Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 19:35

Les païens aux chrétiens : Vous êtes des hors-la-loi

 

Dans sa lettre à Trajan, Pline se demande si l’on doit punir en tant que tel « le nom de chrétiens ». Mais, jusqu’au moment où il a « suspendu » les instructions contre les chrétiens « pour recourir à l’avis (de l’empereur) », il n’a pas été inactif. Voici son rapport sur les mesures qu’il a cru de voir prendre.

« En attendant, voici la règle que j’ai suivie envers ceux qui m’étaient déférés comme chrétiens. Je leur ai demandé à eux-mêmes s’ils étaient chrétiens. À ceux qui avouaient, je l’ai demandé une seconde et une troisième fois en les menaçant de supplice ; ceux qui persévéraient, je les ai fait exécuter : quoi que signifiât leur aveu, j’étais sûr qu’il fallait punir du moins cet entêtement et cette obstination inflexibles. D’autres, possédés de la même folie, je les ai, en tant que citoyen Romain, notés pour être envoyés à Rome... Ceux qui niaient être chrétien ou l’avoir été, s’ils invoquaient les dieux selon la formule que je leur dictais et sacrifiaient par l’encens et le vin devant ton image que j’avais fait apporter à cette intention avec les statuts des divinités, si, en outre, il blasphèmeaient le Christ - toutes choses qu’il est, dit-on, impossible d’obtenir de ceux qui sont vraiment chrétiens -j’ai pensé qu’il fallait les relâcher. (Lettre X, 96, 2-5)

A noter la prudente incise de Pline : « quoi que signifiât leur aveu ». Sa manière d’agir n’entendait nullement préjuger de la solution « au fond ». Mais elle avait de mobiles. Le premier, d’ordre rationnel : il faut absolument empêcher qu’un vent de « folie » souffle sur l’Empire et il est une « obstination » que le pouvoir ne saurait tolérer. Quant au second mobile, il venait d’un souci d’efficacité : enrayon le mal pendant qu’il est encore temps.

... « J’ai suspendu l’information pour recourir à ton avis. L’affaire m’a paru mériter que je prenne ton avis, surtout à cause du nombre des accusés. Il y a une foule de personnes de tout âge, de toutes conditions, des deux sexes aussi, qui sont ou seront mises en péril. Ce n’est pas seulement à travers les villes, mais aussi à travers les villages et les campagnes que s’est répandue la contagion de cette superstition ; je crois pourtant qu’il est possible de l’enrayer et de la guérir ». (Lettre X, 96,9)

Cependant, plus puissant encore que les mobiles invoqués par tel gouverneur, il y a une question de principe qui n’a pas plus à être justifié que la raison d’État et ramène tous les préalables aux problèmes d’identité. On n’a pas le droit de se nommer chrétien parce qu’on n’a pas le droit d’être chrétien. Tout chrétien est donc passible d’être poursuivi dans la mesure où il est celui qui se nomme chrétien pour se définir.0177.jpg

 

Les chrétiens aux païens : Seuls nos actes nous jugent

 

Tertullien : vous nous interdisez pratiquement  d’« exister ».

« Et d’abord, quand vous posez, en vertu de la loi, ce principe : « il n’est pas permis que vous existiez », et que vous nous proposez cette fin de non-recevoir sans aucune considération d’humanité, vous faites profession de violence et d’une domination inique, comme un tyran qui commande du haut de sa citadelle, si du moins vous prétendait que cela ne nous est pas permis par ce que telle est votre bon plaisir, et non pas parce qu’en effet cela ne devait pas être permis ». (« Apologétique » IV, 4)


La procédure d’exception appliquée contre nous contredit la juridiction romaine.

… « S’il est certain que nous sommes de grands criminels, pourquoi sommes-nous traités autrement par vous-même que nos pareils , c’est-à-dire que les autres criminels ? En effet, si le crime est le même, le traitement devrait être aussi le même. Quand d’autres sont accusés de tous ces crimes dont on nous accuse, ils peuvent, et part en même et par une bouche mercenaire, prouver leur innocence ; ils ont toute liberté de répondre, de répliquer, puisqu’il n’a jamais permis de condamner un accusé sans qu’il se soit défendu, sans qu’il ait été entendu. Aux chrétiens seuls, on ne permet pas de dire ce qui est de nature à réfuter l’accusation, à soutenir la vérité, à empêcher le juge d’être injuste ; on attend qu’une chose, celle qui est nécessaire à la scène publique : l’aveu de leur nom, et non une enquête sur leur crime. » (« Apologétique » II, 1-3)


Vous préjugez de nos « crimes » au lieu de les prouver.

… « Voici un autre point où vous ne nous traitez pas non plus d’après les formes de la procédure criminelle : quand les autres accusés nient, vous leur appliquez la torture pour les faire avouer ; aux chrétiens seuls vous l’appliquez pour les faire nier. Et pourtant, s’il y avait crime, nous nierions et vous auriez recours à la torture pour nous forcer d’avouer. Et en effet, ne dites pas que vous croiriez inutile de rechercher par la torture les crimes des chrétiens, par ce que l’aveu du nom de chrétiens vous donnerait la certitude que ces crimes sont commis : car vous-même, chaque jour, si un meurtrier avoue, bien que vous sachiez ce que c’est que l’homicide, vous lui arrachez par la torture les circonstances de son crime. Et puisque vous présumez nos crimes par l’aveu de notre nom que, il est doublement contraire aux règles de la justice de nous forcer par la torture à rétracter notre aveu ; car avec notre nom vous nous faites nier, sans aucun doute, tous les crimes que l’aveu du nom vous avait fait présumer. » (« Apologétique » II, 10-11)

 

Justin : Il  faut nous juger sur nos actes.

« Mais, dira-t-on, des chrétiens ont été arrêtés et convaincus de crime. Sans doute, lorsque vous examinez la conduite des accusés, il vous arrive souvent dans condamner beaucoup, mais non pas parce que d’autres ont été cités avant eux. Voici un fait général que nous reconnaissons : de même que chez les Grecs, tout le monde appelle communément philosophe ceux qui exposent des doctrines qui leur plaisent, quelque contradictoires qu’elles puissent être, ainsi, chez les barbares, ceux qui sont ou passent pour sages ont reçu une dénomination commune : on les appelle tous chrétiens. Si donc on les accuse devant vous, nous demandons qu’on examine leur conduite et que celui qui sera convaincu soit condamné comme coupable, mais non pas comme chrétiens : si quelqu’un est reconnu innocent, qu’il soit absous comme chrétien, puisqu’il n’est en rien coupable. Nous ne vous demandons pas de sévir contre nos accusateurs : ils sont suffisamment punis par la conscience de leur perfidie et de leur ignorance du bien ». (« Première Apologie », 7)


Tertullien : Et si vous parveniez à nous arracher un reniement plus ou moins sincère de notre foi, qu'y gagneriez-vous ?

« Pas un juge ne désire acquitter le criminel qui avoue (…). C’est aussi pourquoi on ne contraint personne de nier. Un chrétien, tu le crois coupable de tous les crimes, ennemi des dieux, des empereurs, des lois, des mœurs, de la nature entière, et tu le forces de nier, pour l’acquitter, ne pouvant l’acquitter que s’il nie. Tu trahis les lois ! Tu veux qu’il nie son crime, pour le rendre innocent, et cela malgré lui, et voilà son passé même pur de tout crime ! D’où vient cet étrange aveuglement qui fait que vous réfléchissez même pas qu’il faut plutôt croire un accusé qui avoue spontanément que celui qui nie par force ; et que vous ne vous demandez pas si, contraint de nier, il ne nie pas sans sincérité et si, absous, à l’instant même, après avoir quitté le tribunal, il ne rira pas de votre haine, chrétien comme devant ? (« Apologétique » II, 16-17)

 

Un illogisme criant

« Si vous faites une enquête sur quelque criminelle, il a beau s’avouer homicide, ou sacrilège, ou inceste, ou ennemi public -pour ne parler que des crimes dont nous sommes les inculpés -cet aveu ne vous suffit pas pour prononcer aussitôt… Avec nous, rien de semblable, et pourtant il faudrait également nous arracher par la torture l’aveu de ses crimes qu’on nous impute faussement : de combien d’infanticide chacun a déjà goûté, combien d’inceste il a commis à la faveur des ténèbres ; quels cuisiniers, quels chiens ont assisté. Quelle gloire pour un gouverneur, s’il déterrait un chrétien qui aurait déjà coûté de cent petits enfants ! » Tertullien « Apologétique » II 4-5

 

Source : 2 000 ans de christianisme, éd. Livre de Paris Hachette

Repost 0
Published by Lutèce - dans Religions
commenter cet article
3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 09:23

Les païens aux chrétiens : votre nom vous comdamne

 

Au cours du Ier siècle seulement une de « superstition nouvelle maléfique de progresser par un groupe de gens appelés « chrétiens » (Suétone, « Vie de Néron » 16,2).

« Superstition », donc caricature de religion, mettant celle-ci en danger. « Nouvelle », donc menaçantes pour la stabilité de l’ordre de l’État. « Maléfique », c’est-à-dire malfaisante de plus ou moins apparentés à la. Or Rome se méfie terriblement de la magie.

Pour l’historien Suétone, la lutte contre cette « superstition » fait partie des mesures prises par Néron contre le désordre, de quelque nature qu’il soit : ces mesures contre la limitation du luxe jusqu’à la mise à l’écart des mimes en même temps que de leurs partisans, et celles qui visent les chrétiens se trouvent entre la réglementation des denrées servies dans les cabarets et la répression des abus ayant pour origine les conducteurs de quadrige !

Tout il ne s’agit donc pas de défendre la religion païenne en tant que tel. Tacite nous révèle d’ailleurs que le but de l’empereur est essentiellement son populaire lui attribuant l’incendie de Rome de cette année 64. Mais Tacite finit lui aussi par légitimer les mesures prises contre les chrétiens en invoquant les exigences générales du maintient de l’ordre :

« Réprimée sur le moment (sous le principat de Tibère), cette funeste superstition percait de nouveau, non pas seulement en Judée, ou le mal avait prit naissance, mais encore dans Rome ou tout ce qu’il y a d’affreux ou de haut dans le monde influe et trouve une nombreuse clientèle »(Annales » XV, 44). N’était-il pas naturel d’essayer malgré tout de préserver la capitale du danger ?

Mais quel est le danger ? Ni Tacite ni Suétone ne précisent pour quels « crimes » sont châtiés les chrétiens. On se contente de dire que « ces crimes font détester ceux que la foule appelle chrétiens ». Le seul nom de chrétiens suffit à les faire soupçonner d’être capable de tout.

C’est bien, en tout état de cause, ce qui ressort de la fameuse lettre envoyée près d’un demi-siècle plus tard à l’empereur Trajan par Pline le Jeune, alors gouverneur de la province de Bithynie.

« Je me demande, écrit-il, si l’on punit le seul nom de chrétiens, en l’absence de crimes, ou (si l’on punit) les crimes qu’implique le nom ».

La réponse de l’empereur est passablement ambiguë : il ne faut pas accepter les dénonciations anonymes faites à l’encontre des chrétiens ; néanmoins « il faut condamner » toute personne « convaincue » de données dans cette superstition et qui n’accepte pas de la renier en sacrifiant aux dieux. Conclusion pratique, tout à fait en accord avec la manière d’agir de Pline : il suffit de s’affirmer nommément chrétien pour être condamné.

Une dizaine d’années plus tard, le rescrit de l’empereur Hadrien au proconsul d’Asie Minucius Fundamus va toujours dans le même sens : le « nom chrétien » fait de celui qui le porte un criminel ; par contre, la calomnie ne peut être acceptée comme arme contre les chrétiens et doit être sévèrement réprimé :

« Si quelqu’un accuse les chrétiens et prouve qu’ils agissent contrairement aux lois, décide selon la gravité de la forte. Mais, par Hercule ! Si quelqu’un allègue cela par calomnie, prononce un verdict sur sa criminelle conduite et aie le soucie de la punir ».

Décidément le problème n’est pas simple : d’une part on condamne le « nom criminel », d’autre part on oblige les accusateurs à prouver les crimes de ceux qui se disent chrétiens ! La porte est ainsi ouverte à toutes les attitudes, des plus tolérantes aux plus répressives. Cette diversité de traitement des chrétiens et d’ailleurs aussi bien le fait de magistrats que le fait du peuple. Ce qui nous amène tout naturellement à essayer de passer contradictoirement en revue les griefs précis imputés aux chrétiens et les répliques non moins précises de ceux-ci.

 

Réponse de Trajan à Pline :

"Mon cher Pline, tu as suivi la conduite que tu devais dans l'examen des causes de ceux qui t'avaient été dénoncés comme chrétiens. Car on ne peut instituer une règle générale qui ait pour ainsi dire une forme fixe. Il n'y a pas à les poursuivre d'office. S'ils sont dénoncés et convaincus, il faut les condamner, mais avec la restriction suivante : celui qui aura nié être chrétien et en aura par les faits eux-mêmes donné la preuve manifeste, je veux dire en sacrifiant à nos dieux, même s'il a été suspect en ce qui concerne le passé, obtiendra le pardon comme prix de son repentir. Quant aux dénonciations anonymes, elles ne doivent jouer aucun rôle dans quelque accusation que ce soit ; c'est un procédé d'un détestable exemple et qui n'est plus de notre temps."

apologetica                            

 

Les chrétiens aux païens : Notre nom ne suffit pas à nous condamner

 

Tertullien : Le rescrit de Trajan à Pline est contradictoire dans les termes.

« Trajan répondit ( à Pline) que les gens de cette sorte ne devaient pas être récherchés, mais que, s’ils étaient différés au tribunal, il fallait les punir. Oh ! l’étrange sentence, illogique par nécessité ! Elle dit qu’il ne faut pas les rechercher, comme s’ils étaient innocents, et elle prescrit de les punir, comme s’ils étaient criminels ! Elle épargne et elle sévit, elle ferme les yeux et elle punit. »

(« Apologétique » II, 7-8)


Justin : Un nom n’est ni bon ni mauvais.

« Un nom n’est ni bon ni mauvais : il faut juger les actes qui s’y rattachent. A ne considérer que ce nom qui nous accuse, nous sommes les meilleurs des hommes. Nous ne pensons pas qu’il soit juste de prétendre être absous sur notre nom seul, si nous sommes convaincus de crime ; mais en retour, si, dans notre nom et notre conduite, on ne trouve rien de coupable, votre devoir est de faire tous vos efforts, pour ne pas être répréhensibles en justice en punissant injustement des innocents ! »

(« Première Apologie » 4)

 

Athénagore : Quoi qu’on dise, nous comdamner sur notre « nom » fait l’affaire des délateurs

… « Nous, qu’on appelle chrétiens, vous ne prenez aucun soin de nous ; et, bien que nous ne commettions pas d’injustice, mais que nous nous conduisions de la manière la plus pieuse et la plus juste – comme la suite le montrera – tant à l’égard de la divinité qu’à l’égard de votre empire, vous permettez qu’on nous poursuive, qu’on nous enlève, qu’on nous chasse ; que la plupart nous combattent à cause de notre nom seul. Nous oserons pourtant vous manifester ce qui nous concerne : notre discours vous prouvera que nous souffrons injustement, contre toute loi et contre toute raison ; et nous vous demandons d’examiner en notre faveur le moyen de n’être plus les victimes des délateurs ».

(« Suplique au sujet des chrétiens » I)

 

Tertullien : Haïr notre « nom », c’est faire l’aveu de votre ignorance et de votre impuissance.

« Voici donc le premier grief que nous formulons contre vous : l’iniquité de la haine que vous avez du nom chrétien. Le motif qui paraît excuser cette iniquité est précisément celui qu’il aggrave et qu’il a, à savoir votre ignorance. Car quoi de plus inique que de haïr une chose qu’on ignore, même si elle mérite la haine ? En effet, elle ne mérite votre haine que si vous savez si elle la mérite. Si la connaissance de ce qu’elle mérite fait défaut, comment prouver que la haine est juste ? Cette justice, en effet, ne peut se prouver par l’événement, mais par la certitude intime. Quand donc les hommes haïssent parce qu’ils ne connaissent pas l’objet de leur haine, pourquoi cet objet ne serait-il pas tel qu’ils ne doivent pas le haïr ? Par conséquent, nous confondons à la fois leur haine et leur ignorance, l’une par l’autre : il reste dans l’ignorance, parce qu’ils agissent, et ils haïssent injustement, parce qu’ils ignorent ».

(« Apologétique » I, 4-5)

 

Sans même vous en rendre compte, vous reconnaissez la vertu du nom chrétien.

…  « La plupart ont voué à ce nom de chrétien une haine si aveugle qu’ils ne peuvent rendre à un chrétien un témoignage favorable sans y mêler le reproche de porter ce nom. « C’est un honnête homme, dit l’un, que Gaius Seius ; quel dommage qu’ils soient chrétiens ! » Un autre dit de même : « pour ma part, je m’étonne que Lucius Titius, un homme site éclairé , soit tout à coup devenu chrétien. » Personne ne se demande si Gallus n’est honnête et Lucius éclairé que parce qu’ils sont chrétiens, ni s’ils ne sont pas devenus chrétiens parce que l’un est honnête et l’autre éclairé ! On lourd en ce que l’on connaît, on blâme ce que l’on ignore, et, ce que l’on connaît, pour l’attaque à cause de ce que l’on ignore.

(« Apologétique » III, 1-2)

 

Théophile d’Antioche : notre « nom » et béni.

« Quant à la façon dont tu te moques de moi en m’appelant « chrétiens », tu ne sais pas ce que tu dis. D’abord, ce qui est oint est agréable, utile, et n’a rien de ridicule. Est-ce qu’un navire peut être utilisé, peut être sauf avant d’être oint ? Est-ce qu’une tour, une maison, possède de belles apparences et offre bon d’usage tant qu’elles ne sont pas ointes ? L’homme qui arrive en cette vie, ou qui va lutter, ne reçoit-il pas l’onction d’huile ? Quelle œuvre d’art, quelle parure, peut flatter l’œil sans être oint et rendu brillantes ? L’air enfin, et toute la terre Subcéleste sont pour ainsi dire oints par la lumière et le souffle. Et toi, tu ne veux pas recevoir l’onction de lui le divine ? Pour nous, c’est là l’explication de notre nom de chrétiens : nous sommes oints par l’huile de Dieu. »

(« A. Autolycos » I, 12)

 

Source : 2 000 ans de christianisme, éd. Livre de Paris Hachette

Repost 0
Published by Lutèce - dans Religions
commenter cet article
26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 18:45

Nous n’avons plus l’idée aujourd’hui de la vivacité des attaques dont fut victime l’Église en ce début de second siècle. Les soupçons les plus graves, les pires calomnies pèsent sur les chrétiens. Mais ils ont une telle conscience de la justesse de leur cause qu’ils se défendent pied à pied avec courage, souvent avec ironie, toujours avec conviction.

 

Deux procès qui n’en finissent pas : celui des chrétiens par les païens, celui des païens par les chrétiens.

Ils ont commencé au tout début du christianisme. Très vite ils ont donné lieu à des « apologies », c’est-à-dire, au sens premier du mot, à des plaidoyers destinés à démontrer que l’accusé n’est pas coupable. De là à retourner l’inculpation et à transformer la défense d’un groupe d’hommes en la justification d’une vérité, le pas est vite franchi. De l’« apologie », on est passé à l’apologétique.

Dans une étude parue dans l’ouvrage 2000 ans de Christianisme, André Mandouze donne la parole simultanément aux païens et aux chrétiens.

Dans la première phase de ce débat, ce sont les chrétiens qui sont en position d’accusés ; ils risquent leur vie et, à diverses reprises, des persécutions sanctionneront effectivement par la mort la « culpabilité » des chrétiens. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit aussi d’un débat d’idées et qu’il serait injuste de faire des païens en général des hommes assoiffés de sang. L’immense majorité d’entre eux est faite d’hommes tranquilles, héritiers d’une longue tradition morale, religieuse et culturelle qu’ils craignent de voir mettre en danger par l’idéologie envahissante des chrétiens.

Ce dramatique « face-à-face » des chrétiens et des païens reposera essentiellement sur des « documents d’époque » émanant des deux parties et représentants des pièces authentiques du procès.

Sitôt engagés, « l’escalade » idéologique prit un tour agressivement oratoire entre ces0153.jpg méditerranéens naturellement avocats qu’étaient aussi bien les chrétiens que les païens. La forme même des « interventions » nous montrera qu’en ce sens du technique, il s’agit bien d’un vrai procès. D’où par exemple l’allure très délibérée de plaidoyer qui caractérise jusque dans son titre cette « Apologétique » de Tertullien à laquelle nous emprunterons d’autant plus qu’elle a systématisé au maximum la matière du débat.

Il sera d’autant plus facile de classer les différents chefs d’accusation sous des rubriques très précises que au-delà de la personnalité des vedettes -chrétiennes ou païennes -du procès, le débat lui-même avait tendance à s’organiser suivant certaines lignes de force qui, la polémique aidant, devinrent des « slogans » auxquelles répondirent bien vite les slogans inverses. En gros, c’est toujours les mêmes choses que, obéissant plus ou moins à de vagues rumeurs, les païens reprochent aux chrétiens. Et c’est donc, à quelques variantes près, la même chose que les chrétiens réplique aux païens. Aussi, dans le montage du scénario, la chronologie des séquences n’est nullement déterminante. Ce qui veut dire que la parole sera donnée aux personnages dans l’ordre strict où ils sont apparus sur la scène de l’histoire.

Il faut même mettre en garde le lecteur contre les apparences trompeuses d’un ordre rigoureusement chronologique - ou géographique - qui cacherait les chassés-croisés du débat. Les ripostes fulgurantes sont aussi beaucoup moins nombreuses que les contre-attaques à retardement.

Le débat qui va suivre va de la première persécution des chrétiens à Rome en soixante-quatre, sous Néron, jusqu’à l’accord milanais (313) des empereurs Constantin et Licinius pour reconnaître aux chrétiens et à l’Église le droit à l’existence légale. Cette période de deux siècles et demi est par excellence la période des « apologistes ».

Du fait que l’accusateur et, plus encore, le bourreau sont toujours impopulaires, on comprendra facilement que la justice se porte plus spontanément du côté des victimes, c’est-à-dire des chrétiens. Encore une fois, il conviendra de tenir compte non seulement du fait que les documents produits sont forcément partiaux (puisque la plupart du temps nous ne connaissons les écrits païens qu’à travers les répliques chrétiennes, mais aussi du fait que les païens ne formaient pas un front indissoluble face à ce « phénomène chrétien » qui pourtant leur apparaissait à tous comme une contestation radicale de leur existence.

Ainsi, compte tenu du caractère souvent unilatéral des documents, la connaissance de l’histoire de l’Eglise ancienne et de son interprétation par les païens est indissolublement liée à la connaissance du Bas-Empire païen et de son interpellation par les chrétiens.

 

Image : Portrait funéraire du chrétien Ammonius Saccas

 

Source : 2000 ans de christianisme, éd. Livre de Paris Hachette

Repost 0
Published by Lutèce - dans Religions
commenter cet article
16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 15:35

Vers 112, Pline le Jeune, alors légat en Bithynie, demande conseil à l’empereur Trajan à propos de procès intenté pour « christianisme ». En réponse l’empereur lui ordonne de condamnés à mort ceux qui auraient refusé de sacrifier aux dieux.

 

« Maître, c’est une règle pour moi de te soumettre tous les points sur lesquels j’ai des doutes : qui pourrait mieux me diriger quand j’hésite ou m’instruire quand j’ignore ?

« Je n’ai jamais participé à des procès [cognitiones] concernant des chrétiens ; c’est pourquoi je ne sais quels sont les faits que l’on punit ou sur lesquels on enquête, ni jusqu’où il faut aller. Je me pose fortement la question de savoir s’il faut tenir compte de l’âge, s’il faut distinguer entre la jeunesse et l’âge mûr, s’il faut pardonner à ceux qui se repentent, et encore si pour qui a vraiment été chrétien, rien ne sert de se dédire, et si, en l’absence de crimes, l’on punit le nomen [le fait de se dire chrétien] ou les crimes [flagitia] inhérent au nomen.228.jpg

« En attendant, voici la règle que j’ai suivie envers ceux qui mettaient déférés comme chrétiens : je leur ai demandé à eux-mêmes s’ils étaient chrétiens. À ceux qui avouaient [confitentes], je vais demander une seconde et une troisième fois, en les menaçant du supplice ; ce qui persévérait, je les ai fait exécuter : peu importe la nature [qualecumque] de ce qu’ils avouaient ainsi, j’étais certain qu’il fallait punir du moins cet entêtement et cette obstination inflexibles ; d’autres, possédés de la même folie, je les ai, en tant que citoyens romains, noté pour être envoyés à Rome. Bientôt comme il arrive en pareil cas, à mesure que les accusations de ce type se répandaient, elles se sont présentées sous divers aspects.

« On a affiché un libelle sans auteur contenant un grand nombre de noms ; ce qui n’y est être ou avoir été chrétien, s’il répétait après moi une invocation aux dieux et faisait une supplication par l’encens et le vin à ton image que j’avais donnée ordre d’apporter avec les statuts des divinités, et aussi s’il maudissait le Christ – toute chose qu’il est, dit-on impossible d’obtenir de ceux qui sont vraiment chrétiens –, j’ai pensé qu’il fallait les relâcher. D’autres avaient été accusés par un dénonciateur à titre privé (index), et après avoir dit qu’ils étaient chrétiens, le nièrent ; ils l’avaient bien été, l’un trois ans auparavant, l’autre plus encore, et même pour certains jusqu’à plus de vingt ans. Tous ceux-là aussi ont adoré ton image ainsi que les statues des dieux et ont maudit le Christ.

« D’ailleurs ils affirmaient que toutes leurs fautes, ou leur erreur, s’était borné à avoir l’habitude de se réunir à jour fixe avant le lever du soleil, de chanter entre alternativement un hymne au Christ comme un dieu, de s’engager par serment non a perpétré quelques crimes, mais à ne commettre ni vol, ni brigandage, ni adultère, à ne pas manquer à la parole donnée, à ne pas nier un impôt réclamé en justice ; ces rites accomplis, ils avaient coutume de se séparer et de se réunir encore pour prendre leur nourriture, qui, quoi qu’on dise, est ordinaire et innocente ; même cette pratique, ils y avaient renoncé après mon édit par lequel j’avais selon les instructions interdit les hétairies [associations]. J’ai cru d’autant plus nécessaire de chercher ce qu’il y a de vrai là-dessous en faisant torturer deux esclaves [ancillae] que l’on disait servantes [ministrae]. Je n’ai découvert qu’une mauvaise superstition, sans mesure.

« Aussi ai-je suspendu ses procès [cognitio] pour te consulter. L’affaire a paru mériter une consultation, surtout en raison du nombre des accusés. Ils sont nombreux, de tout âge, appartenant à tous les « ordres », et même aux deux sexes, qui sont en danger ou vont être en danger. La contagion de cette superstition a gagné non seulement les villes, mais les villages et les campagnes ; elle paraît pouvoir être enrayée et guérie.

« Il n’est certes pas douteux que les temples qui étaient désormais presque abandonnés commencent à être fréquentés, que les cérémonies rituelles longtemps interrompues sont reprises, que partout on vend la chair des victimes, qui jusqu’à présent ne trouvait plus que de très rares acheteurs. D’où il est aisé de penser qu’une foule d’hommes pourrait être guérie si l’on accueillait le repentir. »

 

Réponse de Trajan à Pline

« Mon cher Secundus, tu as suivi la conduite que tu devais dans l’examen des causes de ceux qui t’avaient été déférés comme chrétiens. Car on ne peut instituer une règle générale qui ait pour ainsi dire une forme fixe. Il n’y a pas à les poursuivre d’office. S’ils sont déférés, et convaincu, il faut les condamnés, mais avec la restriction suivante : celui qui aura nié être chrétien et en aura par les faits eux-mêmes donné la preuve manifeste, je veux dire en sacrifiant à nos dieux, même s’il a été suspect en ce qui concerne le passé, obtiendra le pardon comme prix de son repentir.

« Quant au libelles affichés sans nom d’auteur, ils ne doivent jouer aucun rôle dans quelque accusation que ce soit ; c’est un procédé d’un détestable exemple et qui n’est plus de notre temps. »

 

Pline le Jeune, Lettres, 96 et 97

Repost 0
Published by Lutèce - dans Religions
commenter cet article
4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 13:25

On voit bien d’emblée, ce que les pauvres, les esclaves, les petits, recevaient de l’Evangile. Ils n’avaient rien. Un esclave, en grec, se dit un « corps », sôma. Mainte inscription les désigne au pluriel, sômata, après le bétail, ktèmata. Ce neutre exprime une165.png catégorie d’objets, un des biens que l’on possède. À Rome, l’esclave est une res : chose achetée, vendue. Pour le paysan Caton, un esclave hors de service compte moins qu’une vieille vache : la vache, au moins, on la mange. Ayant rapporté le massacre de tous les serviteurs d’une maison, Tacite ajoute : vile damnum[1]. À ces déshérités, la Bonne Nouvelle[2] donnait tout : le sens de leur dignité, de leur personne humaine. Un Dieu les avait aimés, il était mort pour eux. Il leur assurait dans son royaume, la meilleure place. Le patricien n’avait ici nul avantage. Cependant, à l’assemblée, il se mêlait à cette tourbe mal lavée, dont l’haleine empestait l’ail et le gros vin. Ces êtres d’une autre race qu’il pouvait, d’un mot, faire battre et mourir, étaient ses frères. Qu’on ne dise pas que ce progrès est l’effet des mœurs du temps ou des préceptes du stoïcisme. Les beaux prêches de Sénèque n’ont point conduit à un tel changement. Après avoir fignolé la lettre XLVII à Lucilius, Sénèque n’eut pas diné avec ses esclaves. Il n’eut pas goûté avec eux, les viandes des sacrifices. On eut dressé au moins deux tables. Cette égalité dans la pratique n’a commencé qu’aux repas du Seigneur. C’est un des plus grands miracles de la religion chrétienne. L’esclave n’a ni ancêtres, ni traditions ; n’étant pas membre de la cité, il n’est point protégé par les dieux qui la symbolisent ; ni lares paternels, ni autels ; les plus favorisés sont encore les étranger, bien qu’on se défie de leurs cultes que les vraies romains méprisent. Juvénal se plaint que l’Oronte[3] ait souillé les eaux du Tibre « in Tiberim defluxit Orontes ». Les processions des Galles, ces châtrés de la Grande Mère n’avaient rien d’édifiant. Isis et Sérapis, secourables aux petits, avaient la faveur des courtisanes. La nuit, dans l’ombre propice des sanctuaires, les dévotes, croyant s’unir aux dieux, faisaient l’amour avec les prêtres. Ceux-ci, moyennant finances, prêtaient la main aux aventures les plus galantes. Au dire de Flavius Josèphe, un chevalier romain séduisit par leur artifice une noble dame qui pensait tenir en ses bras le dieu du Nil. Encore les rites les plus secrets, qui donnaient l’immortalité, n’étaient-ils pas à la portée des pauvres. Un taurobole coûtait cher. L’initiation isiaque voulait toute une machinerie qu’on ne pouvait mettre en branle sans dépense. Les mystères de la magie, de l’astrologie, se vendaient contre bon argent. L’astrologue Vettius Valens, qui vécut sous Hadrien, sait bien ce que lui soutirèrent les Égyptiens qui lui transmirent l’art sacré.

Quand une religion donne tout, on ne s’étonne guère qu’elle réussisse. Or le christianisme comblait les misérables en leur apportant l’essentiel. Désormais leur souffrance même prenait valeur de vie. Le portefaix de Carthage ou d’Ostie pouvait se dire, sous la charge, qu’il contribuait au salut du monde. Uni aux douleurs du Christ, il rachetait non-seulement ses frères de misère, mais son maître, et jusqu’à César. Il aimait ses ennemis. Quelle gloire, ici-bas déjà ! Quel titre de noblesse valait cela ?

 

André-Jean Festugière

L'enfant d'Agrigente éd. Plon

 

 

[1] pertes négligeables.

[2] en grec εὐαγγέλιον (euangélion) évangile.

[3] fleuve du Proche-Orient

Repost 0
Published by Lutèce - dans Religions
commenter cet article
15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 16:13

voeulouisXIII.jpgLe 10 février 1638, Louis XIII, consacra notre pays à la Très Sainte Vierge Marie. Il demanda que cette consécration soit renouvelée dans tout le royaume chaque 15 août, faisant ainsi de ce jour, la fête nationale de notre patrie.

 

Texte intégrale de cette consécration :

 

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre.


À tous ceux qui ces présentes lettres verront, Salut.
Dieu qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l’esprit qu’il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre état, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne, sans y voir autant d’effets merveilleux de sa bonté, que d’accidents qui nous pouvaient perdre.
Lorsque nous sommes entré au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d’en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause que l’on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l’artifice des hommes et la malice du diable ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables au repos de notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice.
La rébellion de l’hérésie ayant aussi formé un parti dans l’Etat, qui n’avait d’autre but que de partager notre autorité, il s’est servi de nous pour en abattre l’orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques.
Quand nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes, qu’à la vue de toute l’Europe, contre l’espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs états dont ils avaient été dépouillés.
Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne, se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins pour faire voir à toutes les nations que, comme sa providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve et sa puissance le défend.
Tant de grâces si évidentes font que pour n’en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra sans doute de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous vénérons l’accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du fils de Dieu en notre chair, de nous consacrer à la grandeur de Dieu par son fils rabaissé jusqu’à nous, et à ce fils par sa mère élevée jusqu’à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte-Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n’étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables et c’est chose bien raisonnable qu’ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.
À ces causes, nous avons déclaré et déclarons que prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et de défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, que, soit qu’il souffre du fléau de la guerre ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés en ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de la cathédrale de Paris avec une image de la Vierge qui tienne dans ses bras celle de son précieux Fils descendu de la Croix , et où nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.
Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris et néanmoins lui enjoignons que tous les ans le jour et fête de l’Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grand’messe qui se dira en son église cathédrale, et qu’après les vêpres du dit jour, il soit fait une procession en la dite église à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines et le corps de ville, avec pareille cérémonie que celle qui s’observe aux processions générales les plus solennelles ; ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales que celles des monastères de la dite ville et faubourg, et en toutes les villes, bourgs et villages du dit diocèse de Paris.
Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales et autres églises de leur diocèse ; entendant qu’à la dite cérémonie les cours de Parlement et autres compagnies souveraines et les principaux officiers de la ville y soient présents ; et d’autant qu’il y a plusieurs épiscopales qui ne sont pas dédiées à la Vierge, nous exhortons les dits archevêques et évêques en ce cas de lui dédier la principale chapelle des dites églises pour y être fait la dite cérémonie et d’y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre et d’admonester tous nos peuples d’avoir une dévotion particulière à la Vierge, d’implorer en ce jour sa protection afin que sous une si puissante patronne notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu’il jouisse largement d’une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement à la dernière fin pour laquelle nous avons été créés ; car tel est notre bon plaisir.
Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l’an de grâce mil six cent trente-huit, et de notre règne le vingt-huit.

Source : http://leblogdeliemarie.wordpress.com/
Repost 0
Published by Lutèce - dans Religions
commenter cet article
26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 07:42

     Il y a 470 ans (1542 – 2012)


Le 1er janvier 1542, François- Xavier écrit du Mozambique aux Pères jésuites de Rome : « Nous sommes partis le 7 avril 1541. J’ai eu le mal de mer pendant deux mois. Nous avons beaucoup souffert durant quarante jours le long des côtes de Guinée, à cause de calmes prolongés et parce que le temps nous fut contraire. Enfin, Dieu nous a accordé la grâce d’arriver à une île, où nous sommes encore. »

Né le 7 avril 1506 au château de Xavier, en Navarre, François, professeur de philosophieSaint_Francois_Xavier1.jpg au collège de Dormant-Beauvais, est un des premiers compagnons d’Ignace de Loyola. Ordonné prêtre à Venise le 24 juin 1537, il a quitté Lisbonne le 7 avril 1541 avec Paul de Camerino et Mansilhas. Mission : évangéliser les Indes portugaises. Une mission qui lui a été confiée par Ignace de Loyola à la demande de Jean III, roi du Portugal. Des lettres pontificales de Paul III lui confient l’apostolat des Indes, la qualité de représentant officiel du pape auprès des princes, prélats, magistrats, le titre de nonce apostolique.

Sur le vaisseau qui vogue vers les Indes, le Santiago, le nouveau gouverneur général, don Martin Alphonse de Sousa, a pris place. Quatre caraques naviguent de conserve avec le Santiago. À leur bord, des soldats, des marchands, des aventuriers. Dans une lettre envoyée des Indes en 1542, François-Xavier écrit : « Nous sommes arrivés dans l’Inde le 6 mai 1542. Nous avons donc mis un an et plus pour venir au Portugal aux Indes, voyage qui, pour l’ordinaire, se fait en six mois. »

On avait doublé Madère, passé le Cap Vert et la Sierra Leone, les eaux de la Guinée dans des conditions difficiles. Dont quarante jours de calmes (pas de vents). La chaleur, le manque d’eau potable, l’absence d’hygiène seront causes d’une forte mortalité. Dans sa cabine, transformée en infirmerie, François-Xavier s’est occupé des malades. Des corps et des âmes : « Les confessions ne nous ont pas manqué, tant des malades que des passagers en santé. Les dimanches, je prêchais. Loué soit Notre Seigneur pour la faveur qu’il m’a accordée, tandis que je naviguais par le royaume des poissons, d’avoir à qui prêcher sa parole et à qui administrer le sacrement de Pénitence. » Sur le seul Santiago, on comptera plus de 40 morts.

Au Mozambique, la flotte dut hiverner sur un îlot dont le nom dit tout : le Cimetière des Portugais. Tous descendirent à terre pour s’installer tant bien que mal dans de misérables cabanes. « Aussitôt débarqués ici, écrit François-Xavier, nous avons pris soin des malades venus par la flotte. Je m’occupe à les confesser, à les communier, à les aider à bien mourir… Nous habitons tous avec les pauvres, selon nos petites et faibles forces, nous nous occupons des corps et des âmes (…). Il y a bien des malades pendant notre séjour : nous avons eu environ 80 morts. Nous sommes restés tout le temps à l’hôpital à soigner les infirmes. Pour moi, je confessais, je communiais sans relâche, sans pouvoir satisfaire tout le monde. Le dimanche, sermon : auditoire nombreux, le gouverneur était présent. »

Lui-même n’échappa pas à la maladie. On le soigna neuf fois ! Et il fut près de mourir. Fin février 1542, François-Xavier laisse ses deux compagnons au service des malades et embarque avec don Martin Alphonse de Sousa sur un petit voilier, le Coulam. Après des escales à Mélinde et à Sokotora, le vaisseau touche Goa le 6 mai 1542.

S’étant présenté à l’évêque des lieux, un franciscain, il va s’installer à l’hôtel public pour assurer les sacrements des malades. Ils furent des dizaines à se confesser. A la ladrerie, il se met au service des lépreux. Dans une chapelle près de l’hôpital, il prêche tous les dimanches sur un article de foi, des exercices de catéchisme.

Ce sera sa tâche, sans relâche, jusqu’à son départ de Goa, fin septembre 1542, le gouverneur l’ayant envoyé, avec deux diacres indigènes et un clerc minoré, évangéliser – avec succès – le cap Gomorin.

 

Vie de saint François-Xavier sur Gallica

Source : Present.fr

Repost 0
Published by Lutèce - dans Religions
commenter cet article
24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 07:32

Benoît XVI a annoncé que le 7 octobre prochain, à l’ouverture du Synode des évêques, il proclamerait Docteurs de l’Eglise saint Jean d’Avila et sainte Hildegarde de Bingen. « Ces deux grands témoins de la foi, a dit le Pape, vécurent à des époques et dans des contextes culturels très différents. Hildegarde, une bénédictine vivant en plein Moyen Age allemand,Ste-Hildegarde-von-Bingen.jpg fut un vrai maître de théologie versé dans les sciences naturelles et la musique. Prêtre de la Renaissance espagnole, Jean prit part au renouveau culturel et religieux d’une Eglise et d’une société parvenues au seuil des temps moderne. Leur sainteté de vie et la profondeur de leur doctrine disent leur actualité. La grâce de l’Esprit les projeta dans une expérience de plus profonde compréhension de la Révélation, et leur permit de dialoguer intelligemment avec le monde dans lequel l’Eglise agissait. »

Par cette double proclamation, le nombre des Docteurs de l’Eglise sera de 35. Le titre de « Docteur de l’Eglise » n’est pas anodin, ni simplement honorifique. Il est donné, par le Pape, à des auteurs qui, tout à la fois, ont mené une vie sainte et se sont signalés par l’orthodoxie de leur foi et la valeur exceptionnelle de leur enseignement.

C’est le pape Boniface VIII qui, le premier, dans le bref Gloriosus Deus, le 20 septembre 1295, a donné le titre d’« Ecclesiae doctorum » à quatre théologiens du passé : saint Grégoire (le grand), saint Augustin, saint Ambroise et saint Jérôme.

Il faudra attendre saint Pie V, le grand pape qui a mis en œuvre les décisions du concile de Trente, pour voir, en 1568, la proclamation de cinq nouveaux Docteurs de l’Eglise : saint Athanase d’Alexandrie, saint Basile le Grand (Basile de Césarée), saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Chrysostome, saint Thomas d’Aquin.

Suivra, saint Bonaventure, en 1586, par Sixte-Quint. Au XVIIe siècle, aucune proclamation. Quatre au XVIIIe siècle : saint Anselme, en 1720 ; saint Isidore de Séville, en 1722 ; saint Pierre Chrysologue, en 1729 ; saint Léon le Grand (le pape Léon Ier), en 1754.

Au XIXe siècle, neuf nouveaux Docteurs de l’Eglise seront proclamés ; au XXe siècle, dix autres. Paul VI a été le premier pape à accorder ce titre à des femmes : sainte Thérèse d’Avila et sainte Catherine de Sienne, toutes deux en 1976. Le seul doctorat que Jean-Paul II a conféré l’a également été à une femme : sainte Thérèse de l’enfant Jésus, en 1997. Il avait aussi fait étudier la cause de doctorat de saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673- 1716), dont la spiritualité mariale a tant influencé sa vie, mais toutes les objections n’avaient pas été dissipées. Néanmoins, cette cause n’est pas abandonnée.

“In medio Ecclesiæ”

Le titre accordé à Hildegarde de Bingen porte à quatre le nombre de femmes Docteurs de l’Eglise. Au total, sur 35 Docteurs, huit appartiennent à l’Orient chrétien et vingt-sept sont occidentaux. Quatre sont français. Avec les deux proclamations faites par Benoît XVI, il y aSJDA.jpg désormais deux Docteurs de l’Eglise allemands et quatre Docteurs de l’Eglise espagnols. Mais la nationalité importe peu ici.

Les écrits des Docteurs de l’Eglise sont des repères sûrs pour les fidèles de tous les pays, de tous les continents et de toutes les époques. La liturgie les honore par le Commun des Docteurs. « Au milieu de l’assemblée il a ouvert la bouche, et le Seigneur l’a rempli de l’esprit de sagesse et d’intelligence, et il l’a revêtu de la robe de gloire », dit l’introït de la messe.

Benoît XVI a indiqué que la proclamation de deux nouveaux Docteurs de l’Eglise est un signe pour l’Année de la foi qui commencera le 11 octobre prochain et pour le prochain Synode qui traitera de la nouvelle évangélisation : « Aujourd’hui encore, dans leurs enseignements, l’Esprit du Ressuscité résonne et éclaire le chemin vers la Vérité qui rend libre et donne son plein sens à nos vies. »

 

Source : Present.fr

Repost 0
Published by Lutèce - dans Religions
commenter cet article
29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 12:28

Le labarum est l'étendard militaire portant le symbole chrétien de la croix adopté à partir de Constantin Ier par les empereurs romains.

Cet étendard représente la croix et le monogramme du Christ : les 2 premières lettres, en grec, du mot Christ : le X = qui = Ch et P = ro = r, superposés.

Le premier monogramme pour désigner Jésus ne s'est pas inspiré de son nom mais de son titre de majesté « Christos » ("l'oint du Seigneur"), abrégé en XP, les lettres khi (X) et rhô (P) de l'alphabet grec. Le chrisme est souvent inscrit dans un cercle, signe géométrique deLabarum.jpg la perfection divine.

 

Cet étendard a été dicté par le Seigneur Jésus-Christ à Constantin, césar des Gaules, de la Bretagne et de l'Espagne.

 

D'après Eusèbe de Césarée qui atteste l'avoir vu plusieur fois, le labarum était une longue haste dorée, munie d'une traverse formant la croix et portant une riche draperie carrée surmontée d'une couronne d'or et de pierreries. Sur la draperie se voyaient les effigies de l'empereur et de ses deux fils. Dans la couronne figurait le monogramme du Christ.


Après avoir assuré ses frontières sur le Rhin, Constantin résolut de faire la guerre à Maxence, qui à Rome s'était proclamé Auguste, contrôlant l'Italie et l'Afrique du Nord. Il s'empara de toutes les villes d'Italie. La dernière bataille eu lieu aux portes de Rome.


Eusèbe de Césarée tient de Constantin le récit de sa vision :

Tandis que ce prince marchait à la tête de ses troupes, il vit dans le ciel, un peu après midi, une croix lumineuse avec ces mots : «In hoc Signo vinces» (par ce signe tu vaincras). La nuit suivante, le Christ lui apparut pendant son sommeil, lui montra la même image qu'il avait vu dans le ciel et lui ordonna de la placer sur ses étendards.

 

Le Labarum fut donc placé sur les étendards des légions romaines et sur les boucliers des soldats.

À la tête de ses troupes comptant de nombreux gaulois, Labarum en main, Constantin à cheval mèna la charge. Vaincu, Maxence fut pris dans le tourbillon de ses troupes débandées. Jeté à l'eau, au pont Milvius, on retrouva son corps le lendemain dans le Tibre. On lui coupa alors la tête qu'on promèna dans Rome, au bout d'une pique.

bataille-du-pont-Milvius.jpg
                          La bataille du pont Milvius par Pieter Lastman (1613)


Suite à la bataille du pont Milvius, le 28 octobre de l'an 312, Constantin embrassa la religion chrétienne, faisant de l’année 312 la borne frontière entre l'Antiquité païenne et l'époque chrétienne.

Cette victoire fut la victoire de l'Église après trois siècles de sacrifices et de martyres.

Le Labarum flotta dès lors au-dessus des armées de Constantin 1er et de tous les empereurs romains.

Le Labarum apparut sur la nouvelle monnaie : " le solidus " qui dura un millénaire.

Trois mois après la bataille, c'est l'Édit de Milan : la paix constantinienne.Labarum

 

Dans l'iconographie antique tardive, le labarum est représenté comme un étendard portant le chrisme ou bien une inscription rappelant la victoire de Constantin, comme c'est le cas par exemple sur le diptyque de Probus, consul en 406 : In Nomine Christi Vincas Semper (Au nom du Christ tu vaincras toujours).

Le chrisme est souvent accompagné des lettres α (alpha) et ω (oméga). Ces lettres, qui encadrent l'alphabet grec, symbolisent la totalité : le commencement et la fin.

 

Sources : The Oxford History of Byzantium, Cyril Mango _ Histoire de l'Église, éd. Clovis

Repost 0
Published by Lutèce - dans Religions
commenter cet article
15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 00:15

    Les Actes des martyrs sont la transcription des procès verbaux rédigés par les autorités romaines et conservés dans les archives officielles, que les chrétiens se sont procurés par divers moyens.

Chaque tribunal avait ses “notarii”, qui recueillaient tachygraphiquement tous les actes des procès, principalement lors des interrogatoires, par le moyen de “notæ” ou de signes d’abréviation. Ensuite, ces notes étaient transcrites en langue vernaculaire, et ces pièces étaient enfin versées aux archives judiciaires.

 

Cependant, tout le travail de rédaction des actes et leur conservation dans les archives officielles était effectué par des magistrats romains. Beaucoup d’actes furent détruits sous Dioclétien, au 3ème siècle, parce que ce dernier avait constaté que ces récits héroïques enflammaient l’âme des chrétiens et leur donnaient un exemple à suivre dans la souffrance. Il les fit dès lors placer parmi les livres procrits, qu’il ordonna de rassembler et de brûler en place publique.

 

Leur lecture a fait le plus grand bien aux chrétiens de tous les temps.

 

SECTION I : ACTE DU MARTYRE DES PROTOMARTYRS ROMAINS

 

En 64, la chrétienté romaine va littéralement passer par l’épreuve du feu. Une claire nuit de juillet de cette année-là, sous le règne impérial de Néron, un terrible incendie, propagé avec une rare violence, détruisit pendant sept jours les principaux quartiers de la vieille Rome.

 

La description qu’en a laissée Tacite, dans ses Annales, quelque cinquante ans après les événements, appartient à raison aux pages les plus célèbres de la littérature uiniverselle. Cette célébrité est d’autant plus grande que c’est la première fois, dans cette page, qu’une plume païenne - et rien moins que celle de l’historien romain le plus célèbre - fait état du fait le plus important de l’histoire universelle : le christianisme et la mort violente de son fondateur, le Christ.


1. Tacite, Annales, L. XV, 38-44

« Le hasard, ou peut-être un coup secret du prince [car l'une et l'autre opinion a sesGaius_Cornelius_Tacitus.jpg autorités], causa le plus grand et le plus horrible désastre que Rome eût jamais éprouvé de la violence des flammes. (...)

« De plus, les lamentations des femmes éperdues, l'âge qui ôte la force aux vieillards et la refuse à l'enfance, cette foule où chacun s'agite pour se sauver soi-même ou en sauver d'autres, où les plus forts entraînent ou attendent les plus faibles, où les uns s'arrêtent, les autres se précipitent, tout met obstacle aux secours. Souvent, en regardant derrière soi, on était assailli par devant ou par les côtés : on se réfugiait dans le voisinage, et il était envahi par la flamme ; on fuyait encore, et les lieux qu'on en croyait le plus loin s'y trouvaient également en proie. (...)

« Et personne n'osait combattre l'incendie : des voix menaçantes défendaient de l'éteindre ; des inconnus lançaient publiquement des torches, en criant qu'ils étaient autorisés ; soit qu'ils voulussent piller avec plus de licence, soit qu'en effet ils agissent par ordre ».(...)

« Pendant ce temps, Néron était à Antium et n'en revint que quand le feu approcha de la maison qu'il avait bâtie pour joindre le palais des Césars aux jardins de Mécène. (...)

« Néron, pour consoler le peuple fugitif et sans asile, ouvrit le Champ de Mars, les monuments d'Agrippa et jusqu'à ses propres jardins. Il fit construire à la hâte des abris pour la multitude indigente ; des meubles furent apportés d'Ortie et des municipes voisins, et le prix du blé fut baissé jusqu'à trois sesterces. Mais toute cette popularité manqua son effet, car c'était un bruit général qu'au moment où la ville était en flammes il était monté sur son théâtre domestique et avait déclamé la ruine de Troie, cherchant, dans les calamités des vieux âges, des allusions au désastre présent.

« Le sixième jour enfin, on arrêta le feu au pied des Esquilies, en abattant un nombre immense d'édifices, afin d'opposer à sa contagion dévorante une plaine nue et pour ainsi dire le vide des cieux. La terreur n'était pas encore dissipée quand l'incendie se ralluma, moins violent, toutefois, parce que ce fut dans un quartier plus ouvert : cela fit aussi que moins d'hommes y périrent ; mais les temples des dieux, mais les portiques destinés à l'agrément, laissèrent une plus vaste ruine. Ce dernier embrasement excita d'autant plus de soupçons, qu'il était parti d'une maison de Tigellin dans la rue Émilienne. On crut que Néron ambitionnait la gloire de fonder une ville nouvelle et de lui donner son nom.(...)

« Néron mit à profit la destruction de sa patrie, et bâtit un palais où l’or et les pierreries n'étaient pas ce qui étonnait davantage ; ce luxe est depuis longtemps ordinaire et commun mais il enfermait des champs cultivés, des lacs, des solitudes artificielles, bois, esplanades, lointains. (...)

« La prudence humaine avait ordonné tout ce qui dépend de ses conseils : on songea bientôt à fléchir les dieux, et l'on ouvrit les livres sibyllins. D'après ce qu'on y lut, des prières furent adressées à Vulcain, à Cérès et à Proserpine : des dames romaines implorèrent Junon, premièrement au Capitole, puis au bord de la mer la plus voisine, où l'on puisa de l'eau pour faire des aspersions sur les murs du temple et la statue de la déesse. (...)

« Mais aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d'avoir ordonné l'incendie. Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus. Réprimée un instant, cette exécrable superstition débordait de nouveau, non seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d'infamies et d'horreurs afflue et trouve des partisans. (...)

« On saisit d'abord ceux qui avouaient leur secte ; et, sur leurs révélations, une infinité d'autres, qui furent bien moins convaincus d'incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; d'autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux. Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle, et donnait en même temps des jeux au Cirque, où tantôt il se mêlait au peuple en habit de cocher, et tantôt conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les coeurs s'ouvraient à la compassion, en pensant que ce n'était pas au bien public, mais à la cruauté d'un seul, qu'ils étaient immolés ».

 

2. L’incendie de Rome d’après Suétone (Vie des Douze Césars, Néron, 38)

 

« (Néron) n'épargna ni le peuple ni les murs de sa patrie. Quelqu'un, dans un entretienincendie_rome.jpg familier, ayant cité ce vers grec: “Que la terre, après moi, périsse par le feu!”, “Non, reprit-il, que ce soit de mon vivant.” Et il accomplit son voeu. En effet, choqué de la laideur des anciens édifices, ainsi que des rues étroites et tortueuses de Rome, il y mit le feu si publiquement, que plusieurs consulaires n'osèrent pas arrêter les esclaves de sa chambre qu'ils surprirent dans leurs maisons, avec des étoupes et des flambeaux. Des greniers, voisins de la Maison dorée, et dont le terrain lui faisait envie, furent abattus par des machines de guerre et incendiés, parce qu'ils étaient bâtis en pierres de taille. Le fléau exerça ses fureurs durant six jours et sept nuits. Le peuple n'eut d'autre refuge que les monuments et les tombeaux.

 

Outre un nombre infini d'édifices publics, le feu consuma les demeures des anciens généraux romains, encore parées des dépouilles des ennemis, les temples bâtis et consacrés par les rois de Rome ou pendant les guerres des Gaules et de Carthage, enfin tout ce que l'antiquité avait laissé de curieux et de mémorable.

 

Il regardait ce spectacle du haut de la tour de Mécène, charmé, disait-il, de la beauté de la flamme, et chantant la prise de Troie, revêtu de son costume de comédien. De peur de laisser échapper cette occasion de pillage et de butin, il promit de faire enlever gratuitement les cadavres et les décombres; mais il ne permit à personne d'approcher des restes de sa propriété. Il reçut et même exigea des contributions pour les réparations de la ville, et faillit ainsi ruiner les provinces et les revenus des particuliers ».

 

Les Actes des martyrs (3)

Les Actes des martyrs (4)

Les Actes des martyrs (5)

Les Actes des martyrs (6)

Les Actes des martyrs (7)

Les Actes des martyrs (8)

Les Actes des martyrs (9)

Les Actes des martyrs (10)

Les Actes des martyrs (11)

 

Source : www.hermas.info

Repost 0
Published by Lutèce - dans Religions
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de scripta-manent
  • Le blog de scripta-manent
  • : Textes, archives, découvertes, articles de presses
  • Contact

Recherche

Liens