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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 05:39

Alors qu'en permanence,  à la télévisions, au cinéma, dans des livres et des magazines, l'Histoire de France est faussée, tronquée, trahie,  il est nécessaire de rappeler par exemple, un certain nombre de réalités historiques quant a l’héritage français en Algérie.

 

  En 132 années de présence, la France créa l’Algérie, l’unifia, lui offrit un Sahara qu’elle n’avait par définition jamais possédé, draina ses marécages, bonifia ses terres, équipa le pays, découvrit et mit en production le gaz et le pétrole qui font aujourd'hui sa richesse, soigna et multiplia ses populations. Quand, après les douloureux ≪ évènements ≫ que l’on sait, le drapeau tricolore fut abaissé et des centaines de milliers d'Européens lancés sur les routes de l’exode, l’Algérie devenue algérienne était de toutes les anciennes possessions françaises celle qui avait le plus reçu de son ancienne métropole.

En donnant l’indépendance a l’Algerie, la France laissait en effet 70.000 km de routes,centenaire-algerie.jpg 4300 km de voies ferrées, 4 ports équipés aux normes internationales, une douzaine d’aérodromes principaux, des centaines d’ouvrages d’art (ponts, tunnels, viaducs, barrages etc.), des milliers de bâtiments administratifs, de casernes, de bâtiments officiels qui étaient propriété de l'État français ; 31 centrales hydroélectriques ou thermiques ; une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie etc ; des milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités, d’hôpitaux, de maternités, de dispensaires, de centres de santé etc.[1]

L'Algérie algérienne ne fut pas capable de conserver cet héritage à défaut de le faire fructifier. Tout au contraire, elle le dilapida. La faillite algérienne tient en quatre principales réalités :

1) Le départ des ≪ pieds-noirs ≫ qui étaient le moteur de la société algérienne

2) un dogmatisme doctrinal qui, en ayant privilégie les industries ≪ industrialisâtes ≫, a ruiné l’agriculture.

3) un suicide démographique (2 millions en 1850 ; 10 millions en 1960 : 25 millions en 1990 et plus de 35 millions en 2010).

4) une corruption généralisée. En 2005, Daniel Lefeuvre[2] publia un livre magistral. Suivant la voie ouverte par Jacques Marseille qui avait lumineusement démontré que, loin de les avoir pillées, la France s’était ruinée dans ses colonies[3], Daniel Lefeuvre, professeur à l'université de Paris VIII, prouva que l’Algérien était devenue un insupportable fardeau pour la métropole. En 1959, toutes dépenses confondues, la ≪ Chère Algérie ≫ engloutissait ainsi à elle seule 20% du budget de l'Etat français, soit davantage que les budgets additionnés de l'Éducation nationale, des Travaux publics, des Transports, de la Reconstruction et du Logement, de l’Industrie et du Commerce !

En soulageant les misères des populations algériennes et en faisant reculer la mortalitéPour-en-finir-avec-la-repentance-coloniale-Daniel-Lefeuvre infantile la France avait involontairement créé les conditions d’une catastrophe qu’elle s’était elle-même condamnée à gérer. Résultat du dévouement et de l’efficacité du corps médical français, à partir de 1945, chaque année 250 000 naissances nouvelles étaient comptabilisées en Algérie, soit un accroissement de 2,5 à 3% de la population, d’ou un doublement tous les 25 ans.

Or, depuis les années 1930 les ressources locales stagnaient et depuis 1935 le territoire n'était plus en mesure de nourrir sa population. La France devait donc, et toujours aux frais du contribuable métropolitain, y importer grains, pommes de terre, viande, laitages etc., Même l’huile produite localement ne suffisait plus à la consommation. L’image d'Épinal de l’Algérie ≪ grenier ≫ de la France s’envole ainsi sous le froid scalpel de l’historien.

L’Algérie s’enfonçait donc inexorablement, les gouvernements français successifs se contentant d’accompagner financièrement une crise allant en s’aggravant année après année, tout en nourrissant les bouches nouvelles, en bâtissant des hôpitaux, des écoles, des routes, des ponts et en tentant de créer artificiellement des milliers d’emplois.

  À l’exception de Vichy, qui tenta une audacieuse politique d’industrialisation qui ne fut pas poursuivie après la Libération, aucun gouvernement n’osa lancer les indispensables grandes reformes structurelles. Aucun n’osa poser la question du nécessaire désengagement, l’appartenance de l’Algérie a l’ensemble français étant alors une évidence pour tous les partis politiques. Mais l’aveuglement avait un coût que les économistes et les milieux patronaux métropolitains évaluèrent. Lucides et inquiets ils tirèrent la sonnette d’alarme. En vain.

En 1953 les politiques durent se rendre enfin à l’évidence car les recettes locales nechere-algerie.gif permettaient plus de faire face aux dépenses de fonctionnement. L’Algérie était bel et bien en faillite.

En 1952, anticipant en quelque sorte la situation, le gouvernement de l'époque avait demandé au parlement le vote de 200 milliards d’impôts nouveaux tout en étant contraint de faire des choix budgétaires douloureux. Pour aider encore davantage l’Algérie il fallut donc faire patienter la Corrèze et le Cantal. Le sacrifice des Français de France fut alors double puisque leurs impôts augmentaient tandis que les engagements de l'État dans les domaines routiers, hospitaliers, énergétiques, etc., étaient amputés ou retardés.

≪ Tutrice généreuse ≫, la France couvrit ≪ avec constance les découverts de sa pupille ≫ et l’implication du budget national dans les déséquilibres algériens alla sans cesse en augmentant. C’est ainsi que, de 1949 à 1953 le volume des investissements sur fonds publics en francs courants atteignit 305 milliards dont les 4/5° assurés par l'Etat français. De 1952 à 1956 les ressources d’origine métropolitaine affectées au financement du 2° plan d'équipement passèrent de 50% à plus de 90%. Le pic de l’aberration fut même atteint avec le ≪ Plan de Constantine ≫ annoncé par le général De Gaulle le 3 octobre 1958 et qui, lui aussi, prétendait apporter une réponse économique à des problemes sociaux, démographiques, culturels et politiques.

L’addition des sommes versées par l’État français, par nos parents ou nos grands-parents donc, donne le vertige : durant les seuls 9 premiers mois de 1959 les crédits d’investissement en Algérie atteignirent 103,7 milliards dont 71,5 milliards directement financés par le Trésor français. De 1950 à 1956, la seule industrie algérienne recut, hors secteur minier, en moyenne 2 395 millions d’anciens francs annuellement. En 1959 et en 1960 cette somme atteignit en moyenne 5 390 millions. Entre 1959 et 1961, pour le seul plan de Constantine, les industries métropolitaines investirent 27,40 milliards d’anciens francs hors secteur des hydrocarbures. Les industriels français étaient-ils soudainement devenus philanthropes, eux qui s’étaient jusque là prudemment tenus à l’écart de la ≪ chère Algerie ≫ ? Daniel Lefeuvre donne l’explication cette soudaine ≪ générosité ≫ :

le prix des créations d’usines en Algerie (a) été payé par les contribuables métropolitains grâce à un cadeau de 90 millions d’anciens francs fait par l’État à chaque industriel ≫ ! Quels intérêts la France avait-elle donc à défendre en Algérie pour s’y ruiner avec une telle obstination, avec un tel aveuglement ? La réponse est claire : économiquement aucun ! Et pourtant : Que d’articles, de déclarations, de discours pour rappeler que l’Algérie est le premier client de la France ! Que de sottises ainsi proférées sur le nombre d’ouvriers français qui travaillaient grâce aux commandes passées par l’Empire ! ≫ écrit Daniel Lefeuvre. Qu’il s’agisse des minerais, du liège, de l’alpha, des vins, des agrumes etc., toutes les productions algériennes avaient en effet desraffard-de-Brienne.jpg coûts supérieurs à ceux du marché. En 1930 le prix du quintal de blé était de 93 francs en métropole alors que celui proposé par l’Algérie variait entre 120 et 140 francs, soit 30 à 50% de plus. C’est parce que la France payait sans discuter que l’Algérie pouvait pratiquer ces prix sans rapport avec les cours mondiaux ce qui, en 1934, fit tout de même dire au rapporteur général de la Commission des finances des Assemblées financières algériennes :

Il n’y a pas d’exemple assurément que par sa législation protectrice, par son économie dirigée, l'État ait fait subir à la loi naturelle de l’offre et de la demande une aussi profonde mutilation ≫. Résultat d’une telle politique, l’Algérie qui avait vu se fermer tous ses débouchés internationaux en raison de ses prix n’eut bientôt plus qu’un seul client et un seul fournisseur, la France, qui continua d’acheter à des cours largement supérieurs au marché des productions qui avaient été subventionnées par elle ! 

Le plus insolite est que l’Algérie ne fit aucun effort tarifaire dans sa direction, dévorant sans gène une rente de situation assurée par les impôts des Français. Ainsi, entre 1930 et 1933, alors que le vin comptait pour près de 54% de toutes ses exportations agricoles, le prix de l’hectolitre qu’elle vendait à la France était supérieur de 58% à celui produit en Espagne, ce qui n'empêcha pas la métropole de se fermer au vin espagnol pour s’ouvrir encore davantage au vin algérien.

Daniel Lefeuvre a également démontré que, contrairement aux idées reçues, la main d’œuvre industrielle en Algérie était plus chère que celle de la métropole. Un rapport de Saint-Gobain date de 1949 en évalue même le surcoût :

pour le personnel au mois, la moyenne des (rémunerations versées) ressort à 27 000 francs pour la métropole contre 36 000 francs en Algerie (…) Par comparaison avec une usine métropolitaine située en province, l’ensemble des dépenses, salaires et accessoires est de 37% plus élevée ≫.

L’industrialisation de l’Algérie était donc impossible, sauf à rembourser ce surcoût aux industriels. C’est d’ailleurs ce que fit la France comme le montre l’exemple de la verrerie.

En 1945 une bouteille fabriquée en Algérie coûtant 78% de plus que la même bouteille produite en métropole, il valait mieux importer que de fabriquer sur place. Un accord fut alors conclu entre les Verreries d’Afrique du Nord (VAN), la Caisse des marchés de l’État et le Crédit national : les VAN s’engageaient a produire en Algérie même des bouteilles et des dérivés puis à les mettre sur le marché à un prix agréé par le Gouvernement général de l’Algérie ; en contrepartie l’État prenait à son compte les pertes. Quant aux investissements nécessaires à la relance de la fabrication et qui étaient de 150 millions de francs de 1946, ils étaient assurés pour 50 millions par l’État et les 100 millions restants par emprunt du Crédit national avec garantie étatique. De plus, pour faire face aux dépenses de fabrication, les VAN disposeraient de crédits d’aval de 70 millions consentis par la Caisse des marchés. Pour survivre, l’industrie algérienne devait donc non seulement disposer d’un marché local protégé, mais encore être subventionnée par l’État francais…petrole-algerie.jpg

La découverte des hydrocarbures en 1956 ne changea pas la donne et l’État français fut contraint d’imposer quasiment à des compagnies réticentes une mise en production qui débuta timidement entre 1957 et 1959 pour démarrer véritablement en 1961. Ce pétrole était en effet trop léger pour la transformation en fuel dont avait alors besoin l’industrie française. De plus, à cette époque, le marché mondial était saturé et le pétrole algériens entrait directement en concurrence avec le pétrole libyen plus facile à exploiter et à écouler. Enfin, le brut algérien était cher : 2,08 $ le baril contre 1,80 $ au cours mondial. Une fois encore la France vola donc au secours de l’Algérie en surpayant un pétrole dont elle avait pourtant financé les recherches et la mise en exploitation !

Concernant l’immigration algériennes en France, et contrairement à tous les poncifs, Daniel Lefeuvre a démontré qu’avec le statut du 20 septembre 1947 conférant la citoyenneté française aux musulmans d’Algérie ce fut la préférence nationale, en l’occurrence la préférence algérienne, que choisirent les gouvernements de la IV° République. Les choix des patrons métropolitains étaient au contraire à la main d’œuvre italienne, espagnole et portugaise mieux formée donc moins chère et facilement assimilable.

Selon Daniel Lefeuvre, ≪ contrairement à une légende tenace, l’afflux d’Algériens en métropole, dans les années 1950, ne répond pas aux besoins en main d’œuvre de l'économie française au cours des années de reconstruction ou des Trente Glorieuses ≫ ce qui détruit ≪ limagerie de rabatteurs, parcourant le bled, pour fournir à un patronat avide, la main d’œuvre abondante et bon marché dont il serait friand ≫.

Placée sous ≪ assistance respiratoire ≫ par la France qui ne cessa de l’alimenter artificiellement l’Algérie française fut incapable de subvenir à ses propres besoins. Elle dépendit constamment des importations métropolitaines et n’évita la banqueroute que parce que l’État français ne cessa jamais de combler ses déficits.

Voila qui explique le discours radiotélévisé que le général De Gaulle prononça le 29 décembre 1961.

C’est au ≪ tonneau des Danaïdes ≫ algérien qu’il pensait quand il déclara que si l’engagement français en Algérie :

(…) restait ce qu’il est, (il) ne saurait être pour (la France) qu’une entreprise à hommes et à fonds perdus, alors que tant de taches appellent ses efforts ailleurs ≫.

Ces quelques rappels utiles devraient être médités par les responsables français littéralement tétanisés par les exigences de repentance périodiquement formulées par des autorités algériennes qui y trouvent un dérivatif commode à leurs propres échecs.

 

 [1] Voir a ce sujet l’excellent livre du docteur Pierre Goinard, Algerie : l’œuvre française. 419 pages, Paris, Éditions Robert Laffont, 1986.

[2] Chère Algérie. La France et sa colonie (1930-1962). 512 pages, 2005, Flammarion, 24 euros.

[3] Marseille, J., Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce. Réédition en 2005.

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Published by Lutèce - dans XXè siècle
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