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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 07:51

3. La propagande sous le principat (1).

 

Il convient de faire à ce sujet quelques remarques générales. Cette propagande n'a lieu vraiment que sous le principat et au début de l'Empire (jusque vers 100 apr. J.-C.) . Par la suite, elle n'est plus vraiment une force, il n'y a plus d'initiative, ce qui avait été une invention au début devient un rituel. On retrouvera cependant une certaine vigueur de propagande avec Constantin puis avec Julien. À ce moment c'est le phénomène religieux qui sera à la fois l'occasion et le moyen de la propagande, mais ce sera une réàpparition de brève durée. La propagande a pour but l'unification de l'Empire et sa cohésion. Elle ne cherche plus à obtenir une majorité, à emporter une décision, mais à provoquer une adhésion. Elle se différencie considérablement de la propagande de la fin de la République dans ses moyens, elle est plus idéologique et agit moins par le fait. Enfin cette propagande est unitaire et centralisée c'est une propagande officielle, liée à la création d'un Empire que l'on proclame universel, et d'un Etat centralisé. Toutefois, la propagande électorale au sens républicain subsiste, dans le sein des cités, pour l'élection des magistrats (ainsi l'on connaît les affiches électorales de Pompéi), mais ceci n'a plus qu'un caractère local.

En dehors du problème du culte de l'empereur, on peut relever trois formes principales de la propagande impériale : le mythe, l'information, les méthodes démagogiques.

Le mythe. - C'est à cette époque que se confirme, se répand et prend substance le mythe de Rome. Il se forge déjà au 1er siècle av. J.-C., mais c'est au siècle suivant qu'il se répand. Son origine est difficile à saisir, on le trouve chez les écrivains (Virgile, Horace qui cherchent à utiliser les légendes pour trouver une justification au Principat ou à prêcher un épicurisme non politique), chez des historiens (Tite-Live qui, sans écrire une histoire inexacte, la construit) . On le trouve auparavant chez certains personnages qui se sont fait un type du Romain et veulent l'incarner (Caton l'Ancien, Scipion l'Africain), et dans l'utilisation déj à soulignée du titre de citoyen comme récompense. Le contenu du mythe est celui de l'origine divine de Rome de son caractère invincible (à l'égard des vaincus, Rome offre justement ce mythe justificateur : s'ils ont été vaincus, ce n'est pas qu'ils aient démérité, c'est que Rome était invincible), de son caractère démocratique et de sa passion de la liberté Rome est toujours libératrice, elle est destructrice des tyrannies, elle a pour but de rendre les peuples responsables d'eux-mêmes, et Auguste a aboli les dictatures. Enfin c'est le mythe du vieux Romain vertueux, sobre, courageux, dévoué au bien public, désintéressé, ayant le culte de la patrie. En tout cela nous sommes vraiment en présence d'un mythe : c'est une image populaire, crue, reçue, à partir d'un fait réel servant de fondement (la puissance de Rome), construit pour servir de justification et de modèle d'action. Il est important de noter que c'est justement à l'époque où les vertus romaines et la liberté disparaissent, que le mythe se répand. L'entreprise d'Auguste (par l'intermédiaire de Mécène), pour faire entrer les meilleurs écrivains dans sa propagande réussit, et à côté des plus grands comme Virgile qui vante l'apaisement social et le redressement économique grâce à Auguste, il faut citer les plus zélés, Rabirius par exemple. Mais le problème le plus intéressant est celui de l'histoire (2) : celle-ci est conçue comme exemplaire, et par conséquent contient une large part d'interprétation, et peut s’expliquer par le fait qu’à ce moment se développait contre Rome une double philosophie de l'histoire celle de l'évolutionnisme d'après laquelle Rome entrait, avec la fin de la République, dans la phase de la vieillesse (donc du déclin) et celle des cycles, d'après laquelle les Empires se succèdent les uns aux autres nécessairement : l'Empire de Rome succédait à l'Empire de Macédoine. Mais après elle ? Pour répondre, il fallait mobiliser des historiens affirmant d'une part que Auguste n'avait fait que restaurer la République, qu'il n'y avait aucune innovation, d'autre part que l'Empire de Rome était différent de tous les autres parce que universel. Cette propagande semble avoir été efficace. Toutefois les libelles et les satires contre « le tyran » circulaient. Il y avait beaucoup de diffamation contre Auguste. Celui-ci mena longtemps le combat au niveau de la propagande idéologique. Mais dans ses dernières années, il fit poursuivre et condamner les auteurs de libelles (les orateurs Titus Labienus et Cassius Severus). Cette attitude répressive s'explique en partie par la crainte de laisser ruiner son œuvre alors qu'il vieillit, en partie parce que ses grands propagandistes intellectuels sont morts (Tite-Live) et ne sont pas remplacés.

Mais à côté de la création de l'image grandiose de Rome et du Romain, l'Empire va utiliser (sans doute pour la première fois), l'information comme moyen de propagande. On développe au moment du principat un système probablement inventé par César, celui des Acta Diurna. Le gouvernement fait rédiger des affiches contenant des éléments très divers d'information (réceptions, échos de tous ordres) mais surtout des nouvelles politiques, des résumés de lois, de discours, des travaux du Sénat. Ces placards sont installés aux carrefours, sous les portiques, dans les lieux publics de Rome, ils sont distribués dans les armées et les principales administrations. Ils peuvent, parfois être lus publiquement et aussi envoyés par la poste impériale dans les principales villes de l'Empire. Ce système d'information fut très sérieux sous Auguste, mais bien entendu, sous une objectivité réelle, résidait l'intention de propagande : faire participer le peuple par la connaissance, et le faire adhérer, par l'accession à la liberté d'être informé. Sous les empereurs suivants, le caractère changera, on tombera dans une propagande vulgaire, de l'ordre de la flatterie, de la louange envers l'empereur, sans base sérieuse d'information.

En dehors de ces méthodes essentiellement psychologiques, on retrouve des moyens d'action démagogique que l'on a résumés dans la formule Panem et circenses. Il est difficile ici d'évaluer la part de la démagogie et celle de la nécessité : la population de Rome augmente, or c'est un privilège d'abord des citoyens de profiter de certaines distributions gratuites. Mais le système s'aggrave et les citoyens vivant à Rome, en viennent à ne plus travailler. Certains vivent des distributions de leur patron puis les Pouvoirs publics sont obligés de procéder à des distributions gratuites de pain, d'huile,Septime severe aux jeux du cirque Sir Lawrence Alm parfois de vin. De plus cette population inoccupée, il est indispensable de la distraire pour éviter les rassemblements oisifs pouvant toujours tourner en émeute. Ce sont alors les fêtes offertes par l'empereur. Certaines années il y eut jusqu'à 175 jours de fête dans l'année. À ce moment on offre non seulement des jeux, des spectacles mais aussi on distribue du vin, des cadeaux et même des « bons-surprise ». Or, il y a très rapidement une sorte de surenchère qui se produit : chaque empereur est tenu de faire mieux que son prédécesseur. L'inauguration du Colisée fut l'occasion d'une fête continue de 100 jours sous Titus. Mais le renouvellement et l'innovation étaient évidemment difficiles ! C'étaient de vraies entreprises de popularité, mais aussi de diversion : il fallait satisfaire le peuple par là, pour l'empêcher de réagir en face du problème politique et militaire. D'autre part à l'occasion des fêtes, l'empereur entretenait un contact avec le peuple, il se faisait connaître, et en même temps il pouvait ressentir le niveau de sa popularité.

 

(1) PICARD, Auguste et Néron, le secret de l'Empire, 1962. BERANGER, L'aspect idéOlogique du principat.

(2) LANA, Velleio Patercolo 0 della propaganda, 1952 .

 

Source : Histoire de la propagande , Jacques Ellul, éd. P.U.F.

 

Image : Septime Sévère aux jeux du cirque par sir Lawrence Alma-Tadema

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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 10:42

2. La propagande de politique intérieure, sous la République.

 

 Celle-ci apparaît plus tardivement que l'action psychologique extérieure. On ne peut pas dire que dans le conflit entre patriciens et plébéiens il y ait eu vraiment de la propagande et la fameuse histoire de Ménénius Agrippa ne relève que de l'apologue et non de l'action psychologique. Il semble que la propagande commence réellement avec les Gracches. Mais pendant le IIè et le 1er siècle, il y a un déchainement de propagandes diverses. Il faut examiner les types, les moyens et le rapport entre propagande et partis politiques.

Les types de propagande. - Remarquons d'abord que cette propagande vise Rome seulement. Nous trouvons une propagande à caractère social et idéologique, propagande d'agitation fondée sur l'existence de divisions sociales, comportant un contenu social et agissant sur des sentiments populaires spontanés. Puis nous rencontrons une propagande nationale : propagande d'intégration, manifeste surtout avec Cicéron, destinée à transcender les oppositions sociales. Elle comporte un contenu idéologique considérable, et cherche à créer des mythes de rassemblement de tous les Romains : le mythe de la République au-dessus des partis, le commencement du mythe de Rome, le mythe des origines de Rome et de la signification de son histoire, la valeur suréminente de l'armée sur qui repose la gloire de Rome, etc. Enfin nous avons le type de la propagande à contenu purement politique, soit électorale, soit partisane, soit simplement individuelle. Celle-ci est d'abord liée au système électoral des magistratures. Mais tant qu'il s'agit de propagande électorale elle est au début à peine une propagande. Elle ne devient violente et extrême que lorsque l'homme politique cherche à obtenir une majorité à la fois absolue et durable, c'est-à-dire à dépasser la limite normale de son mandat. Alors se produit l'alliage entre démocratie et pouvoir absolu d'un homme, ce qui est le régime le plus favorable à la propagande. Cette propagande est de type vertical, elle suppose l'existence d'un chef sur la personnalité de qui repose la propagande. Celle-ci joue sur les passions actuelles. Mais, sauf exception, avec Sylla, et peut-être avec César, il ne s'agit pas d'un maniement systématique de la foule. Cette propagande n'est pas (comme le type précédent), créatrice d'images et de symboles : elle utilise des éléments de violence (propagande de puissance) mais surtout des données préexistantes dans l'opinion (la popularité d'un homme qui naît spontanément à la suite d'une victoire) . Elle utilise alors en outre très largement des mythes religieux et des croyances anciennes en les adaptant à la situation actuelle (1) .

Les moyens de la propagande. - Je ne pense pas que les fêtes données par des magistrats ou les triomphes des généraux aient été au début des moyens de propagande. Ce sont des institutions à caractère plus ou moins sacré, célébration de la victoire, fête reliée à la fête de la société primitive. Ce ne sont pas des moyens destinés à manipuler l'opinion. Toutefois au 1er siècle le triomphe dans les guerres civiles devient un moyen de propagande, moins par la cérémonie elle-même, que par le rattachement au vainqueur de ceux qui dépendent de son pardon (2) . Auguste emploiera très largement ce système d'influence sur l'opinion publique. Le discours semble avoir eu une grande importance, du moins lorsqu'il n'est pas simplement d'ordre électoral, mais concerne l'appel au peuple que, primitivement, l'on ne peut exercer que pour une question très grave. En principe le discours appelle le peuple à prendre une décision. Après Tiberius Gracchus il s'agira dans ces appels au peuple d'entraîner l'opinion populaire, soit pour déroger aux lois, soit pour faire pression sur le Sénat, soit même pour le soulever. Dès lors le discours au peuple devient un moyen d'agitation. Il faut également ranger parmi les moyens de propagande les lois de surenchère, présentées par un homme politique pour acquérir la faveur du peuple (abaissement des prix du blé), la loi de Majesté de Marius, les distributions de terres, etc. Puis les manœuvres électorales : corruption (les candidats essaient de s'attacher des chefs de groupes), pressions par promesses et menaces au moment même du vote sur chaque citoyen s'avançant pour voter (les agents électoraux faisaient prendre, de force des tablettes de vote toutes prêtes). De plus, rappelons les affiches : ce sont des inscriptions qui sont comparables à nos affiches électorales, avec des promesses, et la louange des qualités du candidat. Il faut enfin souligner le commencement de l'usage de la littérature : on a bien montré que les divers écrits et commentaires de César étaient essentiellement des œuvres de propagande, et que César a parfaitement réussi dans sa création d'un certain portrait de lui-même et de l'histoire des événements (3).

Propagande et partis politiques. - En réalité le moyen de propagande le plus important est le parti. Celui-ci a commencé par être une bande aux ordres d'un chef, pour des tâches diverses, y compris l'assassinat politique (ainsi la bande utilisée par Scipion Nasica). À partir de là se constituent des groupes constitués par des affranchis (redevables à leur patron de certains services parmi lesquels un devoir général, non monnayé, d'obéissance), et des clients (d'un type un peu différent de celui de la clientèle primitive) . C'est autour de ce noyau attaché à un chef de grande famille que se constituent peu à peu de véritables partis. Ceux-ci seront alors purement personnels, puisqu'ils se recrutent à partir du lien de patronat, mais avec Sylla et Marius se forment des partis plus larges, que l'on a pu qualifier de « Sénatorial » et de « Démocrate ».  Ces partis n'ont pas vraiment d'adhérents. Ils ont une certaine organisation, une certaine structure, avec des propagandistes, des racolleurs, qui agissent au moment des élections, ou des troubles, en cherchant à recruter des électeurs. Les chefs politiques principaux mettent souvent à la tête de ces organisations des hommes douteux sur qui ils ont prise (ainsi Cicéron pour Milon, ou César pour Clodius). Ces partis sont donc des machines de propagande.

Les partis politiques auront leur plein essor de propagande pendant la guerre civile. À ce moment les partis développent un goût très vif dans la population pour la participation politique par une propagande intense. Il s'agit d'arriver à mettre toute une population « en « condition ». Cette propagande qui essaie d'obtenir l'adhésion de l'opinion quant au bien-fondé de la guerre civile, est caractérisée, quant au fond, par la diffusion d'idéologies. Quant aux formes, nous trouvons l'utilisation des Fasti, des Acta, des Edicta - la diffusion d'œuvres littéraires partisanes, passionnées, et de Rumores - enfin on commence à utiliser les pièces de monnaies comme support de propagande : on y grave le portrait de l'homme d'Etat en vedette, un symbole, un slogan. On a pu dire que les chefs de la guerre civile se sont livré une guerre des monnaies et des statues (4).

 

 

(1) JAL, La propagande religieuse de Rome au cours des guerres civiles de la fin de la République, Antiquité classique, 1961.

(2) GAGÉ, Les clientèles triomphales de la République romaine, Revue historique, 1957.

(3) RAMBAUD, L' art de la déformation historique dans les Commèntaires de César (Annales de l'Univ. de Lyon, 1953).

(4) JAL, La guerre civile à Rome, 1963.

 

Source : Histoire de la propagande, Jacques Ellul éd. P.U.F.

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 09:57

Au cours du IIIè siècle, les attaques répétées des peuples « barbares » fragilisent les frontières romaines. Les empereurs successifs s’engagent alors dans des réformes administratives, militaires et financières qui modifient en profondeur la carte de l’Empire

 

Dès la fin du IIIè siècle, l’Empire romain doit faire face à la pression constante des peuples « barbares » notamment d’origine germanique, sur les frontières occidentales, le Rhin et le Danube. Pour répondre plus rapidement à la menace, le pouvoir impérial se divise jusqu’à la création par Dioclétien d’un régime original, mais peu viable en raison de sa complexité, la Tétrarchie, qui le répartit simultanément entre quatre empereurs. C’est Constantin qui, par sa victoire à Andrinople sur son dernier rival Licinius en 324, rassemble de nouveau la totalité du pouvoir entre ses mains, en Orient comme en Occident.

 

Résidences impériales et nouvelles capitales


Cet empire est avant toute une civilisation urbaine et les villes qui ont toujours joué un rôle essentiel. Les mutations politiques de la fin de l’Antiquité ne peuvent donc manquer d’avoir des répercussions notables en ce domaine. L’archéologie comme les textes antiques nous informent sur ces transformations : plusieurs auteurs, au IVème et au Vème siècle, ont dressé le catalogue des villes remarquables. Ainsi, l’Ordo urbium nobilium du poèteAusone, ou encore un texte anonyme, l’Expositio totius mundi et gentium, les classentP1050700.JPG par importance. Les images elles-mêmes reflètent cet intérêt des contemporains : le Calendrier de 354, un manuscrit illustré connu seulement par des copies plus récentes, s’ouvre par quatre personnifications de ville, Rome, Constantinople, Trèves et Alexandrie ou Carthage. La répartition globale des villes n’évolue guère tout au long de cette période : aucune disparaît, et le IVème siècle n’est pas, comme on l’a parfois pensé pour la plupart d’entre elles, un temps de décadence. En revanche, bien peu se créent : il faut attendre le VIème siècle, soit nettement plus tard, pour trouver un exemple de fondation de ville ex nihilo, celle de Justiniana Prima, aujourd’hui Caricin Grad en Serbie, sur le lieu de naissance de l’empereur Justinien. Toutefois il est certain que les invasions « barbares » ont eu des conséquences désastreuses sur bien des villes, en Gaule notamment.

De fait, quelques très grandes villes vont jouer un rôle marquant dans l’histoire et la culture de l’Antiquité tardive et dans l’imaginaire des contemporains. Bien sûr, Rome revêtus d’une très forte valeur symbolique et dont le caractère éternel est volontiers réaffirmé sur les monnaies (Roma aeterna) : sa prise par les Goths d’Alaric, en 410, va bouleverser tous les observateurs et semblera à beaucoup annonciatrice de la fin de l’univers. Mais également Constantinople, la nouvelle capitale fondée en 330 qui ne jouit pas encore d’un grand prestige au IVème siècle, Alexandrie en Égypte et Antioche en Syrie, de grandes métropoles, centre d’effervescence intellectuelle et religieuse, Carthage en Afrique, bilan et Trèves, puis Ravenne ou Arles, en Gaule.

Le nombre considérable d’empereur propre au régime de la Tétrarchie et les fréquents déplacements des souverains entraînent la multiplication des résidences impériales, parfois temporaire, parfois pérenne : Rome, trop loin des frontières, n’a plus guère de rôle politique. Au IVème siècle, elle se trouve remplacée par Milan, situé, elle, à un carrefour de voies stratégiques. L’empereur y réside de manière presque permanente et la cour s’y installe, avec tout ce que cela implique : construction de résidences pour ses membres, présence d’une foule nombreuse de serviteurs et de soldats, développement d’un artisanat de luxe telle l’orfèvrerie et le travail de l’ivoire pour satisfaire la riche clientèle qui gravite autour de l’empereur. Une résidence impériale comprend la plupart du temps un palais, accompagné parfois d’un hippodrome destiné aux courses de chevaux, ce type de spectacle étant l’occasion d’un contact privilégié entre l’empereur et ses sujets. Il en est ainsi à Milan, à Sirmium (Serbie), à Thessalonique, à Constantinople ou à Antioche.

 

Urbanisme et édifices de l’Antiquité tardive


Toutes ces villes, les plus grandes comme celle de moindre importance, possède des éristiques communes, fixée déjà sous le Haut-Empire. Urbanisme est souvent régulier, en Orient notamment ou de Grande rue à portiques, langue parfois de plusieurs kilomètres et larges de plusieurs dizaines de mètres, en constituent les axes principaux. S’y ajoutent des monuments publics imposants, termes, théâtre, hippodrome, ainsi que de grandes demeures pour les plus riches. En outre, à partir du règne de Constantin et de la Paix de l’Église, Séville se couvrent d’églises monumentales, bâties sous l’impulsion de l’empereur ou d’évêques entreprenants, et somptueusement décoré. Beaucoup d’entre elles abritent des reliques vénérées : la tombe de l’apôtre Pierre à Rome, la tunique du Christ à Trèves, un fragment de la Sainte-Croix à Apamée. Progressivement, la nouvelle religion marque le paysage urbain alors que les temples désaffectés, deviennent de véritables musées ou sont purement et simplement détruits par des chrétiens : c’est le cas du grand temple aura Kugler de Zeus Belos à Apamée, rasée jusqu’aux fondations à l’instigation de l’évêque Marcel vers la fin du IVème siècle. Ce mouvement de ne s’opère que peu à peu, selon les rapports de force qui s’instaurent entre les diverses communautés selon les espaces urbains disponibles.

 

Identité des villes antiques


De nombreuses villes, parmi les plus grandes, possèdent une physionomie spécifique, fruit à la fois d’une longue évolution et de la puissance des traditions locales. En Orient, elles manifestent un fort esprit d’indépendance, héritage des cités hellénistiques : très attachés à leur vie civique, constituées de communautés d’origines ethniques ou religieuses très diverses elles sont souvent secouées de mouvements de foule parfois violent, qui peuvent même être dirigés contre le pouvoir impérial. Alexandrie et Antioche sont sur ce plan remarquable. Tandis que la première est un creuset de mouvements religieux souvent antagonistes, la seconde est animée par une vie intellectuelle intense, longtemps attachésP1050701 aux traditions du paganisme, notamment le culte oraculaire d’Apollon installé dans le faubourg de Daphné : les textes, très vivant, du rhéteur Libanios donnent une idée assez juste de la vie à la fin du IVème siècle dans cette ville représentée en outre par une pittoresque reconstitution en mosaïque. Le panorama est différent, plus uniforme, en Occident ou de telle tradition n’existe pas. Cependant, la lecture de textes comme l’Expositio totius mundi et gentium, qui prend bien soin de caractériser chaque ville par une spécialité, montre qu’il existait encore, à la fin de l’Antiquité, un sentiment partagé de la particularité de chacune.

 

Des capitales éphémères


La situation de ces villes évolue, tout au long de la période considérée, en fonction de celle de l’empire. Citons deux exemples. À la fin du IIIème siècle, Trèves, dans la vallée de la Moselle, revêt une importance particulière. Constance Chlore, le père de Constantin, il y a établi sa résidence. Constantin lui-même y possédera pendant longtemps un palais dont il reste aujourd’hui la grande salle d’audience, l’un des monuments de l’Antiquité tardive à l’état de conservation le plus impressionnant. La ville est également le siège d’une des préfectures du prétoire, et elle accueille un important évêché. Mais après la fondation de Constantinople, l’empereur abandonne la ville. Quelque temps après, vers la fin du IVème siècle, devant la menace que les peuples germaniques font peser sur la frontière du Rhin, la préfecture du prétoire et déplacé à Arles qui connaît alors un développement remarquable.

Milan présent un destin analogue : la ville accueille l’empereur d’Occident et sa cour durant une partie du IVème siècle, mais, situé dans la plaine du Pô, au débouché des cols alpestres elle s’avère difficile à défendre. C’est la raison pour laquelle, en quatre cent deux, l’empereur Honorius décide de transférer le siège du pouvoir sur la côte de l’Adriatique, a Ravenne, une ville provinciale jusque-là plutôt endormie, mais dont la situation au milieu des marécages constituant une défense naturelle permet de rejoindre aisément Constantinople.

À la fin du IVème siècle, la plupart des grandes villes de l’empire ont encore un poids considérable. Mais en raison de leur état politique et militaire, la situation se dégrade alors pour beaucoup d’entre elles, en Occident notamment en Orient, si les débuts de la période byzantine constituent un moment favorable, les guerres contre l’empire sassanide, puis les invasions arabes dès la fin du VIème siècle marque néanmoins un tournant difficile dans l’histoire des villes romaines, et plus généralement dans l’histoire du monde méditerranéen.

 

Source : Et Lutèce devint Paris... éd. Paris-musées

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 12:21

Nous sommes ici en présence de formes de propagande élaborées, diverses selon les régimes, et présentant un caractère relativement nouveau : le génie romain tendait à donner une forme institutionnelle à tous les éléments de la vie collective. Dès lors, la propagande ne sera pas seulement à Rome un facteur de l'activité politique, mais elle s'appuiera sur des organisations, réciproquement l'organisation fonctionne en partie grâce à la propagande, et, finalement les moyens de propagande utilisés sont fréquemment des moyens d'ordre juridique.

 


1. La propagande orientée vers l'étranger pendant la période républicaine.

 

Elle tend à faciliter la pénétration de l'influence romaine chez les peuples voisins. La propagande a pour but, de créer chez ces peuples la conviction de la supériorité de Rome. Par suite de cette conviction, ces peuples finiront par demander eux-mêmes l'intégration dans le système romain, qui sera à leurs yeux une sorte de consécration. Le premier système qui paraît dans cette orientation est celui des fédérations, qui est un excellent support de propagande en ce que les cités restent indépendantes, gardent une autonomiehistoire-de-la-propagande-de-jacques-ellul-929265644_ML.jpg intérieure. Par une politique habile, beaucoup de cités vaincues sont, non pas opprimées, mais intégrées dans une des fédérations. De plus Rome par ce système tend à détacher les peuples italiens les uns des autres pour établir un lien exclusif entre chacun des peuples, et elle-même. Rome conclut alors près de 150 traités de qualité différente. L'union se situe habituellement sur le plan militaire et exige une forte propagande nationale. Chaque cité fournit à Rome un contingent militaire. Et réciproquement Rome se rend peu à peu indispensable dans la vie intérieure de ces cités, sur le plan politique ou économique. Enfin Rome crée un droit commun entre tous les Italiens.
Un autre système d'action psychologique fut la création des colonies, très différentes des colonies grecques. Nous trouvons très fortement accentué ici le rapport entre l'élément institutionnel et l'élément psychologique: la colonie n'est pas en effet seulement un moyen de surveillance militaire, de peuplement, ou de solution de la crise sociale à Rome; il s'agit par cette création d'une sorte de cité romaine au milieu d'un peuple étranger de montrer clairement aux peuples intégrés, la supériorité de l'organisation, de l'administration romaine de façon à-tenter les peuples pour qu'ils demandent l'obtention des mêmes avantages. Or, les populations voisines dela colonie reçoivent des statuts différents selon les cas, plus ou moins privilégiés, de façon à créer une volonté de se faire bien voir des Romains.

Et ceci introduit un système d'émulation employé par les Romains chez les peuples soumis par toute une gradation de statuts juridiques et politiques: ce qui compte c'est le statut attribué par Rome comportant des éléments politiques, mais aussi une certaine fixation dans l'échelle sociale. Or ce statut est individuel, et il peut changer selon la décision prise par les autorités romaines. La hiérarchie de citoyens, Latins anciens, Latins juniens, Italiens, coloniaires, fédérés, pérégrina est encore diversifiée par le fait qu'il y avait des distinctions entre les cités, les unes ayant le jus migrandi, d'autres le conubiumou le commercium, d'autres n'ayant aucun droit. Dans un sens, on pouvait dire alors que les habitants étaient plus attachés à Rome qu'à leur propre patrie, et attendaient de Rome la décision qui allait leur permettre de participer à une catégorie supérieure.
Tout ceci peut n'apparaître que comme une habile politique, et de fait c'est le plus souvent ainsi qu'on le présente, mais ce que cette politique a de particulier, c'est qu'elle tend à jouer sur les sentiments, et à obtenir d'une adhésion intérieure ce que Rome n'aurait sûrement jamais obtenu par la force pure. Il s'agissait de provoquer l'émulation, la fidélité, le dévouement, l'orgueil d'être dans un système si grandiose. Autrement dit, c'est bien de l'ordre de la propagande puisque le lien recherché est d'abord psychologique, mais obtenu par des moyens institutionnels.

 

Source : Histoire de la propagande, Jacques Ellul éd. Presse Universitaire de France

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 08:00

Ces mosaïques, qui comptent de vastes intégrations modernes, formaient le pavement de deux 261.jpgexèdres dans les bibliothèques des Thermes de Caracalla. Elles sont divisées en panneaux rectangulaires ou carrés : les figures entières et les bustes représentent des boxeurs et des lutteurs, dont les cheveux sont souvent rassemblés dans le cirrus, la queue dans la nuque typique des athlètes professionnels ; les bras des athlètes sont revêtus des cestes (protection en cuir et tissu, dotée de pièces métalliques). La musculature vigoureuse des corps et les traits puissants des visages sont rendus grâce à la polychromie des tesselles. On distingue également sur cette264.jpg mosaïque les juges de la compétition qui sont visibles parmi d'autres personnages puisqu'ils portent une toge. Bien que la construction des Thermes puisse être située au début du IIIe siècle apr. J.-C., certains chercheurs proposent ici une datation contemporaine d'une restauration qui toucha tout l'ensemble des thermes au début du IVe siècle apr. J.-C. 265.jpg

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 00:17

 

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 02:42

Le mur d'Hadrien est une fortification en pierre et en tourbe construite à partir de 122 après J.-C. par les Romains sur toute la largeur de l'Angleterre pour protéger le sud de l'île des attaques des tribus calédoniennes de l'actuelle Écosse.

  157.jpg

C’est en 122, que l’empereur Hadrien décide de l’amélioration des fortifications voulues par Agricola quelques 40 années plus tôt entre les estuaires de la Tyne et de la Solway, afin de stopper les raids de plus en plus fréquents des barbares du nord. Le mur coupe ainsi l’Angleterre sur près de 120 km dans la région des Borders, sa construction demandant 3 légions, soit 18.000 hommes, des auxiliaires et s’étalant sur 6 années.

 

Le romains surent exploiter le relief afin d’en tirer le meilleur parti. Le mur est constitué d’un cœur d’argile et d’un remblai recouvert de pierres taillés d’une épaisseur de 3 mètres pour une hauteur, moyenne, de 4 mètres. Tous les milles, on édifia des fortins abritant des garnisons comprenant de 25 à 50 hommes.

 

Le mur d’Hadrien matérialise la frontière entre les deux mondes, celui romanisé et civilisé et celui des bretons du nord. Au mur viennent s’adjoindre aussi 16 forteresses espacées de 11 à 12 km pouvant abriter quelques 500 hommes soit une cohorte d’infanterie soit 16 escadrons de 32 cavaliers.

 

Les trois légions se trouvaient stationnées en retrait du mur gardé par quelques 12.000158.png auxiliaires et qu’un fossé de 6 mètres de large et 3 de profondeur venait renforcer. Plus à l’Ouest, les Scots avaient l’habitude de conduire des raids maritimes, le mur fut donc prolongé par un réseau de forts côtiers. Enfin, la tactique employée par les barbares reposait sur le harcèlement et le refus de tout choc frontal, aussi, pour tirer bénéfice de sa mobilité, l’armée romaine pratiqua de nombreuses ouvertures dans le mur pour permettre de rapides raids contre les ennemis.

 

Au début du Ve siècle de l'ère chrétienne, l'empire romain en plein déclin négligea cette frontière si lointaine. Les soldats, abandonnèrent peu à peu leur poste, s'installant pour la plupart dans la région pour devenir de simples paysans. Au cours des siècles qui suivirent, le mur fut laissé à l'abandon, livré au pillage des villageois qui récupérèrent une grande partie des pierres pour construire d'autres murs, leurs maisons, leurs églises. On trouve ainsi dans les fondations de l'abbaye d'Hexham des pierres romaines.

 

 


 


 
 

 

 

 


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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 12:57

"Chez les plus anciens Romains on n'accordait ni à la naissance, ni à la richesse d'honneur plus prestigieux qu'à l'âge, et les aînés étaient honorés par les plus jeunes presque comme des dieux ou des pères ; [...]. Mais quand les naissances parurent nécessaires à la cité et qu'il y eut besoin de récompenses et d'encouragements pour en augmenter le nombre (allusion aux Lex Julia et Pappia Poppeae), alors dans certains cas ceux qui avaient une femme et ceux qui avaient des enfants furent placés avant des hommes plus âgés qui n'avaient ni femmes ni enfants." Aulu-Gelle, Les nuits attiques, 2.15.1 et 3 (texte traduit par R. Marache, Paris, CUF, 1967).

 

Se marier et avoir des enfants représentaient pour les Romains un devoir religieux et civique. Camille et Postumius, lors de leur censure en 403 av. J.-C., avaient imposé unebebe romain emmaillote taxe aux célibataires, leur rappelant leurs devoirs: "Si la nature vous fait naître, elle vous prescrit aussi de procréer et vos parents en vous élevant vous ont imposé l'obligation de faire grandir pour eux des petits-enfants, si vous avez quelque sens de l'honneur.[...]." (Valère Maxime, Faits et dits mémorables I, 1-3, 2.9.1)

Selon Tite-Live, le nombre des citoyens atteignait 273 000 lors de la conquête de l'Italie, au 3ème siècle av. J.-C. Mais l'expansion de Rome dans le bassin méditerranéen, entre 262 et 121 av. J.-C. entraîna une diminution de la population en raison d'incessantes guerres. Parallèlement, on assista à une transformation des mœurs dès le 2ème siècle av. J.-C.: triomphe du célibat, mariage sine manu, divorce courant, émancipation de la femme et diminution du nombre d'enfants. Vainement, le censeur Q. Metellus essaya de réagir en 131 av. J.-C. en prononçant un célèbre discours en faveur de la natalité. Il ne put enrayer le phénomène.

Face à la décadence des anciennes valeurs, Auguste se résolut à rétablir les antiques idéaux de devoir, piété, chasteté et sobriété. Parallèlement, il tenta de rétablir les anciens cultes tombés en désuétude. Peu après la bataille d'Actium, il édicta une première loi qu'il dut immédiatement retirer en raison de l'opposition qu'elle suscita. En 18 av. J.-C., le princeps promulgua la Lex Julia de maritandis ordinibus et la Lex Julia de adulteriis. Ces mesures provoquèrent un ressentiment, particulièrement dans les classes privilégiées et chez les propriétaires terriens. En 9 ap. J.-C., les chevaliers manifestèrent contre ces lois. L'ampleur de la contestation força Auguste à les modifier. C'est alors qu'il décréta la Lex Pappia Poppeae plus douce que les précédentes. Ultérieurement, les juristes ont échoué àbebe.jpg différencier toutes ces lois. Dans les grandes lignes, on peut dire que la Lex Julia de maritandis ordinibus encourageait le mariage, que la Lex Julia de adulteriis réprimait l'adultère et rendait le divorce plus difficile et que la Lex Pappia Poppeae tenta de promouvoir la procréation. Tertulien déclara au sujet de ces lois : "La Loi Pappia, loi vaine et absurde, qui force de procréer des enfants avant le temps où la lex Julia exige le mariage malgré l'autorité que lui donnait sa vieillesse, n'a-t'elle pas été réformée naguère par Sévère, le plus conservateur des princes?" (Tertullien, Apologétique, 4.8)

Voici quelques principes de ces lois :

- Ces lois ont supprimé des barrières sociales en matière de mariages : affranchis et personnes libres avaient l'autorisation de se marier.

- Le pater familias ne pouvait empêcher le mariage de ses enfants.

- Le fait d'avoir trois enfants dans la classe politique permettait d'avoir la priorité dans l'obtention d'une fonction et une promotion plus rapide.

- Avant Auguste, il y avait des limitations à ce qu'un homme hérite de sa femme et réciproquement. Sous la nouvelle législation, chacun des époux pouvait hériter entièrement de l'autre si certaines conditions étaient remplies, par exemple s'ils avaient un enfant en vie ou s'ils avaient perdu un enfant au-dessus de l'âge de la puberté. Mais les couples sans enfants ne recueillaient que la moitié de l'héritage du conjoint.

Cependant, selon l'avis général, ces lois n'eurent pas l'effet escompté. Les pénalités de la Lex Pappia Poppeae concernaient surtout les héritages, c'est-à-dire qu'elles visaient les riches. Les pauvres qui formaient l'immense majorité n'étaient pas concernés par celles-ci et n'avaient pas les moyens d'entretenir une famille pour la plupart. De plus, il était facile de contourner ces lois. A une époque ultérieure au règne d'Auguste, les témoignages ne manquèrent pas attestant la pratique courante du célibat et de la dénatalité. Au 2ème siècle ap. J.-C., l'empereur Marc-Aurèle dut recruter les soldats parmi les esclaves et les bandits pour affronter les Marcomans. En dépit de ce fait, ces lois furent maintenues par les empereurs successeurs d'Auguste. Elles n'ont été abrogées qu'avec la suprématie du Christianisme, qui remit en valeur le célibat.

 

Source : Antiquit@s elearning.unifr.ch

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 18:08

Julio-Claudiens

Auguste                     27av. J.C. - 14 apr. J.C.

Tibère                                              14 - 37

Caligula                                            37 - 41

Claude                                              41 - 54

Néron                                              54 - 68

Empereurs illyriens

Claude II le Gothique                       268 - 270

Quintillus                                    août/oct. 270

Aurélien                                           270 - 275

Marcus Claudius Tacite                    275 - 276

Florien                             août/septembre 276

Probus                                             276 - 282

Carus                                               282 - 283

Numérien                                         283 - 284

Carin                                               283 - 285

Année des quatre empereurs

Galba                                               68 -69

Othon                                 janvier/avril 69

Vitelius                           avril/décembre 69

Tétrarchies

Dioclétien (Orient)                          284 - 305

Maximilien Hercule (Occident)        285 - 305

Galère (Orient)                               305 - 306

Constance Chlore (Occident)           305 - 306

Sévère II (Occident)                      306 - 307

Maxence (Rome)                              306 - 312

Licinius (Occident, puis Orient)      308 - 324

Maximin II Daïa (Orient)                 310 - 313

Flaviens

Vespasien                                        69 - 79

Titus                                               79 - 81

Domitien                                          81 - 96

Constantiniens

Constantin Ier                                310 - 337

Constantin II le Jeune (Occident)  305 - 306

Constant Ier (Centre)                     337 - 350

Constance II (Orient)                     337 - 361

Julien l'Apostat                              361 - 363

Jovien                                            363 - 364

Antonins

Nervas                                            96 - 98

Trajan                                           98 - 117

Hadrien                                       117 - 138

Antonin le Pieux                           138 - 161

Lucius Verus                                 161 - 169

Marc Aurèle                                 161 - 180

Commode                                      180 - 192

Valentiniens

Valentinien Ier (Occident)              364 - 375

Valens (Orient)                               364 - 378

Gratien (Occident)                         367 - 383

Valentinien II (Occident)               375 - 392

Maxime (Occident)                         384 - 388

Théodose Ier (Orient)                    378 - 395

Sévères

Pertinax                           janvier/mars 193

Didius Julianus                     mars/juin 193

Septime Sévère                            193 - 211

Geta                         février/décembre 211

Caracalla                                     211 - 217

Macrin                                        217 - 218

Diaduménien                                        218

Héliogabe                                   218 - 222

Sévère Alexandre                      222 - 235

Théodosiens

Théodose Ier                                 378 - 395

Flavius Honorius                            395 - 423

Flavius Arcadius                            395 - 408

Anarchie militaire

Maximin Ier le Thrace                 235 -238

Gordien Ier et Gordien II    mars/avril 238

Maxime Pipien et Balbin      avril/juillet 238

Gordien III                                 238 - 244

Philippe l'Arabe                           244 - 249

Phillipe II                                   247 6 249

Trajan Dèce                                249 - 251

Herennius Etruscus                               251

Trébonien Galle                           251 - 253

Hostilien                                               251

Volusien                                       251 - 253

Émilien                                  avril/août 253

Valérien                                       253 - 260

Gallien                                         253 - 268

 
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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 01:03

   Les voyages professionnels

 

Ce sont surtout les négociants, les artisans spécialisés qui sont appelés à voyager, mais aussi des artistes, des professionnels du spectacle, des intellectuels... Un voyage professionnel privé sur lequel nous possédons bien des détails, c'est celui que Cicéron, jeune avocat, entreprend en Sicile pour mener son enquête sur les exactions du propréteur Verrès. En cinquante jours, par un froid rigoureux, il parcourt toute la Sicile et nous livre ses impressions sur la richesse du sol ou les trésors artistiques de l'île (Cicéron,Verrines).

Cependant, de façon générale, les voyages professionnels sont ceux qui ont trait aux échanges de marchandises. Les paysans, d'abord, apportent au marché leurs récoltes et y achètent ce dont ils ont besoin : poissons, gibiers, etc. Après le développement de la circulation maritime, du cabotage, les échanges se multiplient et se font plus lointains. Des marchands étrangers affluent vers Rome où ils séjournent d'abord dans le quartier populaire du Transtévère (= au-delà du Tibre, trans Tiberim , aujourd'hui, le Trastevere) puis près de la mer, à Ostie, qui connaît son plus grand développement sous Claude et sous Trajan ; les conquêtes des Romains élargissent, sous la République, leur horizon ... et leurs besoins. Le grand commerce se développe au IIe et au Ier siècles et les trafiquants italiens suivent de près les légions : Grèce de l'Ouest et du Nord, puis les îles de la mer Égée et le Péloponnèse, enfin l'Asie (création de la province d'Asie en 133). Beaucoup de négociants se fixent sur place et réinvestissent leurs bénéfices commerciaux en biens-fonds : on retrouve là l'éternel désir d'enracinement des Latins. Il existe donc de véritables entreprises commerciales avec siège social et succursales multiples, ce qui implique des convoyeurs, regroupés en associations de transport. Les sociétés fiscales de publicains, elles aussi, sillonnent les provinces d'Orient (Cicéron, ad Atticum, ).

Cette extension du commerce et ces organisations professionnelles n'empêchent pas les vieilles superstitions de ressurgir : l'antique terreur devant les dangers de la mer, l'éternelle diatribe contre les aventures maritimes, si peu conformes à la "nature", c'est-à-dire la vie terrienne. Il faut dire que les aléas de la mer sont bien réels : les pirates, pendant longtemps, écument les mers ; les marchands italiens se font assassiner, notamment en Orient. Horace et les poètes élégiaques expriment souvent ces craintes et ces terreurs : plainte du naufragé privé de sépulture, peur de mourir en terre étrangère, rejet de toutes les aventures, militaires ou mercantiles, au-delà des mers.

Pourtant, sous le Haut-Empire; les négociants latins sont omniprésents et les publicains, qui recueillent l'impôt (uectigal), se déplacent sans cesse en Italie et surtout en Asie Mineure. Les "orientaux" ou "petits Grecs" se taillent une place de plus en plus importante dans les grandes affaires : l'exemple de Trimalcion dans le Satiricon en est un bon exemple (Pétrone, Satiricon).

Parmi les voyages professionnels, Il faut signaler les voyages de "spécialistes". Les professionnels de la médecine (les écoles de médecine sont rares) ou ceux de la banque étaient amenés à se déplacer souvent. Dans un autre domaine, l'entreprise de grands travaux exige des matériaux rares et une main d'oeuvre spécialisée : les artisans ne cessent donc de circuler : des architectes grecs ou des ateliers de sculpteurs qualifiés travaillent à Rome ou en Gaule.

Ce sont surtout les professionnels du spectacle dont nous connaissons le mieux les voyages (documents archéologiques ou épigraphiques). Les athlètes se déplacent lors des jeux et multiplient leur participation à des concours variés (et meurent, souvent, d'épuisement, lors d'un déplacement). Les factions du cirque (Juvénal, Satires) recrutent un grand nombre de cochers étrangers, venus d'Espagne, de Lusitanie (Portugal) ou d'Orient. Quantcomediens-romains-jpg aux compagnies théâtrales, bien organisées, elles circulent également beaucoup. Les premiers, les baladins étrusques introduisent à Rome leurs danses (Tite-Live, Histoire romaine); le théâtre est venu d'Étrurie et l'hippisme de Grande-Grèce. Les troupes ambulantes sont souvent accompagnées de bateleurs et d'amuseurs de toutes sortes (boxeurs, lutteurs).

Enfin, spécialité romaine, les écoles de gladiateurs recrutent beaucoup en Orient et ces troupes se produisent un peu partout.

Au IIe siècle, et malgré plusieurs réactions de rejet, qui se poursuivront jusque sous l'Empire assez tardivement, Rome finit par accepter les "intellectuels" itinérants, représentants des principales écoles philosophiques ; mais il n'y a là rien de comparable à l'engouement pour les sophistes constaté en Grèce.

En revanche, les prédicateurs des religions orientales se sont mieux imposés. Souvent charlatans plus qu'honnêtes missionnaires, ils exploitent la faiblesse des esprits : ainsi en est-il des propagateurs du culte isiaque (Juvénal, Satires). Les astronomes chaldéens, venus avec l'armée perse au Ve siècle, ont sillonné, eux aussi, pendant des siècles, le monde gréco-romain et ces astronomes-astrologues sont, eux aussi, bien souvent, des faiseurs d'illusions (Aulu-Gelle, Nuits Attiques). Les cultes orientaux déferlent sur le monde romain à partir des grands ports (Ostie, Pouzzoles) ; les plus importants sont ceux de Mithra et de Cybèle. Si les prêtres de Mithra défraient peu la chronique scandaleuse, les desservants itinérants de Cybèle se font remarquer par leur tenue voyante et le tintamarre de leurs instruments. Dans la foulée du prosélytisme juif et des premiers apôtres se dispersant "pour instruire toutes les nations", Saint Paul conçoit sa mission comme un voyage du plus proche au plus lointain pour tenter d'assurer une unité religieuse s'étendant sur l'ensemble de l'univers.

"Tous ces gens qui voyageaient par devoir ou par nécessité avaient la même mentalité : conscients des risques encourus, ils étaient également fiers de leurs entreprises, quelles qu'elles soient, car leurs motivations éaient complexes et fort diverses si bien que l'on peut parler de voyages à finalité mixte. Les marchands implantaient leurs dieux comme des missionnaires, ou couraient l'aventure comme des explorateurs. Les ministres des cultes étrangers devaient travailler pour subsister. Les intellectuels se déplaçaient autant pour faire carrière que pour connaître le monde et expérimenter leur science." (J.-M. André et M.-F. Baslez, Voyager dans l'antiquité)

 

Source : Académie de Versailles  www.ac-versailles.fr

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