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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 07:51

3. La propagande sous le principat (1).

 

Il convient de faire à ce sujet quelques remarques générales. Cette propagande n'a lieu vraiment que sous le principat et au début de l'Empire (jusque vers 100 apr. J.-C.) . Par la suite, elle n'est plus vraiment une force, il n'y a plus d'initiative, ce qui avait été une invention au début devient un rituel. On retrouvera cependant une certaine vigueur de propagande avec Constantin puis avec Julien. À ce moment c'est le phénomène religieux qui sera à la fois l'occasion et le moyen de la propagande, mais ce sera une réàpparition de brève durée. La propagande a pour but l'unification de l'Empire et sa cohésion. Elle ne cherche plus à obtenir une majorité, à emporter une décision, mais à provoquer une adhésion. Elle se différencie considérablement de la propagande de la fin de la République dans ses moyens, elle est plus idéologique et agit moins par le fait. Enfin cette propagande est unitaire et centralisée c'est une propagande officielle, liée à la création d'un Empire que l'on proclame universel, et d'un Etat centralisé. Toutefois, la propagande électorale au sens républicain subsiste, dans le sein des cités, pour l'élection des magistrats (ainsi l'on connaît les affiches électorales de Pompéi), mais ceci n'a plus qu'un caractère local.

En dehors du problème du culte de l'empereur, on peut relever trois formes principales de la propagande impériale : le mythe, l'information, les méthodes démagogiques.

Le mythe. - C'est à cette époque que se confirme, se répand et prend substance le mythe de Rome. Il se forge déjà au 1er siècle av. J.-C., mais c'est au siècle suivant qu'il se répand. Son origine est difficile à saisir, on le trouve chez les écrivains (Virgile, Horace qui cherchent à utiliser les légendes pour trouver une justification au Principat ou à prêcher un épicurisme non politique), chez des historiens (Tite-Live qui, sans écrire une histoire inexacte, la construit) . On le trouve auparavant chez certains personnages qui se sont fait un type du Romain et veulent l'incarner (Caton l'Ancien, Scipion l'Africain), et dans l'utilisation déj à soulignée du titre de citoyen comme récompense. Le contenu du mythe est celui de l'origine divine de Rome de son caractère invincible (à l'égard des vaincus, Rome offre justement ce mythe justificateur : s'ils ont été vaincus, ce n'est pas qu'ils aient démérité, c'est que Rome était invincible), de son caractère démocratique et de sa passion de la liberté Rome est toujours libératrice, elle est destructrice des tyrannies, elle a pour but de rendre les peuples responsables d'eux-mêmes, et Auguste a aboli les dictatures. Enfin c'est le mythe du vieux Romain vertueux, sobre, courageux, dévoué au bien public, désintéressé, ayant le culte de la patrie. En tout cela nous sommes vraiment en présence d'un mythe : c'est une image populaire, crue, reçue, à partir d'un fait réel servant de fondement (la puissance de Rome), construit pour servir de justification et de modèle d'action. Il est important de noter que c'est justement à l'époque où les vertus romaines et la liberté disparaissent, que le mythe se répand. L'entreprise d'Auguste (par l'intermédiaire de Mécène), pour faire entrer les meilleurs écrivains dans sa propagande réussit, et à côté des plus grands comme Virgile qui vante l'apaisement social et le redressement économique grâce à Auguste, il faut citer les plus zélés, Rabirius par exemple. Mais le problème le plus intéressant est celui de l'histoire (2) : celle-ci est conçue comme exemplaire, et par conséquent contient une large part d'interprétation, et peut s’expliquer par le fait qu’à ce moment se développait contre Rome une double philosophie de l'histoire celle de l'évolutionnisme d'après laquelle Rome entrait, avec la fin de la République, dans la phase de la vieillesse (donc du déclin) et celle des cycles, d'après laquelle les Empires se succèdent les uns aux autres nécessairement : l'Empire de Rome succédait à l'Empire de Macédoine. Mais après elle ? Pour répondre, il fallait mobiliser des historiens affirmant d'une part que Auguste n'avait fait que restaurer la République, qu'il n'y avait aucune innovation, d'autre part que l'Empire de Rome était différent de tous les autres parce que universel. Cette propagande semble avoir été efficace. Toutefois les libelles et les satires contre « le tyran » circulaient. Il y avait beaucoup de diffamation contre Auguste. Celui-ci mena longtemps le combat au niveau de la propagande idéologique. Mais dans ses dernières années, il fit poursuivre et condamner les auteurs de libelles (les orateurs Titus Labienus et Cassius Severus). Cette attitude répressive s'explique en partie par la crainte de laisser ruiner son œuvre alors qu'il vieillit, en partie parce que ses grands propagandistes intellectuels sont morts (Tite-Live) et ne sont pas remplacés.

Mais à côté de la création de l'image grandiose de Rome et du Romain, l'Empire va utiliser (sans doute pour la première fois), l'information comme moyen de propagande. On développe au moment du principat un système probablement inventé par César, celui des Acta Diurna. Le gouvernement fait rédiger des affiches contenant des éléments très divers d'information (réceptions, échos de tous ordres) mais surtout des nouvelles politiques, des résumés de lois, de discours, des travaux du Sénat. Ces placards sont installés aux carrefours, sous les portiques, dans les lieux publics de Rome, ils sont distribués dans les armées et les principales administrations. Ils peuvent, parfois être lus publiquement et aussi envoyés par la poste impériale dans les principales villes de l'Empire. Ce système d'information fut très sérieux sous Auguste, mais bien entendu, sous une objectivité réelle, résidait l'intention de propagande : faire participer le peuple par la connaissance, et le faire adhérer, par l'accession à la liberté d'être informé. Sous les empereurs suivants, le caractère changera, on tombera dans une propagande vulgaire, de l'ordre de la flatterie, de la louange envers l'empereur, sans base sérieuse d'information.

En dehors de ces méthodes essentiellement psychologiques, on retrouve des moyens d'action démagogique que l'on a résumés dans la formule Panem et circenses. Il est difficile ici d'évaluer la part de la démagogie et celle de la nécessité : la population de Rome augmente, or c'est un privilège d'abord des citoyens de profiter de certaines distributions gratuites. Mais le système s'aggrave et les citoyens vivant à Rome, en viennent à ne plus travailler. Certains vivent des distributions de leur patron puis les Pouvoirs publics sont obligés de procéder à des distributions gratuites de pain, d'huile,Septime severe aux jeux du cirque Sir Lawrence Alm parfois de vin. De plus cette population inoccupée, il est indispensable de la distraire pour éviter les rassemblements oisifs pouvant toujours tourner en émeute. Ce sont alors les fêtes offertes par l'empereur. Certaines années il y eut jusqu'à 175 jours de fête dans l'année. À ce moment on offre non seulement des jeux, des spectacles mais aussi on distribue du vin, des cadeaux et même des « bons-surprise ». Or, il y a très rapidement une sorte de surenchère qui se produit : chaque empereur est tenu de faire mieux que son prédécesseur. L'inauguration du Colisée fut l'occasion d'une fête continue de 100 jours sous Titus. Mais le renouvellement et l'innovation étaient évidemment difficiles ! C'étaient de vraies entreprises de popularité, mais aussi de diversion : il fallait satisfaire le peuple par là, pour l'empêcher de réagir en face du problème politique et militaire. D'autre part à l'occasion des fêtes, l'empereur entretenait un contact avec le peuple, il se faisait connaître, et en même temps il pouvait ressentir le niveau de sa popularité.

 

(1) PICARD, Auguste et Néron, le secret de l'Empire, 1962. BERANGER, L'aspect idéOlogique du principat.

(2) LANA, Velleio Patercolo 0 della propaganda, 1952 .

 

Source : Histoire de la propagande , Jacques Ellul, éd. P.U.F.

 

Image : Septime Sévère aux jeux du cirque par sir Lawrence Alma-Tadema

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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 12:46

L'Histoire, la notre tout particulièrement, est aujourd'hui fort malmenée. Entre idéologues, escrocs, révolutionnaires et idiots utiles (journalistes, présentateurs TV, enseignants et même, et surtout, des gens diplomés d'Histoire, victimes - souvent consentantes - de l'enseignement des écoles de la République), notre Histoire est très souvent falsifiée à des fins de manipulation, plus particulièrement de culpabilisation et d'absence de fierté patriotique. Rares sont les jeunes, et les moins jeunes aussi d'ailleurs (car l'entreprise de destruction de l'identité nationale ne date pas d'aujourd'hui), à ne pas être prisonnier d'un sentiment de culpabilité face à notre passé colonial, l'esclavagisme, notre attitude lors de la première puis seconde guerre mondiale (les fameuses heures sombres de notre histoire).

Dieu merci, il existe encore de véritables historiens, des gens intelligents, sérieux, honnêtes, courageux qui étudient et parlent d'Histoire objectivement, sans juger, sans sélectionner, sans parti-pris, n'hésitant pas s'opposer aux menteurs (hélas, systématiquement au dépend de leur carrière), n'hésitant pas à avouer leurs erreurs, leur façon de voir les choses...

Daniel Lefeuvre faisait parti de ces Historiens.

Ayant eu la chance de le rencontrer, j'apporterai ma modeste contribution à sa mémoire, en témoignant de sa gentillesse, de son humilité et de son professionalisme.

Dans le quotidien Présent daté du samedi 28 décembre 2013, Jean-Paul Angelleli lui rend hommage et le présente à ceux qui ne le connaissait pas, mais qui vont je l'espère découvrir son travail. Un travail qui avait été d'ailleurs fort utile à la rédaction de l'article : "France -Algérie Vérités historiques.

 

 

 

Daniel Louis Lefeuvre est décédé le 4 novembre à Paris à 62 ans, frappé depuis des années par une maladie implacable qu’il supportait avec courage… comme on pouvait s’en rendre compte si on le rencontrait. Ce qui fut mon cas lors d’un congrès algérianiste. D’autres qui l’ont mieux connu en témoigneront.

Daniel Lefeuvre était professeur d’histoire à l’Université Paris 8 Saint-Denis où il a exercé jusqu’à sa mort. Venant d’un milieu populaire, il avait gravi tous les échelons d’une carrière universitaire remarquable. Sous la direction de Jacques Marseille il s’était spécialisé dans l’histoire coloniale. Au sens large du terme, mais l’Algérie était privilégiée… Un terrain très risqué et occupé surtout dans les médias par les ennemis de l’oeuvre coloniale française sous la houlette du maître Stora qui vient d’être nommé inspecteur général de l’éducation nationale. Le commentaire est superflu.

Les travaux de Daniel Lefeuvre ont été considérables. Cours, colloques, entretiens, etc. Il avait fondé avec deux amis, Michel Renard et Marc Michel, une revue Etudes Coloniales consultable sur internet (à remarquer qu’il n’utilise pas le mot infamant « colonialisme »). Je conseille de la consulter car dès le 5 novembre elle a publié une longue et émouvante biographie du disparu. Pour ma part j’insisterai sur trois de ses livres.0180.jpg

Le premier est tiré de sa thèse : Chère Algérie – La France et sa colonie, 1930-1962 (Flammarion, 2005). Jacques Marseille l’a préfacé. Il avait eu le grand mérite de tirer Daniel Lefeuvre de son militantisme communiste, qu’il ne cachait pas. Son titre, je crois, a été mal compris. Daniel Lefeuvre en effet n’avait pas caché qu’il proposait une histoire « nuancée et critique de ce pan tragique de notre passé colonial » en sachant qu’il heurterait les « partisans de la commémoration nostalgique comme les tenants d’une “repentance” mal entendue ». Pour le reste, ce gros livre (500 pages) est un travail de haute qualité documentaire à partir du dépouillement d’archives dont Daniel Lefeuvre était passionné… Lu et relu, on peut en discuter certains aspects. Mais il n’y a rien de diffamatoire.C’est une analyse positive d’un grand échec.Pour-en-finir-avec-la-repentance-coloniale-Daniel-Lefeuvre

A noter l’apparition du terme « repentance ». On le retrouve dans son second livre, Pour en finir avec la repentance coloniale (Flammarion, 2006). Cette fois-ci Daniel Lefeuvre disait ce qu’il avait sur le coeur depuis longtemps. Sans tomber dans une hagiographie sulpicienne à propos de la colonisation, il s’élevait avec

vigueur contre la mafia universitaire qui s’acharnait contre elle et depuis des décennies sans grand risque. Ce livre fut une explosion dans l’enseignement supérieur, d’autant qu’il eut du succès et fut réédité en poche.

En 2008 avec Michel Renard, Lefeuvre publia Faut-il avoir honte de notre identité nationale ? où il s’inquiétait de la disparition de l’Etat nation et citait de nombreux0181.jpg auteurs, surtout historiens, de Michelet à Nora en passant par Bainville, Chaunu, etc., qui avaient traité de l’identité française au cours de notre histoire…

Outre les livres, Lefeuvre n’hésitait à frapper fort et haut. C’est ainsi que les Etudes Coloniales ont publié ce qu’il pensait dans une émission d’Itélé de la loi Taubira de 2001 à propos de l’esclavage et de la traite, qualifiés de « crimes contre l’humanité ». Il faisait remarquer que son sujet simplifié ne condamnait que la traite européenne disparue au XIXe siècle mais pas les traites inter-africaines et surtout les traites arabes qui ont sévi jusqu’au XXe siècle. Quant au crime contre l’humanité, c’est une notion (justifiée) apparue mais en en 1945 à Nuremberg…

A l’occasion, suivant l’actualité, il publiait des critiques sévères et vérifiées. Par exemple sur l’Algérie (fin 2012, le voyage de Hollande) il pulvérisait les insanités historiques algériennes de l’Algérie post 1962 plaisamment colportées en métropole par leurs idiots utiles français. Evidemment tout ceci (et j’ai dû faire un choix) devait se payer un jour ou l’autre et c’est tout récent.

Voici l’affaire. L’université de Reims avait organisé les 7 et 8 novembre un colloque sur0182.jpg les troupes coloniales, surtout en 14-18… Daniel Lefeuvre y était invité. A juste titre. Il connaissait le sujet. Notamment parce qu’il avait découvert dans des archives qu’à Nogent-sur-Marne durant la Première Guerre mondiale l’hopital s’était spécialisé dans le traitement des blessés « coloniaux » noirs et arabes… En 1919 un monument traditionnel, une « kouba », avait été édifié en hommage aux morts. Ce monument avait disparu mais Daniel Lefeuvre s’était mis en tête de le faire reconstruire. Avec ténacité et efficacité (car cela dura des années) il y parvint et la nouvelle kouba fut inaugurée solennellement en avril 2011.

Ce qui suit est affreux et a soulevé en moi une colère qui ne s’est pas calmée…

Oyez ! Contre la présence de Daniel Lefeuvre et de ses amis Michel et Renard, il y eut une pétition. Je n’ai pas les noms des pétitionnaires mais je propose de (courts) extraits de leur protestation publiée dans L’Union de Reims du 18 octobre. D’abord les pétitionnaires s’indignaient de la venue du trio avec menace de boycott. Comme cela plus de dialogue en direct : Lefeuvre et ses amis incarnaient « une idéologie coloniale très marquée à droite ». Madame Hazan, maire socialiste de Reims, en prenait pour son grade. Elle était soupçonnée de complicité… Lefeuvre et ses amis étaient des « révisionnistes » qui à Reims seraient « légitimés ». D’ailleurs ils sont « des idoles des journaux de droite et d’extrême droite ». Dénonciation ne s’accompagnant d’aucun titre cité.

Il y a plus sinistre et écoeurant. Un historien (qui n’est pas nommé) lance contre Lefeuvre le jugement qui tue surtout en ce moment : Daniel Lefeuvre a omis « la question raciale de la colonisation. Il y a bien une échelle de races à la base de la colonisation ». Et pour se couvrir l’historien ajoute : « il ne s’agit pas de culpabiliser éternellement l’homme blanc de s’être cru supérieur à un moment de son histoire »… mais comme ça on peut mieux l’écraser.

Les autorités universitaires et Madame le Maire n’ont pas cédé et ont maintenu l’invitation mais Daniel Lefeuvre n’a pu y répondre vu son état qui s’était aggravé… Ce dernier combat aurait été extraordinaire. Daniel Lefeuvre connaissait bien les cloportes qui le salopaient. Ils en auraient pris pour leur grade.

Le colloque a eu lieu (voir L’Union de Reims du 7 novembre) mais devant une maigre assistance. L’intimidation avait réussi. Une salle presque vide ; pas de maire (où étaient ses adjoints), aucun élu (il n’y en a pas de droite ?), pas de président d’université. Le sous-préfet lui a rendu hommage honnêtement… Le doyen de la faculté a réhabilité le terme « révisionnisme » du disparu et rappelé que ce n’était pas une injure au moment de l’affaire Dreyfus. Philippe Buton, professeur d’histoire à Reims, a été plus direct. Il a fustigé « la rumeur et la calomnie » visant les invités. Il avait auparavant protesté contre la pétition publiée dans L’Union, la qualifiant « des bruits de sanitaires indignes d’un journal d’information ». Chapeau !

A mon avis ce scandale (c’en est un) a été étouffé. Il faut le révéler le plus possible. Au-delà des responsables, il jette une lumière crue sur des gens abjects. Pour être poli… Loin du bruit de la fureur Daniel Lefeuvre, lui, glissait dans la mort… Il avait encore à dire, comme cette « Histoire des Français d’Algérie » qu’il avait commencée. Il les connaissait mieux en participant à leurs réunions algérianistes. A Thierry Rolando, leur président, il avait confié qu’il avait vu son père pleurer en entendant « les Africains »… La camarde l’a brutalement emporté. Nous laissant dans le désarroi et le chagrin. Il reste sa mémoire, son oeuvre si riche et ses nombreux et divers amis qui se sont rassemblés ce 12 novembre à l’hôpital Lariboisière avant son inhumation dans la Creuse. Il faut conclure. Adieu Daniel.

 

17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 10:42

2. La propagande de politique intérieure, sous la République.

 

 Celle-ci apparaît plus tardivement que l'action psychologique extérieure. On ne peut pas dire que dans le conflit entre patriciens et plébéiens il y ait eu vraiment de la propagande et la fameuse histoire de Ménénius Agrippa ne relève que de l'apologue et non de l'action psychologique. Il semble que la propagande commence réellement avec les Gracches. Mais pendant le IIè et le 1er siècle, il y a un déchainement de propagandes diverses. Il faut examiner les types, les moyens et le rapport entre propagande et partis politiques.

Les types de propagande. - Remarquons d'abord que cette propagande vise Rome seulement. Nous trouvons une propagande à caractère social et idéologique, propagande d'agitation fondée sur l'existence de divisions sociales, comportant un contenu social et agissant sur des sentiments populaires spontanés. Puis nous rencontrons une propagande nationale : propagande d'intégration, manifeste surtout avec Cicéron, destinée à transcender les oppositions sociales. Elle comporte un contenu idéologique considérable, et cherche à créer des mythes de rassemblement de tous les Romains : le mythe de la République au-dessus des partis, le commencement du mythe de Rome, le mythe des origines de Rome et de la signification de son histoire, la valeur suréminente de l'armée sur qui repose la gloire de Rome, etc. Enfin nous avons le type de la propagande à contenu purement politique, soit électorale, soit partisane, soit simplement individuelle. Celle-ci est d'abord liée au système électoral des magistratures. Mais tant qu'il s'agit de propagande électorale elle est au début à peine une propagande. Elle ne devient violente et extrême que lorsque l'homme politique cherche à obtenir une majorité à la fois absolue et durable, c'est-à-dire à dépasser la limite normale de son mandat. Alors se produit l'alliage entre démocratie et pouvoir absolu d'un homme, ce qui est le régime le plus favorable à la propagande. Cette propagande est de type vertical, elle suppose l'existence d'un chef sur la personnalité de qui repose la propagande. Celle-ci joue sur les passions actuelles. Mais, sauf exception, avec Sylla, et peut-être avec César, il ne s'agit pas d'un maniement systématique de la foule. Cette propagande n'est pas (comme le type précédent), créatrice d'images et de symboles : elle utilise des éléments de violence (propagande de puissance) mais surtout des données préexistantes dans l'opinion (la popularité d'un homme qui naît spontanément à la suite d'une victoire) . Elle utilise alors en outre très largement des mythes religieux et des croyances anciennes en les adaptant à la situation actuelle (1) .

Les moyens de la propagande. - Je ne pense pas que les fêtes données par des magistrats ou les triomphes des généraux aient été au début des moyens de propagande. Ce sont des institutions à caractère plus ou moins sacré, célébration de la victoire, fête reliée à la fête de la société primitive. Ce ne sont pas des moyens destinés à manipuler l'opinion. Toutefois au 1er siècle le triomphe dans les guerres civiles devient un moyen de propagande, moins par la cérémonie elle-même, que par le rattachement au vainqueur de ceux qui dépendent de son pardon (2) . Auguste emploiera très largement ce système d'influence sur l'opinion publique. Le discours semble avoir eu une grande importance, du moins lorsqu'il n'est pas simplement d'ordre électoral, mais concerne l'appel au peuple que, primitivement, l'on ne peut exercer que pour une question très grave. En principe le discours appelle le peuple à prendre une décision. Après Tiberius Gracchus il s'agira dans ces appels au peuple d'entraîner l'opinion populaire, soit pour déroger aux lois, soit pour faire pression sur le Sénat, soit même pour le soulever. Dès lors le discours au peuple devient un moyen d'agitation. Il faut également ranger parmi les moyens de propagande les lois de surenchère, présentées par un homme politique pour acquérir la faveur du peuple (abaissement des prix du blé), la loi de Majesté de Marius, les distributions de terres, etc. Puis les manœuvres électorales : corruption (les candidats essaient de s'attacher des chefs de groupes), pressions par promesses et menaces au moment même du vote sur chaque citoyen s'avançant pour voter (les agents électoraux faisaient prendre, de force des tablettes de vote toutes prêtes). De plus, rappelons les affiches : ce sont des inscriptions qui sont comparables à nos affiches électorales, avec des promesses, et la louange des qualités du candidat. Il faut enfin souligner le commencement de l'usage de la littérature : on a bien montré que les divers écrits et commentaires de César étaient essentiellement des œuvres de propagande, et que César a parfaitement réussi dans sa création d'un certain portrait de lui-même et de l'histoire des événements (3).

Propagande et partis politiques. - En réalité le moyen de propagande le plus important est le parti. Celui-ci a commencé par être une bande aux ordres d'un chef, pour des tâches diverses, y compris l'assassinat politique (ainsi la bande utilisée par Scipion Nasica). À partir de là se constituent des groupes constitués par des affranchis (redevables à leur patron de certains services parmi lesquels un devoir général, non monnayé, d'obéissance), et des clients (d'un type un peu différent de celui de la clientèle primitive) . C'est autour de ce noyau attaché à un chef de grande famille que se constituent peu à peu de véritables partis. Ceux-ci seront alors purement personnels, puisqu'ils se recrutent à partir du lien de patronat, mais avec Sylla et Marius se forment des partis plus larges, que l'on a pu qualifier de « Sénatorial » et de « Démocrate ».  Ces partis n'ont pas vraiment d'adhérents. Ils ont une certaine organisation, une certaine structure, avec des propagandistes, des racolleurs, qui agissent au moment des élections, ou des troubles, en cherchant à recruter des électeurs. Les chefs politiques principaux mettent souvent à la tête de ces organisations des hommes douteux sur qui ils ont prise (ainsi Cicéron pour Milon, ou César pour Clodius). Ces partis sont donc des machines de propagande.

Les partis politiques auront leur plein essor de propagande pendant la guerre civile. À ce moment les partis développent un goût très vif dans la population pour la participation politique par une propagande intense. Il s'agit d'arriver à mettre toute une population « en « condition ». Cette propagande qui essaie d'obtenir l'adhésion de l'opinion quant au bien-fondé de la guerre civile, est caractérisée, quant au fond, par la diffusion d'idéologies. Quant aux formes, nous trouvons l'utilisation des Fasti, des Acta, des Edicta - la diffusion d'œuvres littéraires partisanes, passionnées, et de Rumores - enfin on commence à utiliser les pièces de monnaies comme support de propagande : on y grave le portrait de l'homme d'Etat en vedette, un symbole, un slogan. On a pu dire que les chefs de la guerre civile se sont livré une guerre des monnaies et des statues (4).

 

 

(1) JAL, La propagande religieuse de Rome au cours des guerres civiles de la fin de la République, Antiquité classique, 1961.

(2) GAGÉ, Les clientèles triomphales de la République romaine, Revue historique, 1957.

(3) RAMBAUD, L' art de la déformation historique dans les Commèntaires de César (Annales de l'Univ. de Lyon, 1953).

(4) JAL, La guerre civile à Rome, 1963.

 

Source : Histoire de la propagande, Jacques Ellul éd. P.U.F.

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 19:35

Les païens aux chrétiens : Vous êtes des hors-la-loi

 

Dans sa lettre à Trajan, Pline se demande si l’on doit punir en tant que tel « le nom de chrétiens ». Mais, jusqu’au moment où il a « suspendu » les instructions contre les chrétiens « pour recourir à l’avis (de l’empereur) », il n’a pas été inactif. Voici son rapport sur les mesures qu’il a cru de voir prendre.

« En attendant, voici la règle que j’ai suivie envers ceux qui m’étaient déférés comme chrétiens. Je leur ai demandé à eux-mêmes s’ils étaient chrétiens. À ceux qui avouaient, je l’ai demandé une seconde et une troisième fois en les menaçant de supplice ; ceux qui persévéraient, je les ai fait exécuter : quoi que signifiât leur aveu, j’étais sûr qu’il fallait punir du moins cet entêtement et cette obstination inflexibles. D’autres, possédés de la même folie, je les ai, en tant que citoyen Romain, notés pour être envoyés à Rome... Ceux qui niaient être chrétien ou l’avoir été, s’ils invoquaient les dieux selon la formule que je leur dictais et sacrifiaient par l’encens et le vin devant ton image que j’avais fait apporter à cette intention avec les statuts des divinités, si, en outre, il blasphèmeaient le Christ - toutes choses qu’il est, dit-on, impossible d’obtenir de ceux qui sont vraiment chrétiens -j’ai pensé qu’il fallait les relâcher. (Lettre X, 96, 2-5)

A noter la prudente incise de Pline : « quoi que signifiât leur aveu ». Sa manière d’agir n’entendait nullement préjuger de la solution « au fond ». Mais elle avait de mobiles. Le premier, d’ordre rationnel : il faut absolument empêcher qu’un vent de « folie » souffle sur l’Empire et il est une « obstination » que le pouvoir ne saurait tolérer. Quant au second mobile, il venait d’un souci d’efficacité : enrayon le mal pendant qu’il est encore temps.

... « J’ai suspendu l’information pour recourir à ton avis. L’affaire m’a paru mériter que je prenne ton avis, surtout à cause du nombre des accusés. Il y a une foule de personnes de tout âge, de toutes conditions, des deux sexes aussi, qui sont ou seront mises en péril. Ce n’est pas seulement à travers les villes, mais aussi à travers les villages et les campagnes que s’est répandue la contagion de cette superstition ; je crois pourtant qu’il est possible de l’enrayer et de la guérir ». (Lettre X, 96,9)

Cependant, plus puissant encore que les mobiles invoqués par tel gouverneur, il y a une question de principe qui n’a pas plus à être justifié que la raison d’État et ramène tous les préalables aux problèmes d’identité. On n’a pas le droit de se nommer chrétien parce qu’on n’a pas le droit d’être chrétien. Tout chrétien est donc passible d’être poursuivi dans la mesure où il est celui qui se nomme chrétien pour se définir.0177.jpg

 

Les chrétiens aux païens : Seuls nos actes nous jugent

 

Tertullien : vous nous interdisez pratiquement  d’« exister ».

« Et d’abord, quand vous posez, en vertu de la loi, ce principe : « il n’est pas permis que vous existiez », et que vous nous proposez cette fin de non-recevoir sans aucune considération d’humanité, vous faites profession de violence et d’une domination inique, comme un tyran qui commande du haut de sa citadelle, si du moins vous prétendait que cela ne nous est pas permis par ce que telle est votre bon plaisir, et non pas parce qu’en effet cela ne devait pas être permis ». (« Apologétique » IV, 4)


La procédure d’exception appliquée contre nous contredit la juridiction romaine.

… « S’il est certain que nous sommes de grands criminels, pourquoi sommes-nous traités autrement par vous-même que nos pareils , c’est-à-dire que les autres criminels ? En effet, si le crime est le même, le traitement devrait être aussi le même. Quand d’autres sont accusés de tous ces crimes dont on nous accuse, ils peuvent, et part en même et par une bouche mercenaire, prouver leur innocence ; ils ont toute liberté de répondre, de répliquer, puisqu’il n’a jamais permis de condamner un accusé sans qu’il se soit défendu, sans qu’il ait été entendu. Aux chrétiens seuls, on ne permet pas de dire ce qui est de nature à réfuter l’accusation, à soutenir la vérité, à empêcher le juge d’être injuste ; on attend qu’une chose, celle qui est nécessaire à la scène publique : l’aveu de leur nom, et non une enquête sur leur crime. » (« Apologétique » II, 1-3)


Vous préjugez de nos « crimes » au lieu de les prouver.

… « Voici un autre point où vous ne nous traitez pas non plus d’après les formes de la procédure criminelle : quand les autres accusés nient, vous leur appliquez la torture pour les faire avouer ; aux chrétiens seuls vous l’appliquez pour les faire nier. Et pourtant, s’il y avait crime, nous nierions et vous auriez recours à la torture pour nous forcer d’avouer. Et en effet, ne dites pas que vous croiriez inutile de rechercher par la torture les crimes des chrétiens, par ce que l’aveu du nom de chrétiens vous donnerait la certitude que ces crimes sont commis : car vous-même, chaque jour, si un meurtrier avoue, bien que vous sachiez ce que c’est que l’homicide, vous lui arrachez par la torture les circonstances de son crime. Et puisque vous présumez nos crimes par l’aveu de notre nom que, il est doublement contraire aux règles de la justice de nous forcer par la torture à rétracter notre aveu ; car avec notre nom vous nous faites nier, sans aucun doute, tous les crimes que l’aveu du nom vous avait fait présumer. » (« Apologétique » II, 10-11)

 

Justin : Il  faut nous juger sur nos actes.

« Mais, dira-t-on, des chrétiens ont été arrêtés et convaincus de crime. Sans doute, lorsque vous examinez la conduite des accusés, il vous arrive souvent dans condamner beaucoup, mais non pas parce que d’autres ont été cités avant eux. Voici un fait général que nous reconnaissons : de même que chez les Grecs, tout le monde appelle communément philosophe ceux qui exposent des doctrines qui leur plaisent, quelque contradictoires qu’elles puissent être, ainsi, chez les barbares, ceux qui sont ou passent pour sages ont reçu une dénomination commune : on les appelle tous chrétiens. Si donc on les accuse devant vous, nous demandons qu’on examine leur conduite et que celui qui sera convaincu soit condamné comme coupable, mais non pas comme chrétiens : si quelqu’un est reconnu innocent, qu’il soit absous comme chrétien, puisqu’il n’est en rien coupable. Nous ne vous demandons pas de sévir contre nos accusateurs : ils sont suffisamment punis par la conscience de leur perfidie et de leur ignorance du bien ». (« Première Apologie », 7)


Tertullien : Et si vous parveniez à nous arracher un reniement plus ou moins sincère de notre foi, qu'y gagneriez-vous ?

« Pas un juge ne désire acquitter le criminel qui avoue (…). C’est aussi pourquoi on ne contraint personne de nier. Un chrétien, tu le crois coupable de tous les crimes, ennemi des dieux, des empereurs, des lois, des mœurs, de la nature entière, et tu le forces de nier, pour l’acquitter, ne pouvant l’acquitter que s’il nie. Tu trahis les lois ! Tu veux qu’il nie son crime, pour le rendre innocent, et cela malgré lui, et voilà son passé même pur de tout crime ! D’où vient cet étrange aveuglement qui fait que vous réfléchissez même pas qu’il faut plutôt croire un accusé qui avoue spontanément que celui qui nie par force ; et que vous ne vous demandez pas si, contraint de nier, il ne nie pas sans sincérité et si, absous, à l’instant même, après avoir quitté le tribunal, il ne rira pas de votre haine, chrétien comme devant ? (« Apologétique » II, 16-17)

 

Un illogisme criant

« Si vous faites une enquête sur quelque criminelle, il a beau s’avouer homicide, ou sacrilège, ou inceste, ou ennemi public -pour ne parler que des crimes dont nous sommes les inculpés -cet aveu ne vous suffit pas pour prononcer aussitôt… Avec nous, rien de semblable, et pourtant il faudrait également nous arracher par la torture l’aveu de ses crimes qu’on nous impute faussement : de combien d’infanticide chacun a déjà goûté, combien d’inceste il a commis à la faveur des ténèbres ; quels cuisiniers, quels chiens ont assisté. Quelle gloire pour un gouverneur, s’il déterrait un chrétien qui aurait déjà coûté de cent petits enfants ! » Tertullien « Apologétique » II 4-5

 

Source : 2 000 ans de christianisme, éd. Livre de Paris Hachette

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 09:23

Les païens aux chrétiens : votre nom vous comdamne

 

Au cours du Ier siècle seulement une de « superstition nouvelle maléfique de progresser par un groupe de gens appelés « chrétiens » (Suétone, « Vie de Néron » 16,2).

« Superstition », donc caricature de religion, mettant celle-ci en danger. « Nouvelle », donc menaçantes pour la stabilité de l’ordre de l’État. « Maléfique », c’est-à-dire malfaisante de plus ou moins apparentés à la. Or Rome se méfie terriblement de la magie.

Pour l’historien Suétone, la lutte contre cette « superstition » fait partie des mesures prises par Néron contre le désordre, de quelque nature qu’il soit : ces mesures contre la limitation du luxe jusqu’à la mise à l’écart des mimes en même temps que de leurs partisans, et celles qui visent les chrétiens se trouvent entre la réglementation des denrées servies dans les cabarets et la répression des abus ayant pour origine les conducteurs de quadrige !

Tout il ne s’agit donc pas de défendre la religion païenne en tant que tel. Tacite nous révèle d’ailleurs que le but de l’empereur est essentiellement son populaire lui attribuant l’incendie de Rome de cette année 64. Mais Tacite finit lui aussi par légitimer les mesures prises contre les chrétiens en invoquant les exigences générales du maintient de l’ordre :

« Réprimée sur le moment (sous le principat de Tibère), cette funeste superstition percait de nouveau, non pas seulement en Judée, ou le mal avait prit naissance, mais encore dans Rome ou tout ce qu’il y a d’affreux ou de haut dans le monde influe et trouve une nombreuse clientèle »(Annales » XV, 44). N’était-il pas naturel d’essayer malgré tout de préserver la capitale du danger ?

Mais quel est le danger ? Ni Tacite ni Suétone ne précisent pour quels « crimes » sont châtiés les chrétiens. On se contente de dire que « ces crimes font détester ceux que la foule appelle chrétiens ». Le seul nom de chrétiens suffit à les faire soupçonner d’être capable de tout.

C’est bien, en tout état de cause, ce qui ressort de la fameuse lettre envoyée près d’un demi-siècle plus tard à l’empereur Trajan par Pline le Jeune, alors gouverneur de la province de Bithynie.

« Je me demande, écrit-il, si l’on punit le seul nom de chrétiens, en l’absence de crimes, ou (si l’on punit) les crimes qu’implique le nom ».

La réponse de l’empereur est passablement ambiguë : il ne faut pas accepter les dénonciations anonymes faites à l’encontre des chrétiens ; néanmoins « il faut condamner » toute personne « convaincue » de données dans cette superstition et qui n’accepte pas de la renier en sacrifiant aux dieux. Conclusion pratique, tout à fait en accord avec la manière d’agir de Pline : il suffit de s’affirmer nommément chrétien pour être condamné.

Une dizaine d’années plus tard, le rescrit de l’empereur Hadrien au proconsul d’Asie Minucius Fundamus va toujours dans le même sens : le « nom chrétien » fait de celui qui le porte un criminel ; par contre, la calomnie ne peut être acceptée comme arme contre les chrétiens et doit être sévèrement réprimé :

« Si quelqu’un accuse les chrétiens et prouve qu’ils agissent contrairement aux lois, décide selon la gravité de la forte. Mais, par Hercule ! Si quelqu’un allègue cela par calomnie, prononce un verdict sur sa criminelle conduite et aie le soucie de la punir ».

Décidément le problème n’est pas simple : d’une part on condamne le « nom criminel », d’autre part on oblige les accusateurs à prouver les crimes de ceux qui se disent chrétiens ! La porte est ainsi ouverte à toutes les attitudes, des plus tolérantes aux plus répressives. Cette diversité de traitement des chrétiens et d’ailleurs aussi bien le fait de magistrats que le fait du peuple. Ce qui nous amène tout naturellement à essayer de passer contradictoirement en revue les griefs précis imputés aux chrétiens et les répliques non moins précises de ceux-ci.

 

Réponse de Trajan à Pline :

"Mon cher Pline, tu as suivi la conduite que tu devais dans l'examen des causes de ceux qui t'avaient été dénoncés comme chrétiens. Car on ne peut instituer une règle générale qui ait pour ainsi dire une forme fixe. Il n'y a pas à les poursuivre d'office. S'ils sont dénoncés et convaincus, il faut les condamner, mais avec la restriction suivante : celui qui aura nié être chrétien et en aura par les faits eux-mêmes donné la preuve manifeste, je veux dire en sacrifiant à nos dieux, même s'il a été suspect en ce qui concerne le passé, obtiendra le pardon comme prix de son repentir. Quant aux dénonciations anonymes, elles ne doivent jouer aucun rôle dans quelque accusation que ce soit ; c'est un procédé d'un détestable exemple et qui n'est plus de notre temps."

apologetica                            

 

Les chrétiens aux païens : Notre nom ne suffit pas à nous condamner

 

Tertullien : Le rescrit de Trajan à Pline est contradictoire dans les termes.

« Trajan répondit ( à Pline) que les gens de cette sorte ne devaient pas être récherchés, mais que, s’ils étaient différés au tribunal, il fallait les punir. Oh ! l’étrange sentence, illogique par nécessité ! Elle dit qu’il ne faut pas les rechercher, comme s’ils étaient innocents, et elle prescrit de les punir, comme s’ils étaient criminels ! Elle épargne et elle sévit, elle ferme les yeux et elle punit. »

(« Apologétique » II, 7-8)


Justin : Un nom n’est ni bon ni mauvais.

« Un nom n’est ni bon ni mauvais : il faut juger les actes qui s’y rattachent. A ne considérer que ce nom qui nous accuse, nous sommes les meilleurs des hommes. Nous ne pensons pas qu’il soit juste de prétendre être absous sur notre nom seul, si nous sommes convaincus de crime ; mais en retour, si, dans notre nom et notre conduite, on ne trouve rien de coupable, votre devoir est de faire tous vos efforts, pour ne pas être répréhensibles en justice en punissant injustement des innocents ! »

(« Première Apologie » 4)

 

Athénagore : Quoi qu’on dise, nous comdamner sur notre « nom » fait l’affaire des délateurs

… « Nous, qu’on appelle chrétiens, vous ne prenez aucun soin de nous ; et, bien que nous ne commettions pas d’injustice, mais que nous nous conduisions de la manière la plus pieuse et la plus juste – comme la suite le montrera – tant à l’égard de la divinité qu’à l’égard de votre empire, vous permettez qu’on nous poursuive, qu’on nous enlève, qu’on nous chasse ; que la plupart nous combattent à cause de notre nom seul. Nous oserons pourtant vous manifester ce qui nous concerne : notre discours vous prouvera que nous souffrons injustement, contre toute loi et contre toute raison ; et nous vous demandons d’examiner en notre faveur le moyen de n’être plus les victimes des délateurs ».

(« Suplique au sujet des chrétiens » I)

 

Tertullien : Haïr notre « nom », c’est faire l’aveu de votre ignorance et de votre impuissance.

« Voici donc le premier grief que nous formulons contre vous : l’iniquité de la haine que vous avez du nom chrétien. Le motif qui paraît excuser cette iniquité est précisément celui qu’il aggrave et qu’il a, à savoir votre ignorance. Car quoi de plus inique que de haïr une chose qu’on ignore, même si elle mérite la haine ? En effet, elle ne mérite votre haine que si vous savez si elle la mérite. Si la connaissance de ce qu’elle mérite fait défaut, comment prouver que la haine est juste ? Cette justice, en effet, ne peut se prouver par l’événement, mais par la certitude intime. Quand donc les hommes haïssent parce qu’ils ne connaissent pas l’objet de leur haine, pourquoi cet objet ne serait-il pas tel qu’ils ne doivent pas le haïr ? Par conséquent, nous confondons à la fois leur haine et leur ignorance, l’une par l’autre : il reste dans l’ignorance, parce qu’ils agissent, et ils haïssent injustement, parce qu’ils ignorent ».

(« Apologétique » I, 4-5)

 

Sans même vous en rendre compte, vous reconnaissez la vertu du nom chrétien.

…  « La plupart ont voué à ce nom de chrétien une haine si aveugle qu’ils ne peuvent rendre à un chrétien un témoignage favorable sans y mêler le reproche de porter ce nom. « C’est un honnête homme, dit l’un, que Gaius Seius ; quel dommage qu’ils soient chrétiens ! » Un autre dit de même : « pour ma part, je m’étonne que Lucius Titius, un homme site éclairé , soit tout à coup devenu chrétien. » Personne ne se demande si Gallus n’est honnête et Lucius éclairé que parce qu’ils sont chrétiens, ni s’ils ne sont pas devenus chrétiens parce que l’un est honnête et l’autre éclairé ! On lourd en ce que l’on connaît, on blâme ce que l’on ignore, et, ce que l’on connaît, pour l’attaque à cause de ce que l’on ignore.

(« Apologétique » III, 1-2)

 

Théophile d’Antioche : notre « nom » et béni.

« Quant à la façon dont tu te moques de moi en m’appelant « chrétiens », tu ne sais pas ce que tu dis. D’abord, ce qui est oint est agréable, utile, et n’a rien de ridicule. Est-ce qu’un navire peut être utilisé, peut être sauf avant d’être oint ? Est-ce qu’une tour, une maison, possède de belles apparences et offre bon d’usage tant qu’elles ne sont pas ointes ? L’homme qui arrive en cette vie, ou qui va lutter, ne reçoit-il pas l’onction d’huile ? Quelle œuvre d’art, quelle parure, peut flatter l’œil sans être oint et rendu brillantes ? L’air enfin, et toute la terre Subcéleste sont pour ainsi dire oints par la lumière et le souffle. Et toi, tu ne veux pas recevoir l’onction de lui le divine ? Pour nous, c’est là l’explication de notre nom de chrétiens : nous sommes oints par l’huile de Dieu. »

(« A. Autolycos » I, 12)

 

Source : 2 000 ans de christianisme, éd. Livre de Paris Hachette

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 18:45

Nous n’avons plus l’idée aujourd’hui de la vivacité des attaques dont fut victime l’Église en ce début de second siècle. Les soupçons les plus graves, les pires calomnies pèsent sur les chrétiens. Mais ils ont une telle conscience de la justesse de leur cause qu’ils se défendent pied à pied avec courage, souvent avec ironie, toujours avec conviction.

 

Deux procès qui n’en finissent pas : celui des chrétiens par les païens, celui des païens par les chrétiens.

Ils ont commencé au tout début du christianisme. Très vite ils ont donné lieu à des « apologies », c’est-à-dire, au sens premier du mot, à des plaidoyers destinés à démontrer que l’accusé n’est pas coupable. De là à retourner l’inculpation et à transformer la défense d’un groupe d’hommes en la justification d’une vérité, le pas est vite franchi. De l’« apologie », on est passé à l’apologétique.

Dans une étude parue dans l’ouvrage 2000 ans de Christianisme, André Mandouze donne la parole simultanément aux païens et aux chrétiens.

Dans la première phase de ce débat, ce sont les chrétiens qui sont en position d’accusés ; ils risquent leur vie et, à diverses reprises, des persécutions sanctionneront effectivement par la mort la « culpabilité » des chrétiens. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit aussi d’un débat d’idées et qu’il serait injuste de faire des païens en général des hommes assoiffés de sang. L’immense majorité d’entre eux est faite d’hommes tranquilles, héritiers d’une longue tradition morale, religieuse et culturelle qu’ils craignent de voir mettre en danger par l’idéologie envahissante des chrétiens.

Ce dramatique « face-à-face » des chrétiens et des païens reposera essentiellement sur des « documents d’époque » émanant des deux parties et représentants des pièces authentiques du procès.

Sitôt engagés, « l’escalade » idéologique prit un tour agressivement oratoire entre ces0153.jpg méditerranéens naturellement avocats qu’étaient aussi bien les chrétiens que les païens. La forme même des « interventions » nous montrera qu’en ce sens du technique, il s’agit bien d’un vrai procès. D’où par exemple l’allure très délibérée de plaidoyer qui caractérise jusque dans son titre cette « Apologétique » de Tertullien à laquelle nous emprunterons d’autant plus qu’elle a systématisé au maximum la matière du débat.

Il sera d’autant plus facile de classer les différents chefs d’accusation sous des rubriques très précises que au-delà de la personnalité des vedettes -chrétiennes ou païennes -du procès, le débat lui-même avait tendance à s’organiser suivant certaines lignes de force qui, la polémique aidant, devinrent des « slogans » auxquelles répondirent bien vite les slogans inverses. En gros, c’est toujours les mêmes choses que, obéissant plus ou moins à de vagues rumeurs, les païens reprochent aux chrétiens. Et c’est donc, à quelques variantes près, la même chose que les chrétiens réplique aux païens. Aussi, dans le montage du scénario, la chronologie des séquences n’est nullement déterminante. Ce qui veut dire que la parole sera donnée aux personnages dans l’ordre strict où ils sont apparus sur la scène de l’histoire.

Il faut même mettre en garde le lecteur contre les apparences trompeuses d’un ordre rigoureusement chronologique - ou géographique - qui cacherait les chassés-croisés du débat. Les ripostes fulgurantes sont aussi beaucoup moins nombreuses que les contre-attaques à retardement.

Le débat qui va suivre va de la première persécution des chrétiens à Rome en soixante-quatre, sous Néron, jusqu’à l’accord milanais (313) des empereurs Constantin et Licinius pour reconnaître aux chrétiens et à l’Église le droit à l’existence légale. Cette période de deux siècles et demi est par excellence la période des « apologistes ».

Du fait que l’accusateur et, plus encore, le bourreau sont toujours impopulaires, on comprendra facilement que la justice se porte plus spontanément du côté des victimes, c’est-à-dire des chrétiens. Encore une fois, il conviendra de tenir compte non seulement du fait que les documents produits sont forcément partiaux (puisque la plupart du temps nous ne connaissons les écrits païens qu’à travers les répliques chrétiennes, mais aussi du fait que les païens ne formaient pas un front indissoluble face à ce « phénomène chrétien » qui pourtant leur apparaissait à tous comme une contestation radicale de leur existence.

Ainsi, compte tenu du caractère souvent unilatéral des documents, la connaissance de l’histoire de l’Eglise ancienne et de son interprétation par les païens est indissolublement liée à la connaissance du Bas-Empire païen et de son interpellation par les chrétiens.

 

Image : Portrait funéraire du chrétien Ammonius Saccas

 

Source : 2000 ans de christianisme, éd. Livre de Paris Hachette

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 01:57

Les Massacres de Septembre sont une suite d’exécutions sommaires qui se sont déroulées du 2 au 6 ou au 7 septembre 1792 à Paris. Des massacres semblables ont également eu0126.jpg lieu dans le reste de la France (à Orléans, à Meaux, à Reims ou à Versailles), mais font beaucoup moins de victimes sur une plus longue durée, donc avec une bien moins grande intensité.

Parmi les victimes figure la princesse Marie-Thérèse de Lamballe (42 ans), ancienne confidente de la reine, connue pour être aussi belle que vertueuse ! Elle avait été enfermée à la prison de la Force après avoir accompagné la famille royale à la prison du Temple. Son corps est mis en lambeaux par les émeutiers. Sa tête, plantée au bout d'une pique, est promenée sous la fenêtre de la cellule de la reine ! Avec ces massacres, la Révolution française entre dans sa phase la plus violente...

 


 

3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 09:57

Au cours du IIIè siècle, les attaques répétées des peuples « barbares » fragilisent les frontières romaines. Les empereurs successifs s’engagent alors dans des réformes administratives, militaires et financières qui modifient en profondeur la carte de l’Empire

 

Dès la fin du IIIè siècle, l’Empire romain doit faire face à la pression constante des peuples « barbares » notamment d’origine germanique, sur les frontières occidentales, le Rhin et le Danube. Pour répondre plus rapidement à la menace, le pouvoir impérial se divise jusqu’à la création par Dioclétien d’un régime original, mais peu viable en raison de sa complexité, la Tétrarchie, qui le répartit simultanément entre quatre empereurs. C’est Constantin qui, par sa victoire à Andrinople sur son dernier rival Licinius en 324, rassemble de nouveau la totalité du pouvoir entre ses mains, en Orient comme en Occident.

 

Résidences impériales et nouvelles capitales


Cet empire est avant toute une civilisation urbaine et les villes qui ont toujours joué un rôle essentiel. Les mutations politiques de la fin de l’Antiquité ne peuvent donc manquer d’avoir des répercussions notables en ce domaine. L’archéologie comme les textes antiques nous informent sur ces transformations : plusieurs auteurs, au IVème et au Vème siècle, ont dressé le catalogue des villes remarquables. Ainsi, l’Ordo urbium nobilium du poèteAusone, ou encore un texte anonyme, l’Expositio totius mundi et gentium, les classentP1050700.JPG par importance. Les images elles-mêmes reflètent cet intérêt des contemporains : le Calendrier de 354, un manuscrit illustré connu seulement par des copies plus récentes, s’ouvre par quatre personnifications de ville, Rome, Constantinople, Trèves et Alexandrie ou Carthage. La répartition globale des villes n’évolue guère tout au long de cette période : aucune disparaît, et le IVème siècle n’est pas, comme on l’a parfois pensé pour la plupart d’entre elles, un temps de décadence. En revanche, bien peu se créent : il faut attendre le VIème siècle, soit nettement plus tard, pour trouver un exemple de fondation de ville ex nihilo, celle de Justiniana Prima, aujourd’hui Caricin Grad en Serbie, sur le lieu de naissance de l’empereur Justinien. Toutefois il est certain que les invasions « barbares » ont eu des conséquences désastreuses sur bien des villes, en Gaule notamment.

De fait, quelques très grandes villes vont jouer un rôle marquant dans l’histoire et la culture de l’Antiquité tardive et dans l’imaginaire des contemporains. Bien sûr, Rome revêtus d’une très forte valeur symbolique et dont le caractère éternel est volontiers réaffirmé sur les monnaies (Roma aeterna) : sa prise par les Goths d’Alaric, en 410, va bouleverser tous les observateurs et semblera à beaucoup annonciatrice de la fin de l’univers. Mais également Constantinople, la nouvelle capitale fondée en 330 qui ne jouit pas encore d’un grand prestige au IVème siècle, Alexandrie en Égypte et Antioche en Syrie, de grandes métropoles, centre d’effervescence intellectuelle et religieuse, Carthage en Afrique, bilan et Trèves, puis Ravenne ou Arles, en Gaule.

Le nombre considérable d’empereur propre au régime de la Tétrarchie et les fréquents déplacements des souverains entraînent la multiplication des résidences impériales, parfois temporaire, parfois pérenne : Rome, trop loin des frontières, n’a plus guère de rôle politique. Au IVème siècle, elle se trouve remplacée par Milan, situé, elle, à un carrefour de voies stratégiques. L’empereur y réside de manière presque permanente et la cour s’y installe, avec tout ce que cela implique : construction de résidences pour ses membres, présence d’une foule nombreuse de serviteurs et de soldats, développement d’un artisanat de luxe telle l’orfèvrerie et le travail de l’ivoire pour satisfaire la riche clientèle qui gravite autour de l’empereur. Une résidence impériale comprend la plupart du temps un palais, accompagné parfois d’un hippodrome destiné aux courses de chevaux, ce type de spectacle étant l’occasion d’un contact privilégié entre l’empereur et ses sujets. Il en est ainsi à Milan, à Sirmium (Serbie), à Thessalonique, à Constantinople ou à Antioche.

 

Urbanisme et édifices de l’Antiquité tardive


Toutes ces villes, les plus grandes comme celle de moindre importance, possède des éristiques communes, fixée déjà sous le Haut-Empire. Urbanisme est souvent régulier, en Orient notamment ou de Grande rue à portiques, langue parfois de plusieurs kilomètres et larges de plusieurs dizaines de mètres, en constituent les axes principaux. S’y ajoutent des monuments publics imposants, termes, théâtre, hippodrome, ainsi que de grandes demeures pour les plus riches. En outre, à partir du règne de Constantin et de la Paix de l’Église, Séville se couvrent d’églises monumentales, bâties sous l’impulsion de l’empereur ou d’évêques entreprenants, et somptueusement décoré. Beaucoup d’entre elles abritent des reliques vénérées : la tombe de l’apôtre Pierre à Rome, la tunique du Christ à Trèves, un fragment de la Sainte-Croix à Apamée. Progressivement, la nouvelle religion marque le paysage urbain alors que les temples désaffectés, deviennent de véritables musées ou sont purement et simplement détruits par des chrétiens : c’est le cas du grand temple aura Kugler de Zeus Belos à Apamée, rasée jusqu’aux fondations à l’instigation de l’évêque Marcel vers la fin du IVème siècle. Ce mouvement de ne s’opère que peu à peu, selon les rapports de force qui s’instaurent entre les diverses communautés selon les espaces urbains disponibles.

 

Identité des villes antiques


De nombreuses villes, parmi les plus grandes, possèdent une physionomie spécifique, fruit à la fois d’une longue évolution et de la puissance des traditions locales. En Orient, elles manifestent un fort esprit d’indépendance, héritage des cités hellénistiques : très attachés à leur vie civique, constituées de communautés d’origines ethniques ou religieuses très diverses elles sont souvent secouées de mouvements de foule parfois violent, qui peuvent même être dirigés contre le pouvoir impérial. Alexandrie et Antioche sont sur ce plan remarquable. Tandis que la première est un creuset de mouvements religieux souvent antagonistes, la seconde est animée par une vie intellectuelle intense, longtemps attachésP1050701 aux traditions du paganisme, notamment le culte oraculaire d’Apollon installé dans le faubourg de Daphné : les textes, très vivant, du rhéteur Libanios donnent une idée assez juste de la vie à la fin du IVème siècle dans cette ville représentée en outre par une pittoresque reconstitution en mosaïque. Le panorama est différent, plus uniforme, en Occident ou de telle tradition n’existe pas. Cependant, la lecture de textes comme l’Expositio totius mundi et gentium, qui prend bien soin de caractériser chaque ville par une spécialité, montre qu’il existait encore, à la fin de l’Antiquité, un sentiment partagé de la particularité de chacune.

 

Des capitales éphémères


La situation de ces villes évolue, tout au long de la période considérée, en fonction de celle de l’empire. Citons deux exemples. À la fin du IIIème siècle, Trèves, dans la vallée de la Moselle, revêt une importance particulière. Constance Chlore, le père de Constantin, il y a établi sa résidence. Constantin lui-même y possédera pendant longtemps un palais dont il reste aujourd’hui la grande salle d’audience, l’un des monuments de l’Antiquité tardive à l’état de conservation le plus impressionnant. La ville est également le siège d’une des préfectures du prétoire, et elle accueille un important évêché. Mais après la fondation de Constantinople, l’empereur abandonne la ville. Quelque temps après, vers la fin du IVème siècle, devant la menace que les peuples germaniques font peser sur la frontière du Rhin, la préfecture du prétoire et déplacé à Arles qui connaît alors un développement remarquable.

Milan présent un destin analogue : la ville accueille l’empereur d’Occident et sa cour durant une partie du IVème siècle, mais, situé dans la plaine du Pô, au débouché des cols alpestres elle s’avère difficile à défendre. C’est la raison pour laquelle, en quatre cent deux, l’empereur Honorius décide de transférer le siège du pouvoir sur la côte de l’Adriatique, a Ravenne, une ville provinciale jusque-là plutôt endormie, mais dont la situation au milieu des marécages constituant une défense naturelle permet de rejoindre aisément Constantinople.

À la fin du IVème siècle, la plupart des grandes villes de l’empire ont encore un poids considérable. Mais en raison de leur état politique et militaire, la situation se dégrade alors pour beaucoup d’entre elles, en Occident notamment en Orient, si les débuts de la période byzantine constituent un moment favorable, les guerres contre l’empire sassanide, puis les invasions arabes dès la fin du VIème siècle marque néanmoins un tournant difficile dans l’histoire des villes romaines, et plus généralement dans l’histoire du monde méditerranéen.

 

Source : Et Lutèce devint Paris... éd. Paris-musées

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 12:21

Nous sommes ici en présence de formes de propagande élaborées, diverses selon les régimes, et présentant un caractère relativement nouveau : le génie romain tendait à donner une forme institutionnelle à tous les éléments de la vie collective. Dès lors, la propagande ne sera pas seulement à Rome un facteur de l'activité politique, mais elle s'appuiera sur des organisations, réciproquement l'organisation fonctionne en partie grâce à la propagande, et, finalement les moyens de propagande utilisés sont fréquemment des moyens d'ordre juridique.

 


1. La propagande orientée vers l'étranger pendant la période républicaine.

 

Elle tend à faciliter la pénétration de l'influence romaine chez les peuples voisins. La propagande a pour but, de créer chez ces peuples la conviction de la supériorité de Rome. Par suite de cette conviction, ces peuples finiront par demander eux-mêmes l'intégration dans le système romain, qui sera à leurs yeux une sorte de consécration. Le premier système qui paraît dans cette orientation est celui des fédérations, qui est un excellent support de propagande en ce que les cités restent indépendantes, gardent une autonomiehistoire-de-la-propagande-de-jacques-ellul-929265644_ML.jpg intérieure. Par une politique habile, beaucoup de cités vaincues sont, non pas opprimées, mais intégrées dans une des fédérations. De plus Rome par ce système tend à détacher les peuples italiens les uns des autres pour établir un lien exclusif entre chacun des peuples, et elle-même. Rome conclut alors près de 150 traités de qualité différente. L'union se situe habituellement sur le plan militaire et exige une forte propagande nationale. Chaque cité fournit à Rome un contingent militaire. Et réciproquement Rome se rend peu à peu indispensable dans la vie intérieure de ces cités, sur le plan politique ou économique. Enfin Rome crée un droit commun entre tous les Italiens.
Un autre système d'action psychologique fut la création des colonies, très différentes des colonies grecques. Nous trouvons très fortement accentué ici le rapport entre l'élément institutionnel et l'élément psychologique: la colonie n'est pas en effet seulement un moyen de surveillance militaire, de peuplement, ou de solution de la crise sociale à Rome; il s'agit par cette création d'une sorte de cité romaine au milieu d'un peuple étranger de montrer clairement aux peuples intégrés, la supériorité de l'organisation, de l'administration romaine de façon à-tenter les peuples pour qu'ils demandent l'obtention des mêmes avantages. Or, les populations voisines dela colonie reçoivent des statuts différents selon les cas, plus ou moins privilégiés, de façon à créer une volonté de se faire bien voir des Romains.

Et ceci introduit un système d'émulation employé par les Romains chez les peuples soumis par toute une gradation de statuts juridiques et politiques: ce qui compte c'est le statut attribué par Rome comportant des éléments politiques, mais aussi une certaine fixation dans l'échelle sociale. Or ce statut est individuel, et il peut changer selon la décision prise par les autorités romaines. La hiérarchie de citoyens, Latins anciens, Latins juniens, Italiens, coloniaires, fédérés, pérégrina est encore diversifiée par le fait qu'il y avait des distinctions entre les cités, les unes ayant le jus migrandi, d'autres le conubiumou le commercium, d'autres n'ayant aucun droit. Dans un sens, on pouvait dire alors que les habitants étaient plus attachés à Rome qu'à leur propre patrie, et attendaient de Rome la décision qui allait leur permettre de participer à une catégorie supérieure.
Tout ceci peut n'apparaître que comme une habile politique, et de fait c'est le plus souvent ainsi qu'on le présente, mais ce que cette politique a de particulier, c'est qu'elle tend à jouer sur les sentiments, et à obtenir d'une adhésion intérieure ce que Rome n'aurait sûrement jamais obtenu par la force pure. Il s'agissait de provoquer l'émulation, la fidélité, le dévouement, l'orgueil d'être dans un système si grandiose. Autrement dit, c'est bien de l'ordre de la propagande puisque le lien recherché est d'abord psychologique, mais obtenu par des moyens institutionnels.

 

Source : Histoire de la propagande, Jacques Ellul éd. Presse Universitaire de France

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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 18:07

La viticulture a été introduite dans le sud-est de la France vers le Ve siècle avant J.-C. par les Etrusques, selon un article publié début juin aux Etats-Unis dans PNAS.


« Nous savons désormais que les Etrusques ont transmis la culture méditerranéenne du vin aux Gaulois, dans le sud de la France », affirme Patrick McGovern, directeur du laboratoire d’archéologie biomoléculaire à l’Université de Pennsylvanie, le principal auteur de ces travaux.

Ses collaborateurs et lui ont analysé trois amphores étrusques en bon état, trouvées dans0105.jpg le quartier des commerçants, à l’intérieur d’un mur d’enceinte de l’ancien port de Lattara, près de Lattes, datant de 525 à 475 av. J.- C. Ces amphores présentaient des résidus de vin. Grâce aux techniques chimiques les plus avancées, dont la spectrométrie infrarouge, ces chercheurs ont détecté des traces d’acide tartrique, présent dans les raisins en Eurasie et dans le vin au Proche-Orient et dans le bassin méditerranéen.

Ils ont également détecté des composants dérivés de la résine de pin ainsi que d’autres plantes aromatiques qui étaient alors ajoutées au vin dont le romarin, le basilic et le thym, originaire de l’Italie centrale où le vin était alors produit.

Vu leur forme et d’autres caractéristiques, ces amphores étaient bien de fabrication étrusque, provenant probablement de la ville de Cisra, aujourd’hui Cerveteri.

À proximité des murs d’enceinte de Lattara, les scientifiques ont aussi découvert une plateforme en calcaire, du Ve siècle avant notre ère, qui contenait des résidus d’acide tartrique, prouvant que cette pierre a servi de pressoir à raisins.

Les premières traces chimiques de production de vin connues ont été découvertes dans des poteries datant de 5 400 à 5 000 ans avant l’ère chrétienne, sur le site de Hajji Firuz, situé dans le nord de l’Iran. La production et la consommation de vin se sont ensuite répandues progressivement dans le Moyen-Orient et le bassin méditerranéen.

 

Source : Present.fr

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