague, ne choque pas et emporte l'adhésion de tous. Par là même, elle a perdu sa force symbolique. Même la musique du mot est calme, atténuée : bleu, blue, en anglais, blu, en italien... C'est liquide et doux. On peut en faire un usage immodéré. reve-bleue-54435920d7.jpg


   On dirait qu'elle vous énerve un peu, cette couleur.

   Non, elle n'est justement pas assez forte pour cela. Aujourd'hui, quand les gens affirment aimer le bleu, cela signifie au fond qu'ils veulent être rangés parmi les gens sages, conservateurs, ceux qui ne veulent rien révéler d'eux-mêmes. D'une certaine manière, nous sommes revenus à une situation proche de l'Antiquité : à force d'être omniprésent et consensuel, le bleu est de nouveau une couleur discrète, la plus raisonnable de toutes !

 

 

Source : Le petit livre des couleurs, Michel Pastoureau/ Dominique Simonnet. éditions du Panama

 

Images : Louis XV par Michel Van Loo - Guède (pastel des teinturiers) - Pierre Paul Rubens, le couronnement de la vierge 1620 - Bloc d'indigo - Verdun - Rêve bleu -

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