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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 12:46

L'Histoire, la notre tout particulièrement, est aujourd'hui fort malmenée. Entre idéologues, escrocs, révolutionnaires et idiots utiles (journalistes, présentateurs TV, enseignants et même, et surtout, des gens diplomés d'Histoire, victimes - souvent consentantes - de l'enseignement des écoles de la République), notre Histoire est très souvent falsifiée à des fins de manipulation, plus particulièrement de culpabilisation et d'absence de fierté patriotique. Rares sont les jeunes, et les moins jeunes aussi d'ailleurs (car l'entreprise de destruction de l'identité nationale ne date pas d'aujourd'hui), à ne pas être prisonnier d'un sentiment de culpabilité face à notre passé colonial, l'esclavagisme, notre attitude lors de la première puis seconde guerre mondiale (les fameuses heures sombres de notre histoire).

Dieu merci, il existe encore de véritables historiens, des gens intelligents, sérieux, honnêtes, courageux qui étudient et parlent d'Histoire objectivement, sans juger, sans sélectionner, sans parti-pris, n'hésitant pas s'opposer aux menteurs (hélas, systématiquement au dépend de leur carrière), n'hésitant pas à avouer leurs erreurs, leur façon de voir les choses...

Daniel Lefeuvre faisait parti de ces Historiens.

Ayant eu la chance de le rencontrer, j'apporterai ma modeste contribution à sa mémoire, en témoignant de sa gentillesse, de son humilité et de son professionalisme.

Dans le quotidien Présent daté du samedi 28 décembre 2013, Jean-Paul Angelleli lui rend hommage et le présente à ceux qui ne le connaissait pas, mais qui vont je l'espère découvrir son travail. Un travail qui avait été d'ailleurs fort utile à la rédaction de l'article : "France -Algérie Vérités historiques.

 

 

 

Daniel Louis Lefeuvre est décédé le 4 novembre à Paris à 62 ans, frappé depuis des années par une maladie implacable qu’il supportait avec courage… comme on pouvait s’en rendre compte si on le rencontrait. Ce qui fut mon cas lors d’un congrès algérianiste. D’autres qui l’ont mieux connu en témoigneront.

Daniel Lefeuvre était professeur d’histoire à l’Université Paris 8 Saint-Denis où il a exercé jusqu’à sa mort. Venant d’un milieu populaire, il avait gravi tous les échelons d’une carrière universitaire remarquable. Sous la direction de Jacques Marseille il s’était spécialisé dans l’histoire coloniale. Au sens large du terme, mais l’Algérie était privilégiée… Un terrain très risqué et occupé surtout dans les médias par les ennemis de l’oeuvre coloniale française sous la houlette du maître Stora qui vient d’être nommé inspecteur général de l’éducation nationale. Le commentaire est superflu.

Les travaux de Daniel Lefeuvre ont été considérables. Cours, colloques, entretiens, etc. Il avait fondé avec deux amis, Michel Renard et Marc Michel, une revue Etudes Coloniales consultable sur internet (à remarquer qu’il n’utilise pas le mot infamant « colonialisme »). Je conseille de la consulter car dès le 5 novembre elle a publié une longue et émouvante biographie du disparu. Pour ma part j’insisterai sur trois de ses livres.0180.jpg

Le premier est tiré de sa thèse : Chère Algérie – La France et sa colonie, 1930-1962 (Flammarion, 2005). Jacques Marseille l’a préfacé. Il avait eu le grand mérite de tirer Daniel Lefeuvre de son militantisme communiste, qu’il ne cachait pas. Son titre, je crois, a été mal compris. Daniel Lefeuvre en effet n’avait pas caché qu’il proposait une histoire « nuancée et critique de ce pan tragique de notre passé colonial » en sachant qu’il heurterait les « partisans de la commémoration nostalgique comme les tenants d’une “repentance” mal entendue ». Pour le reste, ce gros livre (500 pages) est un travail de haute qualité documentaire à partir du dépouillement d’archives dont Daniel Lefeuvre était passionné… Lu et relu, on peut en discuter certains aspects. Mais il n’y a rien de diffamatoire.C’est une analyse positive d’un grand échec.Pour-en-finir-avec-la-repentance-coloniale-Daniel-Lefeuvre

A noter l’apparition du terme « repentance ». On le retrouve dans son second livre, Pour en finir avec la repentance coloniale (Flammarion, 2006). Cette fois-ci Daniel Lefeuvre disait ce qu’il avait sur le coeur depuis longtemps. Sans tomber dans une hagiographie sulpicienne à propos de la colonisation, il s’élevait avec

vigueur contre la mafia universitaire qui s’acharnait contre elle et depuis des décennies sans grand risque. Ce livre fut une explosion dans l’enseignement supérieur, d’autant qu’il eut du succès et fut réédité en poche.

En 2008 avec Michel Renard, Lefeuvre publia Faut-il avoir honte de notre identité nationale ? où il s’inquiétait de la disparition de l’Etat nation et citait de nombreux0181.jpg auteurs, surtout historiens, de Michelet à Nora en passant par Bainville, Chaunu, etc., qui avaient traité de l’identité française au cours de notre histoire…

Outre les livres, Lefeuvre n’hésitait à frapper fort et haut. C’est ainsi que les Etudes Coloniales ont publié ce qu’il pensait dans une émission d’Itélé de la loi Taubira de 2001 à propos de l’esclavage et de la traite, qualifiés de « crimes contre l’humanité ». Il faisait remarquer que son sujet simplifié ne condamnait que la traite européenne disparue au XIXe siècle mais pas les traites inter-africaines et surtout les traites arabes qui ont sévi jusqu’au XXe siècle. Quant au crime contre l’humanité, c’est une notion (justifiée) apparue mais en en 1945 à Nuremberg…

A l’occasion, suivant l’actualité, il publiait des critiques sévères et vérifiées. Par exemple sur l’Algérie (fin 2012, le voyage de Hollande) il pulvérisait les insanités historiques algériennes de l’Algérie post 1962 plaisamment colportées en métropole par leurs idiots utiles français. Evidemment tout ceci (et j’ai dû faire un choix) devait se payer un jour ou l’autre et c’est tout récent.

Voici l’affaire. L’université de Reims avait organisé les 7 et 8 novembre un colloque sur0182.jpg les troupes coloniales, surtout en 14-18… Daniel Lefeuvre y était invité. A juste titre. Il connaissait le sujet. Notamment parce qu’il avait découvert dans des archives qu’à Nogent-sur-Marne durant la Première Guerre mondiale l’hopital s’était spécialisé dans le traitement des blessés « coloniaux » noirs et arabes… En 1919 un monument traditionnel, une « kouba », avait été édifié en hommage aux morts. Ce monument avait disparu mais Daniel Lefeuvre s’était mis en tête de le faire reconstruire. Avec ténacité et efficacité (car cela dura des années) il y parvint et la nouvelle kouba fut inaugurée solennellement en avril 2011.

Ce qui suit est affreux et a soulevé en moi une colère qui ne s’est pas calmée…

Oyez ! Contre la présence de Daniel Lefeuvre et de ses amis Michel et Renard, il y eut une pétition. Je n’ai pas les noms des pétitionnaires mais je propose de (courts) extraits de leur protestation publiée dans L’Union de Reims du 18 octobre. D’abord les pétitionnaires s’indignaient de la venue du trio avec menace de boycott. Comme cela plus de dialogue en direct : Lefeuvre et ses amis incarnaient « une idéologie coloniale très marquée à droite ». Madame Hazan, maire socialiste de Reims, en prenait pour son grade. Elle était soupçonnée de complicité… Lefeuvre et ses amis étaient des « révisionnistes » qui à Reims seraient « légitimés ». D’ailleurs ils sont « des idoles des journaux de droite et d’extrême droite ». Dénonciation ne s’accompagnant d’aucun titre cité.

Il y a plus sinistre et écoeurant. Un historien (qui n’est pas nommé) lance contre Lefeuvre le jugement qui tue surtout en ce moment : Daniel Lefeuvre a omis « la question raciale de la colonisation. Il y a bien une échelle de races à la base de la colonisation ». Et pour se couvrir l’historien ajoute : « il ne s’agit pas de culpabiliser éternellement l’homme blanc de s’être cru supérieur à un moment de son histoire »… mais comme ça on peut mieux l’écraser.

Les autorités universitaires et Madame le Maire n’ont pas cédé et ont maintenu l’invitation mais Daniel Lefeuvre n’a pu y répondre vu son état qui s’était aggravé… Ce dernier combat aurait été extraordinaire. Daniel Lefeuvre connaissait bien les cloportes qui le salopaient. Ils en auraient pris pour leur grade.

Le colloque a eu lieu (voir L’Union de Reims du 7 novembre) mais devant une maigre assistance. L’intimidation avait réussi. Une salle presque vide ; pas de maire (où étaient ses adjoints), aucun élu (il n’y en a pas de droite ?), pas de président d’université. Le sous-préfet lui a rendu hommage honnêtement… Le doyen de la faculté a réhabilité le terme « révisionnisme » du disparu et rappelé que ce n’était pas une injure au moment de l’affaire Dreyfus. Philippe Buton, professeur d’histoire à Reims, a été plus direct. Il a fustigé « la rumeur et la calomnie » visant les invités. Il avait auparavant protesté contre la pétition publiée dans L’Union, la qualifiant « des bruits de sanitaires indignes d’un journal d’information ». Chapeau !

A mon avis ce scandale (c’en est un) a été étouffé. Il faut le révéler le plus possible. Au-delà des responsables, il jette une lumière crue sur des gens abjects. Pour être poli… Loin du bruit de la fureur Daniel Lefeuvre, lui, glissait dans la mort… Il avait encore à dire, comme cette « Histoire des Français d’Algérie » qu’il avait commencée. Il les connaissait mieux en participant à leurs réunions algérianistes. A Thierry Rolando, leur président, il avait confié qu’il avait vu son père pleurer en entendant « les Africains »… La camarde l’a brutalement emporté. Nous laissant dans le désarroi et le chagrin. Il reste sa mémoire, son oeuvre si riche et ses nombreux et divers amis qui se sont rassemblés ce 12 novembre à l’hôpital Lariboisière avant son inhumation dans la Creuse. Il faut conclure. Adieu Daniel.

 

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